"La Venue de l'avenir" : faut-il aller voir le nouveau Klapisch ?
En salles ce mercredi, le 15e long métrage de l'auteur de "L'Auberge espagnole" est une superbe méditation sur la famille et sur les rapports entre passé et présent.

- Publié le 17-06-2025 à 13h45
- Mis à jour le 17-06-2025 à 14h00

Une trentaine de personnes sont réunies par la municipalité d'une petite ville normande. La commune voudrait racheter une vieille ferme dans le bocage ayant appartenu à une certaine Adèle, à l'abandon depuis 1944. C'est en ce sens qu'ont été effectuées des recherches généalogiques pour retrouver ses descendants. Parmi ceux-ci, quatre lointains cousins sont désignés pour inspecter le contenu de la maison : Seb (Abraham Wapler), jeune créateur de contenus digitaux, Céline (Julia Piaton), ingénieure pour la SNCF, Guy (Vincent Macaigne), apiculteur militant, et Abdel (Zinedine Soualem), prof de français bientôt à la retraite. Ils se prennent au jeu pour tenter de reconstruire la vie de leur aïeule…
En 1895, au lendemain de la mort de sa grand-mère qui l'a élevée, la fameuse Adèle (Suzanne Lindon) décide de quitter sa Normandie et son amoureux pour aller retrouver à Paris une mère qu'elle n'a jamais connue (Sara Giraudeau). Sur le vapeur qui l'emmène vers la capitale, la jeune fille de 21 ans fait la connaissance de deux jeunes amis, Anatole (Paul Kircher), un peintre, et Lucien (Vassili Schneider), un photographe…
Regarder vers le passé
"Merci. Ça m'a fait du bien de regarder un peu en arrière, au lieu de regarder toujours en avant", dit Seb à son grand-père, qui l'a poussé à participer à cette enquête familiale. La phrase reflète aussi l'état d'esprit de Cédric Klapisch dans ce 15e long métrage depuis Riens du tout en 1992. Cinéaste de la jeunesse et de la modernité, avec des œuvres aussi emblématiques que Le Péril jeune (1994) et, bien sûr, sa quadrilogie de L'Auberge espagnole (2002-2005-2013-2023), le Français a s'essaie pour la première fois au film en costumes. Et ce en continuant sa collaboration avec son coscénariste Santiago Amigorena, entamée avec sa romance psychanalytique Deux Moi (2019) et poursuivie avec En Corps (2022).
Si le réalisateur de 63 ans se penche sur le passé, il ne le fait pas en vieux con ou avec une quelconque nostalgie. Faisant sans cesse l'aller-retour entre passé et présent, convoquant quelques figures historiques, La Venue de l'avenir est au contraire une réflexion sur l'éternelle lutte entre la tradition et la modernité, quelle que soit l'époque.
Klapisch place ainsi sa jeune héroïne dans le Paris de la fin des années 1890, quand Monet faisait triompher l'impressionnisme sur l'académisme et quand Nadar imposait la photographie. Pourquoi peindre encore quand la photo peut donner une image parfaitement réelle du monde ?, demande Lucien à Anatole. Parce que la peinture est en couleurs… La conversation pourrait avoir lieu aujourd'hui, autour de l'utilisation de l'intelligence artificielle…

Anciens et modernes
Mais pas question pour Klapisch de jouer pour autant les modernes à tout prix. Porté par un casting varié, La Venue de l'avenir choral s'ouvre d'ailleurs sur un tacle à des publicitaires, qui exigent que Ben retouche les couleurs Nymphéas de Monet, qui jurent avec la robe du modèle qu'il photographie… Le cinéaste moque aussi gentiment les travers de la génération actuelle, accro au boulot (Julia Piaton), au smartphone (Abraham Wapler) ou, au contraire, choisissant la posture de l'écolo déconnecté (Vincent Macaigne). Sans oublier la figure du professeur de français (Zinedine Soualem), qui fait office de passeur de l'histoire de l'art, de la littérature et de la poésie.
Alors qu'on est toujours le moderne de ce qui précède et l'ancien de ce qui suivra, La Venue de l'avenir préfère mettre en valeur ce qui ne change pas, ce qui fait de nous des êtres humains : les relations que l'on tisse en amour, en amitié, en famille. Bref, Ce qui nous lie, pour citer sans doute le plus beau film de Klapisch en 2017…


La Venue de l'avenir Chronique De Cédric Klapisch Scénario Santiago Amigorena et Cédric Klapisch Photographie Alexis Kavyrchine Musique ROB Montage Anne-Sophie Bion Avec Suzanne Lindon, Abraham Wapler, Julia Piaton, Zinedine Soualem, Vincent Macaigne, Vassili Schneider, Paul Kircher, Sara Giraudeau, Cécile de France, Philippine Leroy-Beaulieu, Vincent Perez, François Berléand, Olivier Gourmet… Durée 2h04