Georges-Louis Bouchez face à une mission bruxelloise presque impossible : "Je ne vois personne le laisser gagner la partie"
Le formateur bruxellois, et président du MR, s'est donné jusqu'à mardi pour ramener le PS à la table des négociations bruxellois, en y ajoutant le CD&V."Je ne vois personne laisser Georges-Louis gagner la partie

- Publié le 22-11-2025 à 14h00

"Georges-Louis, est-ce que tu crois vraiment qu'il y a encore une chance de réussir ?"
La question avait été posée par Elke Van den Brandt (Groen) lors d'une réunion entre négociateurs, ce vendredi 14 novembre. Et elle se pose toujours.
Mais Georges-Louis Bouchez n'en démord pas. Le président du MR assure qu'il peut encore y arriver. Ce discours est resté constant, envers et contre tous. Même après les propos de Frédéric De Gucht (Open VLD) qualifiant le PS d'"accro aux subsides". Même après la chaise vide laissée par le PS à la table des négociations, ce jeudi après-midi, et l'annulation fort probable du conclave budgétaire de ce week-end. Car Georges-Louis Bouchez s'est installé dans son costume préféré : celui de l'homme seul contre tous, qui ne doute de rien, et surtout pas de lui-même.
Jeudi soir, il a ainsi arraché, tel un boxeur isolé dans un coin du ring, une deadline… Ce mardi, il devra avoir réussi le tour de force, en tant que formateur bruxellois : obtenir un accord budgétaire, et même une majorité bruxelloise côtés francophone et néerlandophone, en ramenant le CD&V à table. La mission semble presque impossible…
"Pas très fin tactiquement"
Le PS et l'Open VLD, sur le fond comme sur la forme, semblent difficilement réconciliables. Sur la forme, Ahmed Laaouej attend des excuses de Frédéric De Gucht. "Frédéric De Gucht a donné au PS le prétexte rêvé pour retirer la prise d'une mission en état de mort clinique… Ce n'était pas très fin tactiquement", glisse une source bruxelloise. "Mais quiconque a déjà côtoyé Frédéric De Gucht plus de deux minutes sait que les chances de le voir se mettre à genoux devant Ahmed Laaouej sont nulles."
Au-delà des relations interpersonnelles, des désaccords de nature budgétaire divisent profondément libéraux et socialistes (subsides facultatifs, musée Kanal, etc.).
Certains indices subliminaux, pourtant, montrent que Georges-Louis Bouchez est prêt à faire quelques compromis avec le PS.
La stratégie visant à faire monter la pression sur le PS, en pointant les dangers qui pèsent sur Bruxelles (lockdown, dégradation de la note), est sans effet sur Ahmed Laaouej. Le socialiste relativise les risques, semblant insensible aux critiques et aux avertissements, tant qu'ils n'émanent pas de son propre parti.
Le président du MR, quant à lui, a compris qu'il n'obtiendra pas le grand accord budgétaire dont rêvait son ami David Leisterh (MR), ex-formateur MR. À défaut de remettre tout à fait la capitale sur les bons rails financiers, Georges-Louis Bouchez pourrait se résoudre à se contenter d'un accord qui mette fin à l'hémorragie.
"Le problème, c'est que Frédéric De Gucht menace de quitter la table à chaque fois qu'il est question de transiger le moindre euro d'économie en moins. Certes, la posture plus radicale de Frédéric De Gucht autour de la table a pu arranger Georges-Louis Bouchez en certains moments de la négociation. Mais ici, avec Frédéric De Gucht et Ahmed Laaouej, Bouchez se trouve entre le marteau et l'enclume", glisse un proche d'un négociateur.
Convaincre le CD&V, sans fâcher l'Open VLD
Pour ne rien arranger, les autres négociateurs ont demandé à Georges-Louis Bouchez d'amener le CD&V autour de la table. Cela, afin de disposer d'une majorité côté néerlandophone et d'avoir les sièges suffisants pour désigner un gouvernement.
Bémol de taille : ce jeudi, Dirk De Smedt, négociateur Open VLD, a clairement fait savoir que son parti s'opposerait au renfort du CD&V. Les libéraux néerlandophones n'ont pas renoncé à faire revenir la N-VA dans le jeu.
Ces prochains jours, Georges-Louis Bouchez prendra son bâton de pèlerin pour convaincre l'Open VLD d'infléchir sa position, tout en priant le CD&V, vexé d'avoir été mis hors jeu par Frédéric De Gucht, de rejoindre la table.
Or, Benjamin Dalle, chef de file du CD&V à Bruxelles, ne viendra pas à n'importe quelles conditions…
"Je ne vois personne laisser Georges-Louis gagner la partie, en lui permettant de dire : "Vous voyez que je suis capable de faire des accords !" D'autant plus qu'on risque de revoter au Fédéral dans deux mois…"
Cela fait donc beaucoup de choses à accomplir pour un Georges-Louis Bouchez par ailleurs englué dans un blocage budgétaire au niveau fédéral.
"Je ne vois personne laisser Georges-Louis gagner la partie, en lui permettant de dire : 'Vous voyez que je suis capable de faire des accords !' D'autant plus qu'on risque de revoter au fédéral dans deux mois…", analyse une source bruxelloise.
Hors micro, plusieurs sources politiques bien placées estiment que, pour le bien des négociations et leur sérénité, le président du MR ferait mieux de laisser la main.
"Qu'il passe la main à Valentine Delwart"
"Si Bouchez convainc le CD&V de venir à table et que l'Open VLD l'accepte, on peut encore reprendre les négociations. Mais pour qu'elles avancent, ensuite, Bouchez devrait laisser clairement la main à Valentine Delwart (actuellement négociatrice) en tant que formatrice", glisse une source francophone de premier plan.
À moins que le MR choisisse carrément d'aller dans l'opposition ? Le sujet n'est pas un tabou au MR, mais il n'est pas jugé d'actualité.
Quant aux socialistes, ils jugent très bancale la piste d'une majorité sans le MR.
Libéraux et socialistes seraient-ils condamnés à négocier ensemble et en vain, dans une pièce fermée, jusqu'aux élections de 2029 ?
C'est à peu de chose près ainsi que, dans Huis Clos, Jean-Paul Sartre définissait l'enfer.
