Le Boost Camp va aider les femmes cinéastes
- Publié le 06-01-2017 à 06h53
- Mis à jour le 06-01-2017 à 09h58

Cette iniative belge veut pallier les inégalités dans la production audiovisuelle. En découvrant les statistiques mondiales 2015 sur la place des femmes dans le cinéma, le sang de Diana Elbaum, fondatrice de la société de productions Entre Chien et Loup, n'a fait qu'un tour. Réalisation, script, montage : tous les métiers du Septième art sont en majorité trustés par des hommes. Pourtant, au sortir des études, la parité est respectée. Mais après un premier film, les chiffres s'effondrent : de 50 %, la place des femmes passe à 15 %. "Et depuis une dizaine d'années, ça ne fait qu'empirer", souligne Diana Elbaum, active dans le cinéma depuis trente ans. "Le constat étant dressé, je me suis dit qu'il fallait reprendre le problème à la base. Et je me suis demandé ce que moi, en tant que productrice, je pouvais faire pour que les choses changent."
L'autre élément déclencheur a été une étude de la New York University (NUY) sur la nudité des adolescentes au cinéma, "qui a connu une augmentation de 30 % en cinq ans", ajoute la productrice. Sans militer chez les Femen ni aboyer avec les Chiennes de garde, Diana Elbaum voudrait simplement faire émerger un autre regard dans le cinéma de chez nous, "un regard qui serait empreint de justesse, dit-elle. Je me suis senti une vraie obligation, parce que les temps sont durs pour les femmes."
Et de citer les cas de Savina Dellicour ("Tous les chats sont gris", 2015) ou de Delphine Lehericey ("Puppylove", 2013) qui, après un premier long métrage salué par la critique, bien accueilli dans les festivals, ont toutes les peines du monde à transformer l'essai. "Des cinéastes auxquelles on demande 'Où étais-tu ?' quand on les croise", se désole Diana Elbaum. "Un film, c'est des années de travail. Or, le rôle des femmes, c'est de rester à la maison, éduquer les enfants. Alors, après leurs études, elles font un premier film et puis il y a une longue coupure, jusqu'à leurs 35 ans. Pendant ce temps, les garçons ont continué à évoluer mais moi, j'ai dû tout recommencer comme si j'étais sortie de l'école : voilà ce que m'a confié Savina", poursuit la productrice.
Quatre lauréates
Grâce à son réseau, patiemment créé en trois décennies, grâce à sa grande connaissance du métier, elle a donc ébauché des pistes, cherché des solutions et est arrivée à la conclusion qu'une saine émulation serait profitable à toutes.
Entourée d'Annabella Nezri (au comité de pilotage et en charge des experts), Isabel De la Serna (comité de pilotage et financement), Sarah Halfin (responsable des sponsors et partenaires), Stéphanie Hugé (gestion des Lunch in the City) et sous le marrainage de Diane von Fürstenberg, Diana Elbaum a donc créé Le Boost Camp, projet destiné à aider quatre femmes réalisatrices dans la mise en chantier de leur fiction. "Nous avons lancé un appel à projets, auquel n'importe quelle femme peut répondre, à la condition d'avoir déjà à son actif un court métrage ou une web série, explique-t-elle. Quatre lauréates seront retenues, que nous allons aider pendant un an, au terme duquel leur projet sera prêt à entrer en phase de financement."
Concrètement, le travail de développement du scénario se déroulera, en français ("mais les candidatures étaient ouvertes aussi aux néerlandophones"), au cours de trois sessions d'une semaine en collaboration avec Le Groupe Ouest, installé en Bretagne. "Elles vont travailler ensemble sur un projet individuel", poursuit Diana Elbaum. "L'idée c'est aussi de sortir les femmes de leur isolement créatif."
Durant une semaine, ensuite, et à Bruxelles, les quatre lauréates vont réapprendre le marché, "en pitchant leur projet face à des financiers, des comédiens. Elles pourront également rencontrer des acheteurs internationaux". L'objectif : "Qu'au bout d'un an, elles aient réalisé le packaging de leur projet et qu'elles soient 100 % capables d'aller se vendre."
Plus de deux millions de prix
Le 22 décembre, à la clôture de l'appel à candidatures, 20 projets éligibles étaient sur le bureau de Diana Elbaum, qui a, par ailleurs, reçu un accueil enthousiaste de nombre d'instances et de sponsors privés : Conseil de l'Europe, Fédération Wallonie-Bruxelles, Casa Kafka Pictures, Proximus, la Ville de Bruxelles, Google, Silver Square, Screen.Brussels, Filmmore Brussels. "Au total, nous avons réuni plus de 2 200 000 euros. Tous les projets repartiront avec un prix. D'ailleurs, tous les sponsors sont les bienvenus", ajoute-t-elle dans un éclat de rire.
Le nom des quatre lauréates sera annoncé le 26 janvier et la cérémonie de clôture, durant laquelle les projets seront présentés devant un panel de professionnels et décisionnaires, se déroulera en février 2018.Isabelle Monnart
