Louis Bosny, un modèle actuel pour une architecture sobre et créative
Une monographie et une expo à Liège mettent opportunément en lumière l'architecte Louis Bosny.

- Publié le 23-12-2024 à 10h20

À l'heure où on parle de construire une société plus sobre, plus durable pour faire face aux défis climatiques et budgétaires, un beau livre et une expo à la Cité Miroir à Liège, mettent en lumière Louis Bosny (1924-1983), un architecte visionnaire, un homme de conviction tombé dans l'oubli. Il a conçu des logements, dont une centaine dans les communes de Flémalle et Ans, mais aussi des salles d'hôpital (Bavière), une école, etc.
Le titre de la monographie qui lui est consacrée "Une sobriété créative", montre qu'il peut être un modèle pour aujourd'hui avec son souci de construire le meilleur mais avec des moyens budgétaires limités. Dans l'après-guerre, le logement social le passionne, mais dans un esprit moderniste il dessinait des formes simples et fonctionnelles avec la conviction que chacun mérite des conditions de vie décentes. Très jeune, il s'était engagé contre les forces nazies pendant la Seconde Guerre mondiale. La paix revenue, il a milité en faveur de la justice sociale et est mort trop tôt à 59 ans.

Les Éditions Fourre-Tout, créées par l'architecte Pierre Hebbelinck fêtent leurs vingt ans et éditent à cette occasion cette monographie abondamment illustrée, rédigée par l'architecte, Jean-Michel Degraeve.
En parallèle, une exposition à la Cité Miroir questionne les politiques du logement en Belgique aujourd'hui, alors que les prix des loyers explosent et que le nombre de personnes mal logées ou sans abri ne cesse d'augmenter. Avec une scénographie à la fois minimale et monumentale, entièrement basée sur le carton, assumant à la fois un choix esthétique et une déclaration éthique.

Le logement pour tous
Pierre Hebbelinck explique ce projet et d'abord pourquoi Bosny fut oublié.
"À la sortie de la guerre il n'y avait pas encore les outils d'hyper-diffusion architecturale qui se sont fortement développés avec le libéralisme. Dans les années 80 et 90, on a vu se développer un star-système au travers des compétitions où les architectes devaient se munir d'outils de communication très puissants. Bosny échappe totalement à cette règle puisqu'il est d'une période qui sort d'une souffrance intégrale durant laquelle il s'était totalement investi sur le front contre les Nazis. Il n'a jamais senti le besoin de communiquer. Son travail était de faire des plans et de servir le plus grand nombre à travers des programmes qui traduisaient ses convictions : la santé, le logement pour tous, l'éducation. Alors que son "voisin" à Liège était un des plus célèbres architectes du XXe siècle, Charles Vandenhove (1927-2019) qui, lui, avait déjà mis place des stratégies de communication plus élaborées. Bosny faisait son métier. comme le boulanger fait le sien."

En quoi est-il intéressant aujourd'hui ?
"Certes, il faisait son métier dans une forme de socialisme engagé qui n'existe plus aujourd'hui dans le cadre des marchés publics. Il était son propre mécène car il touchait des salaires si indigents qu'il ne pouvait pas disait-il payer une glace à ses enfants. Il n'y a pas que son architecture qui était sobre ! Mais à l'instar d'architectes également oubliés d'Allemagne de l'après-guerre, on peut saisir chez lui un exemple d'opportunité créative, de cerner un mode d'action à partir d'une réduction des moyens : faire moins, dépenser moins, construire moins de surfaces, réduire le consumérisme mais tout en étant créatif. La créativité peut se développer dans la contrainte comme on le voit dans l'Arte Povera ou au cinéma avec le super 8 ou la caméra à l'épaule. Il savait être créatif, y compris dans la répétition d'espaces qualitatifs et dans le mobilier qu'il dessinait avec une empathie pour les usagers. L'exposition complète le livre (avec un scénario de Carmelo Virone). Elle met en lumière le logement social que Bosny réalisait avec d'autres objectifs que des normes et avec au centre, la préoccupation du logement pour tous."
Une sobriété créative, par JM Degraeve, Éditions Fourre-Tout, 35€ et exposition Louis Bosny : Pour une architecture sobre et créative, à la Cité Miroir à Liège, jusqu'au dimanche 2 février, du lundi au vendredi de 9h à 18h, samedis et dimanches de 10h à 18h