Cannes 2025: Jafar Panahi en personne sur la Croisette pour dévoiler "Un simple accident"
Mardi après-midi, le cinéaste iranien a défilé sur le tapis rouge pour présenter son nouveau film (tourné clandestinement) en Compétition du 78e Festival de Cannes. Un drame fort sur les atrocités du régime de Téhéran.

- Publié le 20-05-2025 à 17h45
- Mis à jour le 25-05-2025 à 08h24

En 2010, Jafar Panahi aurait dû être membre du jury à Cannes. Condamné par le régime iranien, le cinéaste n'avait pu quitter le pays. Sous le regard embué de Juliette Binoche (qui lui rendait hommage au moment de recevoir son prix d'interprétation pour Copie conforme de Kiarostami), sa chaise était restée vide sur la scène du Palais des Festivals. Sa chaise restera ensuite vide à Venise et à Berlin.
Quinze ans plus tard, Juliette Binoche est la présidente du jury du 78e Festival de Cannes, qui accueillait, ce mardi après-midi, Un simple accident, le nouveau film de Panahi. Après avoir été emprisonné durant sept mois entre 2022 et 2023, le réalisateur a cette fois pu quitter son pays pour venir présenter son 12e long métrage au public cannois.
Panahi, un homme libre
On se souvient que, l'année dernière, à la veille de l'ouverture du festival, Mohammad Rasoulof avait fui le pays pour venir montrer sur la Croisette son formidable Les Graines du figuier sauvage, la Palme d'or volée, qui dût se contenter d'un simple prix spécial du jury. Jafar Panahi est, lui, un homme libre. Au printemps 2023, le cinéaste a en effet récupéré son passeport, confisqué depuis 2010. Ce qui lui a permis de venir terminer Un simple accident en France.
En 15 ans, malgré son assignation à résidence et son interdiction de tourner, Jafar Panahi a continué à faire des films : Taxi Téhéran (ours d'or à Berlin en 2015), Trois visages (prix du scénario à Cannes en 2018) et Aucun ours (prix spécial à Venise en 2022).
Filmé une fois de plus de façon clandestine, mais avec plus de moyens que ses films précédents, qui jouaient sur le registre de l'autofiction, Un simple accident s'ouvre sur un long plan séquence. Dans une voiture, un homme (Ebrahim Azizi), une femme enceinte et une petite fille roulent tranquillement. Après avoir malencontreusement écrasé un chien, leur voiture tombe en panne devant un petit atelier, où on leur vient en aide.
Là, Vahid (Vahid Mobasseri), l'un des employés, croit reconnaître l'homme, au bruit que fait sa prothèse quand il marche. Il décide de suivre la famille jusque chez elle… Le lendemain, Vahid kidnappe celui qu'il n'a jamais vu, mais qu'il pense être son tortionnaire quand il était dans les geôles iraniennes. Alors qu'il est prêt à l'enterrer vivant, il est pris d'un doute. Et si ce n'était pas lui ? Pour l'aider à l'identifier, ce quadragénaire mal en point fait appel à d'autres anciens détenus : une photographe (Mariam Afshari) et son ex (Mohamad Ali Elyasmehr), ainsi qu'à une future mariée (Hadis Pakbaten) et son fiancé (Majid Panahi)…

Conte sur la justice
S'il semble sorti de ses ennuis judiciaires, Jafar Panahi ne s'est pas assagi pour autant. Avec Un simple accident, le réalisateur s'en prend frontalement à l'injustice qui règne en Iran et plus spécifiquement aux tortures auxquelles sont soumis les opposants du régime des mollahs.
S'il y a une touche de comédie dans le film, qui met en scène cette virée à bord d'un van d'une bande de pieds nickelés, qui ne savent trop quoi faire de cet homme qu'ils gardent enfermé dans un coffre, Un simple accident est un conte cruel.
S'il se place évidemment du point de vue de ceux qui, comme lui, ont vécu dans leur chair l'arbitraire de la justice iranienne, Panahi ne signe pas un film de vengeance. Mais une fable sur des hommes et des femmes qui, malgré ce qu'ils ont subi, refusent de renoncer à leur humanité et de se transformer en bourreaux à leur tour. Ce que le cinéaste décrit dans une séquence inattendue, pleine de chaleur. Même si le film se clôt sur un dernier plan aussi magistral que glacial.
Drôle, touchant, révoltant, Un simple accident apporte un nouveau témoignage éclatant du talent de Panahi. Après son Lion d'or à Venise pour Le Cercle en 2000 et son Ours d'or à Berlin pour Taxi Téhéran, le cinéaste iranien fera-t-il le triplé avec une Palme d'or à Cannes ? Le jury de Juliette Binoche donnera sa réponse ce samedi soir lors de la cérémonie de clôture…
Un simple accident Drame Scénario et réalisation Jafar Panahi Photographie Amin Jafari Montage Amin Emnam Avec Vahid Mobasseri, Mariam Afshari, Ebrahim Aziza, Hadis Pakbaten… Durée 1h45