Les Golden Globes Cinéma humilient Netflix
Dimanche soir, au Beverly Hilton Hotel de Los Angeles, la cérémonie des Golden Golden devait acter la prise du pouvoir de Netflix. Mais le champagne est resté au frigo. Analyse.

- Publié le 06-01-2020 à 12h09
- Mis à jour le 07-01-2020 à 18h01

Les productions Netflix, données favorites, passent à côté des récompenses. Dimanche soir, au Beverly Hilton Hotel de Los Angeles, la cérémonie des Golden Golden devait acter la prise du pouvoir de Netflix. Avec ses trois films faisant la course en tête des nominations, Marriage Story de Noah Baumbach, The Irishman de Martin Scorsese et Les Deux Papes de Fernando Meirelles ; on devait en quelque sorte assister au sacre du géant du streaming ayant terrassé le système des studios, moteur de l'industrie cinématographique depuis les origines, depuis plus d'un siècle.
Sam Mendes sur les sentiers de la gloire
Mais le champagne est resté au frigo et c'est Sam Mendes et son 1917 qui l'a emporté à la surprise générale. Le film sera d'ailleurs sur les écrans belges dès mercredi. Le réalisateur de American Beauty et de Skyfall "signe un film immersif et époustouflant dans l'enfer des tranchées" selon notre confrère Alain Lorfèvre qui ajoute "Rarement film de guerre a aussi bien mis en exergue son horreur en montrant si peu de combats".
Seule consolation pour Netflix, le meilleur second rôle féminin récompense Laura Dern, absolument mémorable en avocate férocement féministe de Scarlett Johansson dans Marriage Story.
Comment faut-il interpréter cet humiliant camouflet adressé à Netflix par la centaine de membres du Hollywood Foreign Press Association qui attribuent les Golden Globes ? Comme le dernier râle ou le réveil du cinéma américain ?
Il bouge encore, selon les Golden Globes, même si on ne sait plus très bien si on peut qualifier de films de cinéma, les marvelleries, les sequels, les prequels, et autres spin-off qui remplissent aujourd'hui massivement les multiplexes. Les produits du Studio Disney, le seul en bonne santé, sont désormais au cinéma ce que MacDonald est à la restauration. Le Macdo est-il un restaurant ? Techniquement oui. D'ailleurs, rappellent les Golden Globes, il est possible de faire des films de superhéros avec un enjeu, une ambition et des acteurs inspirés. La preuve par Joaquin Phoenix, sacré meilleur acteur dramatique pour son incarnation de Joker, sans collant, ni écran vert.
Le temps des biopics
Le palmarès montre aussi que si les superhéros rapportent des milliards ; il existe toujours un autre genre populaire : le biopic. Renée Zellweger, dans la peau de Judy Garland, a été sacrée meilleure actrice alors que Taron Egerton obtenait la récompense suprême pour avoir incarné Elton John dans Rocketman. Pour l'occasion, on aurait pu remplacer le tapis rouge par une Yellow Brick Road, où se promenait Judy Garland dans Le Magicien d'Oz, et album majeur d'Elton John.
On voudrait même nous faire croire que le cinéma indépendant est présent comme au bon temps de Miramax, avec le prix de la comédie attribué à Once upon a time in Hollywood. La pellicule nostalgique et vaguement "biopique" de Quentin Tarantino vaut à Brad Pitt, un trophée du meilleur second rôle masculin absolument mérité.
On imagine que le Golden Globe du meilleur film étranger ne sera pas de nature à consoler Netflix. C'est après avoir réalisé Okja pour eux, que Bong Joon-ho a mis fin à sa carrière internationale et est retourné, chez lui, en Corée, pour mettre en scène son chef-d'œuvre : Parasite.
Une opportunité à saisir
Comment va réagir Netflix à cette humiliation ? Alors que le studio Disney ne produit plus vraiment du cinéma mais des séries pour salles - Star Wars, Avengers - ; Netflix était venu au secours du 7e Art en permettant à ses maîtres comme Scorsese, Meirelles, ou encore Steven Soderbergh (The Laundromat sur le scandale des Panama Papers) lâchés par les majors, d'encore travailler. Certes, cette stratégie a considérablement amélioré son image auprès des cinéphiles, grâce notamment aux Golden Globes récompensant Roma d''Alfonso Cuaron, l'an dernier. Mais elle lui a aussi coûté énormément d'argent. A l'heure ou Apple, Disney, Amazon ont entrepris de contester son leadership sur le marché du streaming ; Netflix aura peut-être la tentation de sacrifier ses dépenses de prestige pour se concentrer sur son cœur de cible.
L'avenir du 7e art s'annonce en tout cas bien sombre du côté américain. Une opportunité, dont on espère que le reste du monde saura profiter. C'est d'ailleurs ce qui s'est produit en 2019 avec la Corée (Parasite), la France (Les Misérables, J'accuse, Portrait de la jeune fille en feu, Grâce à Dieu), l'Angleterre (Stan et Ollie), l'Allemagne (Werk ohne Autor), l'Italie (Le Traître), la Chine (So Long, My Son - An Elephant Sitting Still), la Colombie (Pajaros de Verano/les oiseaux de passage) ; le Bresil (Bacurau), l'Espagne (Douleur et gloire)…
A moins que le 9 février, les oscars offrent une revanche à Netflix.
