"Love" : Désir, sexe et amour à Oslo à la Mostra de Venise 2024
Vendredi soir, le Norvégien Dag Johan Haugerud a clôturé la Compétition de la 81e Mostra del Cinema avec son second volet d'une trilogie sur les relations humaines.

- Publié le 06-09-2024 à 19h10
- Mis à jour le 06-09-2024 à 19h11

La Compétition de la 81e Mostra de Venise s'est clôturée, ce vendredi soir, en douceur avec Love. Dag Johan Haugerud ne prétendra sans doute pas au Lion d'or, mais le Norvégien a su plonger le public vénitien dans une réflexion intime sur la nature des relations entre les êtres. Second volet d'une trilogie osloïte – Sex avait été montré au Panorama à Berlin en début d'année, tandis qu'on attend Dreams –, Love suit, durant quelques semaines d'été, le parcours de deux êtres, une femme et un homme très différents, mais qui ont peut-être à apprendre l'un de l'autre.
Urologue dans un grand hôpital d'Oslo, Marianne (Andrea Braein Hovig) vit seule. Elle accepte néanmoins la proposition de son amie Heidi (Marte Engebrigtsen) de rencontrer l'un de ses amis, un géologue divorcé habitant à Nesodden, en face d'Oslo. Dans le ferry qui la ramène vers la capitale, Marianne tombe sur Tor (Tayo Cittadella Jacobsen), l'infirmier avec lequel elle travaille. Celui-ci lui confie aimer passer ses nuits à la recherche d'hommes avec qui faire l'amour, sans lendemain. De quoi pousser Marianne à réfléchir à ses propres désirs et ses aspirations en termes de relations. Sur le même ferry, Tor tombe, lui, sous le charme de Bjorn (Lars Jacob Holm), un psychologue plus âgé ayant renoncé au sexe depuis les années Sida…

Conversations profondes
Issu du cinéma minimaliste norvégien, Dag Johan Haugerud (également journaliste et romancier) a réalisé son premier long métrage en 2012 : Belong, qui décrochera quatre prix Amanda, les César norvégiens. Présent à Venise en 2019 dans la section parallèle Giornate degli Autori avec Beware of Children, le cinéaste a commencé à s'imposer sur la scène internationale cette année, avec la sélection de Sex à Berlin et la présence de Love en compétition à Venise.
Le succès de Julie (en 12 chapitres) de Joachim Trier à Cannes en 2021 – où sa merveilleuse actrice Renate Reinsve avait décroché le prix d'interprétation –, n'est sans doute pas étranger à l'intérêt pour le cinéma d'Haugerud. Comme son compatriote, ce dernier s'applique, dans Love, à disséquer la relation à l'amour, au désir et au sexe de ses contemporains. Mais Haugerud n'a pas la grâce, ni la puissance, du cinéma de Trier. Plus que sur la mise en scène, le cinéaste de 59 ans mise en effet avant tout sur les dialogues.

L'influence de Rohmer
Volontairement bavard – Haugerud assure la filiation avec Éric Rohmer, auquel il a consacré sa thèse quand il étudiait l'histoire du cinéma –, son film se compose en effet d'une succession de dialogues, le plus souvent entre deux personnages. Ceux-ci sont brillamment écrits, abordant le sens de l'existence et, surtout, le rapport à l'autre et à l'amour en ce premier quart du XXIe siècle. À l'heure, notamment, des applications de rencontre comme Tinder (pour les hétéros) ou Grindr (pour la communauté LGBTQ).
En deux heures, à partir de deux personnages ayant fait leur vie sans jamais avoir souhaité s'engager – campés par deux merveilleux comédiens, dont la formidable Andrea Braein Hovig, découverte dans Hope de Maria Sødahl en 2020 –, Love finit par proposer deux approches différentes de l'amour. Lesquelles refusent de s'insérer dans les cases imposées par une société toujours aussi hypocrite, prétendant défendre la liberté (notamment sexuelle), mais s'offusquant, dans les faits, que l'on puisse faire un pas de côté par rapport aux normes admises…

Love / Kjærlighet Drame Scénario et réalisation Dag Johan Haugerud Photographie Cecilie Semec Musique Peder Kjellsby Montage Jens Christian Fodstad Avec Andrea Braein Hovig, Tayo Cittadella Jacobsen, Marte Engebrigtsen, Lars Jacob Holm… Durée 2h05