La N-VA se montre compatible avec Vooruit et cela renforce l'hypothèse "Arizona" au fédéral
À Anvers, les nationalistes flamands viennent de signer un accord de coalition communale avec les socialistes. La N-VA est capable de faire des concessions à l'égard de Vooruit.

- Publié le 16-12-2024 à 19h31

Après deux mois de négociations, la N-VA a signé avec Vooruit à Anvers. La nouvelle coalition communale dans la Métropole, fruit d'une alliance entre la gauche socialiste et la droite nationaliste, était envisagée depuis les élections d'octobre. L'accord de majorité présenté samedi montre des accents progressistes. Vooruit, qui, comme la N-VA, a participé au pouvoir à Anvers ces six dernières années, avait réclamé une "rupture" durant la campagne. Entre autres, dans les domaines du social, du logement et des transports publics.
Le message avait été parfaitement reçu par Bart De Wever soucieux de trouver un ou des partenaires lui permettant de se maintenir au Schoon Verdiep. Dès son discours de victoire, le 13 octobre, le président de la N-VA et actuel formateur au fédéral avait ouvert plusieurs portes aux socialistes. Cette bonne volonté s'est finalement reflétée dans le pacte de coalition présenté samedi. Ce pacte prévoit notamment la création de 7 500 logements sociaux neufs ou rénovés et accorde une attention particulière aux plus vulnérables.
Bien sûr, ce choix politique est en partie dicté par l'arithmétique anversoise. Bart De Wever ne pouvait pas imaginer gouverner la métropole flamande avec les communistes du PTB/PVDA, la force qui monte dans la commune, et il ne supporte pas les écologistes de Groen (qui, de toute façon, ont été laminés le 13 octobre). Quant à l'Open VLD et au CD&V, ils ne pèsent presque rien sur le plan local. Restait Vooruit.
Une alliance qui se duplique
Cette alliance communale entre les socialistes et les nationalistes vient doubler la majorité provinciale anversoise qui repose sur les deux mêmes partis. Si l'on ajoute à cette bonne entente, la nature de la composition du gouvernement flamand (N-VA, Vooruit, CD&V) dirigé par Matthias Diependaele, il semble de plus en plus évident que les nationalistes et les socialistes flamands sont politiquement compatibles.
Et ce constat vaut aussi pour le fédéral, où la coalition "Arizona" se fait cependant désirer. Cette majorité, que Bart De Wever tente actuellement de former, intégrerait Vooruit au sein d'un attelage qui penche au centre droit (N-VA, MR, CD&V, Les Engagés). Les exigences de Conner Rousseau, le président socialiste, sont difficilement acceptables pour le MR de Georges-Louis Bouchez. Lundi soir, de nouvelles discussions entre les présidents des partis "arizoniens" étaient annoncées en vue de trouver un terrain d'entente sur le dossier qui fâche le plus : la fiscalité.
Des libéraux agacés
Dans cette partie tendue, qui dure en réalité depuis six mois, le lien solide entre Bart De Wever et Conner Rousseau pourrait jouer. Sur le modèle anversois, les nationalistes flamands semblent prêts à accepter des concessions dans le domaine socio-économique à leur futur partenaire de gauche au fédéral. Cela agace d'ailleurs les libéraux francophones. Ces derniers se sentent souvent seuls à la table des négociations lorsqu'il s'agit, par exemple, de préserver fiscalement les investisseurs. À mots couverts ou off the record, certaines sources MR ont regretté ces derniers mois que les nationalistes flamands ne les appuient pas davantage face à Vooruit.
Pour Bart De Wever, l'enjeu est plus qu'idéologique : placer Vooruit dans la coalition fédérale faciliterait les rapports institutionnels entre le fédéral, la Flandre et sa commune, Anvers. La coalition "Lagon", dans laquelle l'Open VLD aurait remplacé Vooruit, ne représenterait pas le même intérêt pour la N-VA. Outre sa très courte majorité (76 sièges sur 150…), cette formule reste décidément un "plan B" face au scénario "Arizona".
Tout cela était écrit, cela dit. Déjà pendant la campagne qui a précédé les élections générales de juin 2024, les bruits annonçant un rapprochement probable de la N-VA et de Vooruit étaient forts. Les résultats au soir des scrutins ont confirmé ce pressentiment : la N-VA restant numéro un et Vooruit étant en progression, il était probable que ces deux formations tenteraient de gouverner ensemble. D'autant plus que leurs présidents entretiennent de bons rapports.
Contrer le Belang
Plus stratégiquement, la N-VA a également adouci quelque peu son discours sur le plan économique. Les nationalistes ne détesteraient pas présenter un visage plus progressiste que par le passé en verrouillant leur alliance avec les socialistes à tous les niveaux. Il s'agit, à plus long terme, de contrer l'ascension du Vlaams Belang, le grand rival de la N-VA. Comme le Rassemblement national en France, l'extrême droite flamande associe un discours sécuritaire et hostile à la migration à des accents plus sociaux. Et cette formule semble plaire aux électeurs.
