Décès de Patrick Nothomb: l'ambassadeur a rejoint son dernier poste

- Publié le 18-03-2020 à 20h22
- Mis à jour le 18-03-2020 à 20h23

Décédé mercredi, il ouvrit l'ambassade de Belgique à Pékin en 1972 et nous représenta longuement au Japon, pays pour lequel il se passionna entre tous.
Avec Jacques Groothaert, dont il fut l'adjoint à Pékin quand notre ambassade y fut ouverte en 1972, Patrick Nothomb restera comme l'un des diplomates belges les plus remarquables de cette génération. L'homme, diligent, cultivé, affable, plein d'humour et bon vivant, s'était taillé une solide réputation au fil de sa carrière, mais c'est avec une immense fierté qu'il s'amusait, à la fin, d'un singulier retournement de situation dans les cercles mondains qu'il fréquentait : il n'y était plus l'ambassadeur Nothomb, mais le père d'Amélie.
Patrick Nothomb est décédé mercredi, à Habay-la-Neuve, d'une crise cardiaque, a précisé la famille à La Libre Belgique, après que notre ambassade en Thaïlande eut par erreur imputé, dans un communiqué, sa disparition au coronavirus. Il aurait eu 84 ans, le 24 mai prochain - il avait le même âge, à trois semaines près, que… son oncle, l'ancien ministre Charles-Ferdinand Nothomb, dont il était très proche. Né à Bruxelles en 1936, il fit des études de droit à l'Université catholique de Louvain, avant d'embrasser en 1960 la carrière diplomatique.
Otage à Stanleyville
Cet engagement prit bientôt une tournure dramatique. Consul à Stanleyville (aujourd'hui Kisangani), d'août à novembre 1964, il dut faire face à la prise en otage de la communauté étrangère par les rebelles simbas. Il protestait avec modestie quand on évoquait son héroïsme dans cette aventure. Alors retiendra-t-on au moins qu'il fit montre d'un art consommé de la négociation - et du talent de diplomate qui allait toujours être le sien.
Montréal et Osaka (comme consul général), Pékin (la Chine de Mao comme chargé d'affaires, puis numéro deux, avec Simon Leys pour attaché culturel), New York (et l'Onu), Dhaka (comme ambassadeur au Bangladesh, mais aussi en Birmanie), Bruxelles (comme "directeur Asie"), Bangkok (pour la Thaïlande et le Laos), Tokyo (pendant neuf ans - un record) et finalement Rome (avec juridiction sur Malte et l'Albanie) : la suite de la carrière de Patrick Nothomb fut assurément plus paisible. Elle ne laissa pourtant guère souffler le bourreau de travail qu'il était. Ayant eu le plaisir et le privilège de loger plus d'une fois à la résidence à Tokyo ("dans la chambre d'Amélie" - quand elle n'y était pas, bien entendu), nous nous rappelons l'ambassadeur dans son bureau dès potron-minet pour envoyer ses câbles diplomatiques sans trop pâtir du décalage horaire avec Bruxelles. Nous évoquions alors avec son épouse, Danièle, une jeune romancière en herbe que le monde n'allait pas tarder à découvrir.
Commissaire général d'Europalia-Italie, conseiller du gouverneur de la province de Luxembourg, le baron Nothomb eut une retraite active. Elle lui donna plus souvent l'occasion de revoir ses amis au restaurant bruxellois Chez Léon, devant une casserole de moules et une bouteille de muscadet. De savoureuses anecdotes faisaient toujours partir d'un rire sonore cet homme resté d'une simplicité confondante. Il manquera, évidemment.