"La Chambre de Mariana" : la Shoah dans les yeux d'un enfant
Huit ans après "La Douleur", Emmanuel Finkiel retrouve une Mélanie Thierry bouleversante dans une adaptation du roman d'Aharon Appelfeld, qui sort ce mercredi au grand écran.

- Publié le 07-05-2025 à 10h43

Sud-ouest de l'Ukraine, 1943. Alors que les rafles se multiplient dans le ghetto de Czernowitz, la mère d'Hugo (Artem Kyryk), 12 ans, décide de confier son fils à Mariana (Mélanie Thierry), son amie d'enfance, vivant dans une maison close aux abords de la ville. Ayant grandi, avant la guerre, dans le confort bourgeois auprès de ses parents pharmaciens, voilà l'enfant condamné à la peur, confiné dans un réduit jouxtant la chambre de la prostituée ukrainienne. Laquelle se prend rapidement d'affection pour ce garçon qu'elle a promis de protéger jusqu'à la fin de la guerre.
Vivant caché, dans les souvenirs de ses parents et de sa vie passée, Hugo tente tant bien que mal de s'adapter à sa nouvelle existence…
Retour à la Seconde Guerre mondiale
En 2016, Emmanuel Finkiel proposait, avec La Douleur, une formidable adaptation du roman de Marguerite Duras, campée par une Mélanie Thierry d'une rare intensité. Dans son nouveau film, le cinéaste retrouve son actrice (qui l'accompagne depuis Je ne suis pas un salaud en 2016) et la même période historique, dans une nouvelle adaptation littéraire. Celle de La Chambre de Mariana, roman d'Aharon Appelfeld paru en français aux éditions de l'Olivier en 2008.
C'est le grand romancier israélien lui-même qui, avant sa mort en 2018, a contacté Finkiel pour qu'il porte à l'écran ce récit inspiré par son expérience d'enfant juif qui dut se cacher durant la guerre.
Coproduction entre la France, la Belgique (via les Liégeois de Tarantula), la Hongrie, le Portugal et Israël, La Chambre de Mariana échappe totalement à l'effet "europudding". Auteur exigeant, Emmanuel Finkiel creuse ici un thème, lié à son histoire familiale, qui le hante depuis Voyages (César du meilleur premier film en 2000). Il dit en effet avoir reconnu dans la figure du jeune Hugo celle de son propre père, resté orphelin au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

À hauteur d'enfant
Pour raconter le vécu de son jeune héros, Emmanuel Finkiel est resté fidèle à Appenfeld, en misant sur le regard, sur ce que voit et comprend cet enfant en jetant un œil à cette chambre, où défilent les clients allemands de sa protectrice, ou à l'extérieur de la maison, via les fissures des parois de sa cachette. Un choix éminemment cinématographique en termes d'images, mais qui permet surtout au cinéaste de rester sans cesse à hauteur d'enfant pour mettre en scène l'horreur de la Shoah, à la fois lointaine et omniprésente.
Si le choix de faire jouer Mélanie Thierry en ukrainien peut paraître étrange, la comédienne signe une nouvelle composition époustouflante. Non seulement convaincante dans l'emploi d'une langue qui n'est pas la sienne, mais aussi par la profondeur et l'intensité de son interprétation.
Elle campe une femme tragique, condamnée à coucher avec l'envahisseur nazi pour subvenir à ses besoins, mais aussi lumineuse, qui continue de faire vibrer en Hugo un fragile espoir, un désir de vivre… Sans pour autant mettre de côté la dimension ambiguë qui se noue entre un enfant devenant adolescent et cette prostituée au grand cœur…


La Chambre de Mariana Drame Scénario et réalisation Emmanuel Finkiel (d'après le roman d'Aharon Appelfeld) Photographie Alexis Kavyrchine Montage Anne Weil Avec Mélanie Thierry, Artem Kyryk, Julia Goldberg, Yona Rozenkier, Minou Monfared… Durée 2h11