"Tremblements", ou l’impossibilité de vivre son amour dans un pays dicté par l'homophobie

"Tremblements", ou l’impossibilité de vivre son amour dans un pays dicté par l'homophobie

Le Guatémaltèque Jayro Bustamante est de retour avec une comédie très critique de la société guatémaltèque.

A 40 ans, Pablo (Juan Pablo Olyslager) est un homme comblé. Appartenant à la bourgeoisie très aisée de Guatemala City, il est marié à la sublime Isa (Diane Bathen), avec qui il a deux beaux enfants. Mais que se passe-t-il donc ce soir ? Pourquoi cette réunion de famille dans la confortable hacienda au sortir de la ville ? Pourquoi tout le monde semble à ce point défait, comme si le ciel venait de s’abattre sur leur tête ? C’est que, au grand dam de son épouse, de sa mère, de son frère et de son prêtre, Pablo vient de faire son coming out. Et a décidé d’aller vivre en ville avec son amant Francisco (Mauricio Armas), dont il est tombé follement amoureux.

-> Lire notre interview de Jayro Bustamante: "Le Guatemala est un pays où être homosexuel est une abomination"

Dans cette famille traditionaliste très pratiquante, l’homosexualité est tout simplement inconcevable. Ils en sont sûrs : la foudre divine va s’abattre sur le pauvre Pablo. La preuve, dehors, les éléments sont déchaînés… Leur seul espoir ? Convaincre le bon père de famille de revenir dans le droit chemin en acceptant de se faire "soigner" par son Église de ses penchants déviants… Car si Dieu aime les pécheurs, il déteste le péché !


Une comédie noire

Repéré dès son premier film Ixcanul en 2016, Jayro Bustamante a quasiment à lui seul inventé le cinéma guatémaltèque. Et, pour le coup, le jeune cinéaste semble avoir voulu, dans son second long métrage, proposer l’exact opposé. Là où Ixcanul décrivait, de façon quasi anthropologique le quotidien d’une jeune fille maya dans une plantation de café au pied d’un volcan, Temblores quitte la campagne pour la ville, la pauvreté pour la richesse et les Indiens pour les blancs… Le milieu que décrit le jeune cinéaste ici est en effet beaucoup plus proche du sien. De même, malgré la force du sujet - ces "thérapies" religieuses qui tentent de "guérir" les gays -, Temblores, par son côté volontairement grotesque et ses personnages très typés, tend vers une comédie noire assez délectable.

Il paraît assez déroutant, au XXIe siècle, d’assister à une telle haine contre les homosexuels pour des motifs religieux. Même si l’on sait, évidemment, que de tels programmes de rééducation forcée existent non seulement en Amérique du Sud mais aussi aux Etats-Unis et combien l’homophobie reste un fléau un peu partout sur la planète (il suffit de voir le durcissement récent de la législation au Brunei). Comment, en effet au nom d’une religion qui ne cesse de prêcher l’amour, en vient-on à refuser à deux être de s’aimer, fussent-ils du même sexe ? C’est cette belle question que pose avec force Jayro Bustamante, en composant une galerie de personnages incapables d’accepter le désir de l’autre. Dommage que la charge soit par moments un peu trop appuyée, et ce au détriment du récit lui-même.

Temblores / Tremblements Comédie dramatique De Jayro Bustamante Scénario Jayro Bustamante Avec Juan Pablo Olyslager, Diane Bathen… Durée 1 h 47.

"Tremblements", ou l’impossibilité de vivre son amour dans un pays dicté par l'homophobie
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