"La bola negra" : vers une première Palme d'or espagnole à Cannes ?
Ce jeudi après-midi, Javier Ambrossi et Javier Calvo ont fait forte impression en Compétition du 79e Festival de Cannes avec un formidable mélodrame historique habité par le fantôme de Federico Garcia Lorca.

- Publié le 21-05-2026 à 19h48
- Mis à jour le 22-05-2026 à 16h45

Étrangement, l'Espagne ne s'est jamais imposée sur la Croisette. Si l'on excepte la Palme d'or attribuée à Viridiana de Luis Buñuel en 1961, mais il s'agissait d'une coproduction mexicano-espagnole. En grande forme depuis quelques années, le cinéma espagnol était particulièrement bien représenté en Compétition cette année, avec pas moins de trois films.
Si Pedro Almodovar a clairement déçu, mardi, avec son très mécanique Autofiction, Rodrigo Sorogoyen a convaincu avec L'Être aimé samedi soir, offrant à Javier Bardem un grand rôle qui pourrait lui valoir le prix d'interprétation. Mais ceux qui ont fait la plus forte impression, ce sont des nouveaux venus, Los Javis. Jeudi après-midi, ils ont créé la surprise avec La bola negra, un mélodrame déchirant sur les traces du grand poète espagnol Federico Garcia Lorca.

Trois temporalités
La bola negra se déroule sur trois temporalités. En 1932, Carlos (Milo Quifes), jeune homme de la bourgeoisie de Grenade, cherche à se faire admettre comme membre d'un casino culturel local. Sa candidature est refusée, à cause des soupçons d'homosexualité qui l'entourent.
En 1937, Sebastian (campé par le chanteur Guitarricadelafuente, dans son premier rôle à l'écran), enrôlé dans l'armée franquiste, est chargé de garder Rafael Rodriguez Rapun (Miguel Bernardeau), soldat républicain fait prisonnier près de Santander. Ancien joueur du Real de Madrid, ce dernier fut le compagnon de théâtre mais aussi de cœur de Garcia Lorca, fusillé un an plus tôt par les nationalistes.
En 2017, Alberto (Carlos Gonzalez), ancien dramaturge préparant une thèse en Histoire, doit se rendre en Cantabrie, où son grand-père, qu'il n'a jamais connu, lui a laissé un héritage…

Une vague d'émotion
Javier Ambrossi, 41 ans, et Javier Calvo, 35 ans, sont issus de la comédie musicale et de la télévision. On leur doit plusieurs séries, dont l'excellente La mesias en 2023, diffusée sur Arte et qui se déroulait déjà sur trois époques différentes. Ils retrouvent ici cette structure pour entremêler la fiction de Lorca (le roman inachevé La boule noire, seule œuvre de l'auteur à mettre en scène un personnage ouvertement homosexuel), le destin tragique de Rafael Rodriguez Rapun (en s'inspirant de la pièce La piedra oscura d'Alberto Conejero, qui a coécrit le scénario avec eux) et leur propre fiction imaginant la redécouverte du manuscrit de La boule noire.
Sur le papier, faire cohabiter ces différents niveaux de lecture semble quasiment impossible. Les Javis y parviennent magistralement. Se revendiquant comme les héritiers de Pedro Almodovar — ils apparaissent dans Autofiction et font un clin d'œil à leur maître dans leur film, tout en confiant un superbe rôle de meneuse de revue à son actrice fétiche Penélope Cruz —, ils optent pour une mise en scène quasi opératique, dans un mélodrame, qui assume sa débauche de sentiments à l'écran.
Réussissant à relier la trajectoire de leurs différents personnages par la puissance poétique de Lorca, La bola negra crée une vague d'émotion, qui ne cesse de monter à mesure que les cinéastes emboîtent les pièces de leur puzzle complexe. Jusqu'à l'explosion finale, où se nouent les destins entremêlés de ces jeunes homosexuels au cours de 80 ans d'Histoire espagnole.
De quoi faire de La bola negra l'un des grands favoris à la Palme d'or !

La bola negra
Drame historique De Javier Ambrossi et Javier Calvo Scénario Javier Ambrossi, Javier Calvo et Alberto Conejero (d'après Federico García Lorca et Alberto Conejero) Photographie Gris Jordana Musique Raül Refree Montage Alberto Gutiérrez Avec Guitarricadelafuente, Carlos González, Penélope Cruz, Glenn Close… Durée 2h35