"Nouvelle Vague" : Linklater ravive le mythe Godard
Ce mercredi sur grand écran, le cinéaste américain enchante avec une comédie cinéphile retraçant le tournage d'"À bout de souffle".

- Publié le 15-10-2025 à 11h59
- Mis à jour le 03-11-2025 à 09h35

Il fallait un Américain pour réactiver le mythe de Jean-Luc Godard ! Dans Nouvelle Vague, Richard Linklater nous replonge avec élégance dans le Paris de la fin des années 1950, quand la bande des Cahiers du cinéma faisait main basse sur le cinéma.
Le film s'ouvre en 1959. Dernier des Cahiers à n'avoir toujours pas réalisé de film, Godard (Guillaume Marbeck) pique dans les caisses du magazine pour descendre à Cannes, où François Truffaut (Adrien Rouyard) va triompher avec Les 400 coups.
Sur la Croisette, JLG parvient à convaincre Georges de Beuregard (Bruno Dreyfürst) de produire son premier long métrage. Celui-ci accepte, à condition qu'il tourne ce scénario de Truffaut sur un fait divers récent et que l'on mette le nom de Chabrol (qui a déjà fait deux films) sur l'affiche.
"Ils veulent la Nouvelle Vague ? Ils auront un raz-de-marée !", promet le jeune Turc, en tendant à "Beau-Beau" la Une d'un magazine avec Jean Seberg (Zoey Deutch). Tandis que pour incarner le jeune voyou Michel Poiccard, l'apprenti cinéaste retrouve son ami boxeur Jean-Paul Belmondo (Aubry Dullin), qu'il avait déjà fait tourner dans son court Charlotte et son Jules…
Hommage amoureux
Peut-être plus encore que pour les Français, À bout de souffle est un film mythique pour les cinéastes américains, qu'ils continuent, 65 ans après sa sortie, de citer comme une référence. Rien d'étonnant donc que ce soit Richard Linklater — auteur de la trilogie Before Sunrise (1993), Before Sunset (2004) et Before Midnight (2013) — qui s'attelle à la tâche de faire revivre la légende de Godard, décédé en septembre 2022 à l'âge de 91 ans.
Si, dans Le Redoutable en 2017, Michel Hazanavicius optait pour une délicieuse comédie sous forme de pastiche (avec un formidable Louis Garrel dans le rôle de JLG), Linklater choisit, lui, de livrer un hommage amoureux au réalisateur franco-suisse. Cadre 4/3, noir et blanc, personnages présentés face caméra avec leur nom — de Rivette à Rohmer, en passant par Greco, Melville ou Rossellini, tout le monde est là… Nouvelle Vague entend recréer l'atmosphère d'émulation artistique et intellectuelle qui régnait alors à Paris. Avec, au centre, le génie nonchalant de Godard.
Confié à trois scénaristes français (dont la réalisatrice Lætitia Masson), le scénario de Nouvelle Vague retrace, au jour le jour, le tournage mouvementé d'À bout de souffle. Ou plutôt pas assez mouvementé aux yeux de "Beau-Beau", qui s'agace de voir le réalisateur plier la journée après deux heures de travail, car il n'a plus d'inspiration… Son film, Linklater le conçoit comme une ode à la liberté artistique d'un réalisateur de 29 ans, à la fois angoissé et sûr de sa vision, écrivant les scènes du jour au petit-déjeuner. Quitte à agacer sa star hollywoodienne, perdue au milieu de ce chaos fécond.

Un auteur bien entouré
Si Nouvelle Vague met en scène la politique de l'auteur en action, le film montre aussi combien celui-ci n'est rien sans l'équipe qui l'entoure. Que ce soit le premier assistant de Godard, Pierre Rissient (Benjamin Cléry), jamais à court d'une bonne idée, et, bien sûr, son génial directeur de la photo Raoul Coutard (Matthieu Penchinat). Ayant appris son métier sur le tas dans l'armée en Indochine, celui-ci est totalement à l'aise avec l'utilisation de la caméra Eclair Cameflex, légère mais bruyante, interdisant tout son direct. Et ce géant est capable de se glisser dans un chariot de la poste pour tourner incognito dans les rues de Paris, afin que que les passants deviennent des figurants forcément naturels.
Réalisateur prolixe, Richard Linklater avait quelque peu disparu de la scène depuis l'inoubliable Boyhood avec Patricia Arquette et Ethan Hawke. Il fait un retour en force cette année, non seulement avec Nouvelle Vague, montré à Cannes, mais aussi avec Blue Moon, dévoilé à Berlin.


Nouvelle Vague
Comédie dramatique De Richard Linklater Scénario Vince Palmo, Holly Gent, Michèle Halberstadt et Lætitia Masson Photographie David Chambille Montage Catherine Schwartz Avec Guillaume Marbeck, Zoey Deutch, Aubry Dullin, Bruno Dreyfürst, Benjamin Clery… Durée 1h45