"Ma Ma" : Fétichisme mammaire

Son dernier film, Julio Medem le dédie non pas à sa mère ou à sa compagne mais à "toutes les femmes". Rien que ça ! C’est que le cinéaste espagnol ne manque une fois encore pas de prétention avec "Ma Ma".

Hubert Heyrendt

Son dernier film, Julio Medem le dédie non pas à sa mère ou à sa compagne mais à "toutes les femmes". Rien que ça ! C’est que le cinéaste espagnol ne manque une fois encore pas de prétention avec "Ma Ma", essai pseudo-philosophique sur le sens de la vie, de la mort, de la maladie, de l’amour, de la filiation. Un foutoir construit autour d’une symbolique lourdingue. Car en espagnol, "mama", c’est "maman", bien sûr, mais aussi le sein. Et de tirer sur ce fil dans tous les sens, dans un film tellement léché, tellement poseur, qu’il en devient kitsch, conviant tout ce qui fait l’identité espagnole. A commencer, peut-être, par les seins, toujours sublimes, de Penélope Cruz.

Ce sont eux qui ouvrent le film, palpés par un gynécologue. L’actrice incarne Magda, une mère dont le mari est parti en vacances avec l’une de ses étudiantes et qui découvre qu’elle est atteinte d’un cancer. Une ablation de son sein droit s’impose. Mais Magda va s’accrocher à la vie, malgré la chimio, malgré l’opération, malgré la rechute. Ce qui la fait tenir, c’est son fils, sa rencontre avec un homme qui vient de perdre sa femme et sa petite fille, mais aussi et surtout le fait qu’elle est enceinte…

Depuis "Les amants du cercle polaire" en 1998 et "Lucía y el sexo" en 2001, on connaît le goût pour l’ésotérisme de Julio Medem. Couplé ici à un pathos à toute épreuve, celui-ci plonge "Ma Ma" dans les méandres du ridicule. Refusant la vraisemblance au profit d’un symbolisme systématique, jusqu’à l’indigestion, le cinéaste espagnol ne nous épargne absolument rien de ses considérations psychanalytico-sexuelles et de son fétichisme mammaire. La présence, lumineuse, de Penélope Cruz ne parvient malheureusement pas à alléger l’ensemble.


"Ma Ma" : Fétichisme mammaire
©IPM

Scénario & réalisation : Julio Medem. Photographie : Kiko de la Rica. Musique : Alberto Iglesias. Montage : Iván Aledo & J ulio Medem. Avec Penélope Cruz, Luis Tosar, Asier Etxeandia… 1 h 51.