À Bruxelles, la N-VA exige d'être à la table des négociations bruxelloises, et l'initiative du MR fonce droit dans le mur
À ce stade, les libéraux disent encore espérer trouver une solution miracle pour régler la crise… Au PS, les conditions posées par la N-VA ont été analysées comme signant de facto l'échec de l'initiative du MR.

- Publié le 15-07-2025 à 19h22
- Mis à jour le 15-07-2025 à 19h30
La solution miracle de Georges-Louis Bouchez, le président du MR, pour débloquer les négociations bruxelloises n'en était pas vraiment une. Ou du moins, elle ne l'a été que durant moins de 24 heures.
Dimanche soir, le MR avait proposé de sacrifier un poste de secrétaire d'État sur son quota, qui aurait été confié à une "personnalité de la société civile, non encartée", mais N-VA compatible. Sur cette base, six partis (MR, PS, Engagés, Groen, Open VLD et Vooruit) avaient accepté d'entamer des négociations. La N-VA acceptait de soutenir cette majorité.
Mais ce lundi, l'enthousiasme a été fortement tempéré suite au sherpagate. Plusieurs négociateurs néerlandophones avaient réclamé la présence d'un collaborateur de la N-VA à la table des négociations. Le PS avait clairement refusé cette demande. La présence d'un sherpa de la N-VA, même dans le couloir, mettrait fin à la négociation… Le MR avait finalement annulé la réunion plénière pour éviter le clash.
Ce mardi, les espoirs du MR ont carrément été aspergés par un seau d'eau froide.
Une rencontre avec la N-VA
La cheffe de file bruxelloise de la N-VA Cieltje Van Achter et sa présidente Valérie Van Peel ont rencontré le MR lors d'une rencontre bilatérale ce mardi matin. Elles ont clairement fait connaître leur exigence de désigner elles-mêmes un secrétaire d'État N-VA et d'obtenir la présence d'un sherpa à la table des négociations. "Pour nous, il était clair dès le départ qu'un sherpa suivrait les négociations. Comment peut-on laisser un ministre mener une politique si l'on n'a pas suivi les négociations et si l'on n'a pas pu peser sur le contenu ?", a déclaré Cieltje Van Achter, après avoir affirmé lundi soir que le ou la secrétaire d'État nommé par le MR devait être "quelqu'un avec qui nous sommes entièrement d'accord et que nous désignons." La cheffe de file N-VA a même assuré avoir reçu des assurances écrites (qu'elle n'a pas produites à ce stade) de Georges-Louis Bouchez en ce sens.
"Ce qui a été proposé comme solution, ce n'est pas tout à fait ça", a pour sa part déclaré la déléguée générale du MR Rachel Sobry, sur Bel-RTL. "On parle du quota MR, c'est donc bien le MR qui désigne […] une personne qui n'est pas encartée et qui est politiquement compatible avec la N-VA."
Le MR a-t-il eu un double discours selon qu'il parlait avec la N-VA ou avec le PS ? S'agit-il d'une mauvaise interprétation, ou d'un revirement de la N-VA ?
Les éléments manquent pour répondre à cette question, à ce stade, et l'essentiel est ailleurs.
Car au PS, les conditions posées par la N-VA, qui a réaffirmé sa position, ont été analysées comme signant de facto l'échec de l'initiative du MR. Les socialistes, en effet, n'ont guère l'intention de lâcher du lest à la N-VA.
Du côté du MR, le ton était moins défaitiste, même si les négociateurs n'avaient guère encore de solution miracle pour sortir de l'impasse. Il n'était même plus question, ce mardi soir, de fixer une date pour une réunion plénière.
Dans cette affaire, les torts sont partagés.
La position de la N-VA semble s'être raidie ces dernières heures. Les conséquences d'un mouvement interne ? "Cieltje Van Achter doit pouvoir défendre son accord auprès de son parti", glisse une source néerlandophone. "En interne, le mouvement est mal vécu par certains qui considèrent que la N-VA cède devant le PS."
"Mais la N-VA doit aussi comprendre qu'elle a perdu les élections, qu'elle n'a que deux sièges, et que presque qu'aucun parti francophone ne veut travailler avec elle à Bruxelles. La formule que propose le MR, c'est un progrès pour eux", ajoute une source libérale.
"Bouchez aurait dû bétonner sa solution"
Georges-Louis Bouchez peut se targuer d'avoir trouvé une solution à laquelle personne n'avait pensé pour débloquer la situation, et d'avoir accepté de sacrifier l'un des deux portefeuilles ministériels de son parti. "Mais il aurait mieux fait de prendre le temps de la bétonner avec tous les partenaires avant d'aller claironner qu'il allait débloquer Bruxelles vendredi dernier, lors de la fête de la Communauté flamande", glisse une source néerlandophone.
Le PS, quant à lui, fait une nouvelle fois montre de son intransigeance envers la N-VA.
Le PS bloque la majorité néerlandophone
Ce faisant, et pour la première fois, les socialistes interviennent directement sur la composition d'une majorité néerlandophone qui, historiquement, s'est toujours formée sans intervention francophone. Ces derniers mois, le PS avait en effet toujours pu justifier son refus par un point technique : les quatre partis néerlandophones, pour obtenir chacun un poste, avaient besoin du soutien du PS au Parlement bruxellois afin de créer un poste de commissaire au gouvernement. Mais ce raisonnement ne tient plus. Aucun poste ne sera créé, puisque les trois portefeuilles néerlandophones iront à Groen, Vooruit et l'Open VLD, et que la N-VA recevra le sien du MR.
"L'initiative de Georges-Louis Bouchez n'est peut-être pas encore à la morgue, résumait une source néerlandophone. Mais le patient est aux soins intensifs, en l'attente d'un traitement miracle".
