Coronavirus: faut-il désinfecter massivement les lieux publics ?
Des dizaines d'agents de nettoyage en combinaison banche, pourvus de masques et munis de pulvérisateurs, parcourant les gares et les rues désertées. Les images parvenant de Chine et de Corée du Sud au début de la pandémie de coronavirus étaient pour le moins iconiques, et laissent aujourd'hui penser, à l'heure où les cas de contaminations sont au plus bas dans ces pays, que ces mesures spectaculaires ont pu contribuer à ralentir massivement la propagation du Covid-19. Mais est-ce réellement efficace ?
- Publié le 28-03-2020 à 12h36
- Mis à jour le 30-03-2020 à 08h35

Des dizaines d'agents de nettoyage en combinaison banche, pourvus de masques et munis de pulvérisateurs, parcourant les gares et les rues désertées. Les images parvenant de Chine et de Corée du Sud au début de la pandémie de coronavirus étaient pour le moins iconiques, et laissent aujourd'hui penser, à l'heure où les cas de contaminations sont au plus bas dans ces pays, que ces mesures spectaculaires ont pu contribuer à ralentir massivement la propagation du Covid-19. Mais est-ce réellement efficace ?
Pas prouvé scientifiquement
"À ma connaissance, il n'y a pas d'avis dans ce sens pour la Belgique à l'heure actuelle, souligne Fabrice Peters, porte-parole du Conseil supérieur de la santé. Nous avons pas mal d'avis sur les masques, les pratiques funéraires, les avis médicaux… et beaucoup d'autres aspects. Mais nous n'avons pas encore été mandatés à ce sujet. Au niveau de la durée de vie du virus sur les surfaces, les dernières études montrent qu'une désinfection permanente de tous les lieux publics n'a pas grand intérêt."
C'est que "la désinfection des rues ne se base pas sur des éléments scientifiques qui montreraient que cela ralentit drastiquement la propagation du virus", abonde Yves Coppieters 't Wallant, professeur de santé publique au Centre de recherche en épidémiologie, biostatistique et recherche clinique de l'Université libre de Bruxelles. Ce dernier insiste sur la priorité actuelle, visant à "mettre l'accent sur la stratégie des gestes barrière, en particulier l'hygiène des mains et le confinement".
Pour autant, nuance le professeur, certains lieux bien précis gagneraient à être désinfectés régulièrement, tel le mobilier urbain. "Ce qui, sans parler de pulvérisation massive, pourrait avoir un impact psychologique sur la population, et d'un point de vue de bon sens scientifique, a un sens si les gens passent du temps assis sur un banc, par exemple."
Il n'a pas échappé à la communauté scientifique et aux autorités sanitaires que le virus survit de quelques heures à quelques jours sur les surfaces où il a atterri. "Ce qui ne signifie pas qu'il a une contagiosité ou une virulence forte", tempère cependant Annie Robert, responsable du Pôle d'épidémiologie et biostatistique de l'Institut de recherche expérimentale et clinique de l'UCLouvain, plaidant pour que l'on évite de pulvériser massivement de la javel ou des dérivés chlorés, qui peuvent s'avérer nocifs pour l'environnement. Et ce, d'autant que "la transmission majeure (par les voies respiratoires) ne serait pas arrêtée".
Les transports en commun très surveillés
Pour l'heure, les recommandations de désinfection en Belgique ciblent donc les lieux les plus sensibles, tels les commerces (et les chariots que les gens poussent par exemple), et surtout, les transports en commun (bus, métros, trams, trains). Lesquels sont désormais soumis à des directives bien précises : "F réquence de nettoyage renforcée avec une attention particulière donnée aux endroits de contact, mains courantes, boutons, accoudoirs, tout comme les postes des conducteurs", précise Françoise Ledune, porte-parole de la Stib. Idem du côté de la SNCB, qui assure nettoyer "les trains quotidiennement avec une attention particulière pour les surfaces avec lesquelles les voyageurs sont en contact. Seuls les trains nettoyés dans le strict respect des mesures ad hoc et fournis en eau et en savon peuvent être mis en service". Selon Fabrice Peters, des directives sont en cours de réalisation avec les hygiénistes du centre de crise fédéral "pour voir jusqu'où il faut aller dans les mesures générales qui sont déjà d'application".