Le marché de l'art s'adapte: l'exemple du Belge Harold Ancart
La crise pourrait remettre dramatiquement en cause le marché des foires d'art, Biennales et galeries.

- Publié le 11-04-2020 à 10h36
- Mis à jour le 11-04-2020 à 10h50

Dans le journal Les Echos en France, on lit que sans plan de relance, un tiers des galeries françaises (1400 aujourd'hui) pourraient fermer. Avec comme conséquence un choc induit sur les artistes qu'elles représentent. Même chose avec les Foires d'art qui s'étaient multipliées ces dernières années de manière folle, passant de 60 grandes foires en 2000 à plus de 300 en 2019.
Le puissant galeriste new yorkais David Zwirner estime dans Artnet news que « ce monde va probablement s'effondrer, même si les plus grandes comme Art Basel et Frieze s'en sortiront sans doute. » La foire de Bâle est reportée à septembre, Frieze Londres à octobre.
Les grandes salles de ventes étaient déjà mieux préparées à travailler en ligne, par Internet. Les achats en ligne font ces dernières semaines des bonds en avant. Dans Le Monde, Roxana Azimi rapporte qu'au pic de l'épidémie en Chine, la galerie Thaddaeus Ropac a néanmoins vendu en ligne une oeuvre d'Anthony Gormley à un acheteur chinois. « Les collectionneurs ne veulent plus voyager, les vernissages sont annulés, mais ils sont à la recherche d'approches plus personnalisées », y explique la galeriste Nathalie Obadia.
Beaucoup misent sur le numérique. La galerie David Zwirner est un bon exemple parmi d'autres. D'autant qu'en ce mois d'avril, il a ouvert sur son site David Zwirner on line une exposition en ligne consacrée à l'artiste belge Harold Ancart.
David Zwirner avait commencé en 2017 ses expositions en ligne. Douze salariés sont désormais exclusivement consacrés à cette tâche.
L'exposition Harold Ancart, intitulée Pools offre des vues de ses oeuvres, mais aussi des photographies de piscines et bâtiments en lien avec les oeuvres, une interview de l'artiste, une vidéo de présentation et -bien sûr-, une liste de prix. Un vraie visite virtuelle d'une galerie.
New York
Harold Ancart né en 1980 à Bruxelles, a fait ses études à La Cambre avant de partir à New York où il vit et travaille toujours. Nous l'avons brièvement interrogé depuis Los Angeles où il a réussi à partir « avant que cela tourne à l'enfer à New York ». Nous lui avons demandé quelles étaient ses relations avec la Belgique: « distantes », dit-il. Et il n'envisage nullement de revenir même si la situation à Bruxelles a beaucoup changé: « Non, je ne regrette nullement d'être parti. Certes la situation de l'art contemporain à Bruxelles n'a plus rien à voir avec celle de 2007, mais je continue à croire que New York a beaucoup plus à offrir.»
En décembre dernier, on pouvait encre voir son exposition à la galerie Clearing à Bruxelles dont Gwennaëlle Gribaumont a parlé dans notre supplément Arts libres.
On retrouve ses peintures dans de nombreux musées comme le Smak à Gand. Dessinateur, peintre, y compris sur des objets en trois dimensions.
Dans ses dernières séries, il montre des icebergs fondant sur des mers colorées. On y retrouve ce mélange qu'il affectionne de minimalisme (à l'instar des grand abstraits américains d'après-guerre) et de figuration. Ses icebergs rejoignent ceux de Caspar Friedrich et ceux de Gerhard Richter. Ses mers et ses ciels très colorés rappellent à nouveau les abstraits américains mais aussi les marines de Nolde.

Piscines chez soi
Sa série de très grands tableaux d'aplats de couleurs et d'une allumette géante sur le point de s'enflammer était montrée en décembre chez Clearing et l'un deux avait été choisi par Dirk Snauwaert du Wiels par la grande exposition des artistes belges l'automne dernier aux Tanks de Shanghai.
Harold Ancart, inspiré cette fois par les muralistes mexicains a aussi réalisé de très grandes fresques. A Brooklyn, il a peint un mur comme un Rothko, qui sert de mur de jeu aux enfants. A l'Espace 251 Nord à Liège en 2017, il avait peint un mur dans une exposition avec Michel François et Gabriel Kuri. En 2018, il avait peint un magnifique paysage de nuit sur la grande verrière de 15 m sur 5 m du Centre Pompidou à Metz pour l'exposition Peindre la nuit. Une oeuvre qui prenait toute sa dimension le soir tombé.
Dans son exposition en ligne qui vient de s'ouvrir chez David Zwirner, Harold Ancart explique la genèse de ses « piscines » (pools). « A l'été 2017, je venais juste de changer de studio pour trouver un lieu plus vaste pour y construire mes formes en béton. Je n'avais pas d'idée. Mais la chaleur cet été-là, se faisait de plus en plus lourde et mon assistant et moi nous nous plaignions que ce soit impossible de trouver une piscine à New York, tant le prix du mètre carré y est élevé. Alors je me suis dit: 'pourquoi pas une petite piscine à poser devant soi?' Même si on ne pourra pas s'y baigner, on peut se réunir autour d'elle pour boire un verre ou fumer une cigarette. Après tout, chacun sait que lorsqu'on s'est fait construire une piscine, on n'y nage jamais. »
Il réalise alors une forme de piscine en béton, avec un rectangle, un « bassin » creusé et un escalier, puis, il peint le tout.
Zumthor et Siza
Vite, il remarque que ses « piscines », à la frontière entre peinture et sculpture, forme et surface, abstraction et figuration, positives et négatives, ambigües, lui offrent des possibilités de déclinaisons à l'infini. Leurs formes et couleurs peuvent les relier à l'histoire de l'architecture et de l'art du XXe siècle.
Sur le site de David Zwirner, l'exposition en ligne montre explicitement des photographies de piscines célèbres de grands architectes qu'Ancart relie à ses oeuvres : celle qu'Alvaro Siza (Piscina Das Mares) a construite près de la plage à Porto, celle de Peter Zumthor à l'extérieur des thermes de Valls mais aussi les architectures de Bofill (une piscine toute rouge), de Luis Barragan (la Casa Gilardi), la Casa Wabi de Tadao Ando, ou la sublime maison qu'Aldalberto Libera construisit sur un éperon rocheux dans les années 30 à Capri sur un éperon rocheux pour l'écrivain Malaparte.
Mais par leurs couleurs et leur format rectangulaire, les petites piscines d'Ancart posées sur de socles sont aussi des tableaux qui rejoignent d'une certaine manière les carrés de Joseph Albers, les tableaux de Matisse ou Richard Diebenkorn ou les piscines de David Hockney.
Revenant un instant au confinement, Harold Ancart admet que ses piscines peuvent involontairement y être liées. « Durant la vague de chaleur de 2017, nous étions bien obligés de rester à l'intérieur. Alors oui, l'art reste une manière d'échapper au confinement. »