Menaces blessantes, injures, usurpation de biens : la profonde solitude des aînés en conflit avec leur famille
Les vécus douloureux des seniors qui parviennent à la ligne Ecoute Seniors sont souvent liés à des moments de vie bouleversants.

- Publié le 17-06-2025 à 06h32

Je vous téléphone pour une dame de 80 ans qui vient de perdre son conjoint. Elle est effondrée, perdue et, en plus, ses beaux-enfants veulent la mettre à la porte de l'appartement où elle vivait avec monsieur mais dont elle n'a pas l'usufruit. Où peut-elle trouver un hébergement ?" Ce jour-là, c'est Natacha, médecin généraliste, qui a composé la ligne Écoute Seniors d'InforHomes pour une situation particulièrement difficile.
Au bout du fil, ce sont toujours des vécus douloureux, qui révèlent des souffrances ou des tensions familiales, souvent liées à des moments de vie bouleversants. Sur les 342 dossiers ouverts en 2024 par InforHomes Bruxelles, 72 % concernaient une situation en institution et 28 % à domicile. Il serait pourtant trop simple de conclure que l'institution exposerait davantage à la maltraitance que le domicile, insiste InforHomes. Cette disparité reflète davantage le fait que les services de prévention de la maltraitance des aînés restent étroitement liés au champ institutionnel.
Parfois un voisin s'inquiète
Certains domiciles sont des endroits où deux personnes (un couple, un père et un fils…) vivent dans un huis clos. Qui sait ce qui s'y passe ? Parfois, un proche, un ami ou une nièce s'inquiète. Comme Anne-Marie (79 ans) : "Rien ne semble aller chez mes voisins. Ils refusent des aides, mais la dame est vraiment toute fragile et épuisée. […] L'appartement sent mauvais. Le monsieur crie. C'est insupportable de les voir comme ça."
D'autres "chez soi" sont des lieux de grande solitude, où les professionnels du soin ne se rendent pas – et même parfois aucun proche. Dans les appels reçus à propos de situations difficiles vécues à domicile, les maltraitances psychiques (24 %) et les cohabitations difficiles (24) sont les premiers sujets de plainte, avant les malversations financières (18 %).
Le rapport annuel 2024 d'InforHomes relève la profonde solitude des seniors en conflit avec leur famille qui font face à des injures, des remarques blessantes, des menaces, des cris… Certaines fratries se disputent sur l'accompagnement à préconiser pour leurs parents, sans que ceux-ci aient vraiment leur mot à dire. De nombreux seniors vivent très mal la volonté de tout contrôler à leur place et le sentiment d'être infantilisés.
Une cohabitation forcée après un accident de la vie
En miroir de la dépossession de l'autonomie exprimée par les aînés, InforHomes reçoit aussi des appels qui traduisent le désarroi profond d'aidants proches confrontés aux refus d'aides et de soins des personnes âgées. Comment faire, quand un papa s'obstine à interdire l'entrée d'extérieurs et s'oppose avec la même vigueur à entrer en maison de repos, alors qu'il y a une mise en danger ou un risque d'insalubrité ?
Un quart des appels pointent les violences nées d'une cohabitation pas toujours choisie. Ces violences sont le fait d'un conjoint – homme ou femme -, mais aussi, dans une part importante, d'enfants ou de petits-enfants revenus vivre avec leur (grand) parent après un accident de la vie, souligne le rapport.
La précarité financière dans laquelle de nombreux Bruxellois, jeunes et moins jeunes, se retrouvent entraîne des cohabitations par nécessité plus que par choix de vie.
L'angoisse de ne plus gérer ses finances
Avec des effets collatéraux : un manque d'attention à l'égard du senior ; un défaut d'alimentation et d'hygiène minimales, des cris, des coups, des menaces… Cela peut mener à un isolement par rapport aux autres membres de la famille et au refus de laisser entrer des tiers.
Les conflits qui tournent autour de l'argent (l'administration ou l'usurpation de biens, l'abus de faiblesse, l'emprise avec chantage financier…) apparaissent dans un appel sur six. "Parfois, il n'y a pas d'intention de nuire, mais la dépossession de l'autonomie liée à la gestion des finances portée par un tiers peut être très mal vécue par l'aîné et générer de nombreuses angoisses", constatent les répondants d'InforHomes.