C'est l'histoire d'un oignon, découpé dans une cuisine, qui devient une œuvre d'art
Le cloître de l'Abbaye de La Cambre accueille une exposition inédite sur les œuvres du religieux belge Frère Marc Piret, fondateur de la Fraternité de Tibériade.

- Publié le 26-10-2026 à 13h44

Cela ne doit pas toujours être facile d'avoir un cœur d'artiste. Du moins faut-il de la place. Il suffit d'une bûche, de la beauté de ses couleurs, du dessin de ses nervures pour que flanche le regard de Frère Marc. Impossible de la jeter au brasier. Il la garde – "et j'en garde parfois trop", sourit-il – puis la transforme en œuvre d'art, y insère une tranche de verre pour en illuminer le cœur. "Et regardez l'harmonie de cet oignon coupé en deux. Je l'ai retrouvé sur une table de cuisine. On le perçoit plein de vie, il s'apprête à germer…" Par la technique de la cire perdue, Frère Marc Piret l'a reproduit en bronze. Car tel est l'art de ce religieux belge, ancien étudiant de l'École supérieure de la Cambre : s'émerveiller devant des objets du quotidien pour les mettre en valeur, en montrer le relief et les magnifier.
Dans le cloître de l'Abbaye de La Cambre, jusqu'au 22 novembre, ce sont donc d'anciens manches d'une bêche ou d'une pioche, sculptés par un artisan, polis par les mains d'un jardinier, qui sont retravaillés et mis en valeur. C'est une vieille chaise d'église sur laquelle Frère Marc a retranscrit une prière toute simple, envoyée au ciel pleine d'espérance ou de peine, comme cette chaise a dû en entendre tant ; ce sont les grilles d'un ancien confessionnal à travers lequel on distingue une icône, celle d'un Dieu qui semble regarder au-delà des fautes qui y ont été déposées ; ce sont deux pavés ciment exposés. "Je t'ai sauvé du conteneur", a écrit l'artiste sur l'un, ajoutant sur le second : "Vois l'invisible. Imagine le biberon renversé sur le pavé. Regarde la vie posée par quelques pas d'un couple qui se rapprochent, se regardent et se donnent un baiser ; Lui s'en va au champ, elle s'en va au jardin éclaircir des carottes."
L'exposition présente aussi des œuvres au travail plus audacieux : un ange de bronze, grandeur nature ; Saint Joseph, un Jésus espiègle sur les épaules. Toujours, cependant, on y retrouve ce rapport au concret. "Regardez les mains de cet ange, ce sont des mains calleuses. Il fallait que je me serve d'un modèle, alors j'ai pris les miennes." "C'est pour cela que je ne me considère pas vraiment comme un artiste, confie Frère Marc. L'artiste, c'est Dieu. Moi je suis un artisan. Je prends ce qui m'émerveille, me touche, et je le mets en valeur pour que cela parle de lui. J'aime ce qui est simple, beau, vrai et qui dit la vie."
Le portrait d'une vie
"Quand j'ai découvert ces œuvres pour la première fois, j'avoue que j'ai été désarçonnée, reconnaît Marie-Elizabeth van Rijckevorsel, historienne de l'art et dont les commentaires audio qui accompagnent l'exposition gagnent à être écoutés. Et en fait, c'était vraiment très intéressant de constater que ce snobisme d'une historienne a été désarmé, tant j'ai découvert dans ce travail une cohérence, une simplicité évangélique qui fait du bien. Tout y est lumineusement simple. Et c'est là que se pose la question de ce qu'est l'art. Est-ce une œuvre parfaitement exécutée, ou une démarche qui bouleverse notre regard et nous transforme intérieurement ?"
Dans ses commentaires, Marie-Elizabeth van Rijckevorsel croise la description des œuvres avec mille et une anecdotes, souvent savoureuses, qui ont émaillé la vie de l'artiste. "Car nous ne pouvions pas présenter ses œuvres sans présenter sa grande œuvre qui est la fraternité du Tibériade" qu'il a fondée à la fin des années 70 et qui accueille une trentaine de religieux et religieuses aujourd'hui.
En ce sens, cette exposition, inédite, est tout autant l'illustration artistique des évangiles, que le portrait touchant de ce religieux, d'ailleurs très souvent présent à La Cambre et heureux de recevoir les visiteurs.
L'exposition est à voir dans le cloître de l'Abbaye Notre-Dame de la Cambre, à Bruxelles, du mardi au samedi de 10h à 18h et le dimanche de 12h15 à 18h.
Cent ans de renouveau
En 2026-2027, l'église Notre-Dame de la Cambre célèbre le centenaire de sa réouverture au culte après avoir été désacralisée à la suite de la Révolution française. Expositions, conférences, spectacles, concerts permettront ces prochains mois de célébrer ce siècle et de mettre en avant ce lieu patrimonial où se croisent désormais foi, culture, prière et rencontres. Le programme complet de ce jubilé est à retrouver sur le site de la paroisse saintecroix.eu.