Olivier Bellamy consacre un "Requiem pour un chat"
- Publié le 20-02-2018 à 10h49
- Mis à jour le 07-03-2018 à 17h11

La maladie de sa chatte Margot, prétexte pour Olivier Bellamy à de belles réflexions sur ce qui nous lie.Son nouvel ouvrage, "Requiem pour un chat", Olivier Bellamy le dédicace à "M". M pour Margot, sa chatte décédée d'un lymphome après 10 années de bonheur aux côtés de son maître. M, pour la lettre, certainement, qui exerce une telle fascination sur l'écrivain qu'il en vient à rythmer son récit de quelques exercices de style autour de celle qui occupe une position particulière, pile au milieu de l'alphabet (13e place). "Dans 'amour', c'est la lettre 'm' qui donne le baiser, les lèvres se projettent en avant, plongent dans la voyelle qui s'y noie" donne-t-il à lire en guise d'alléchant apéritif.
Ainsi qu'il le signifie, "la mort d'un animal de compagnie nous bouleverse parfois au-delà de ce que nous aurions pu imaginer […] dévoilant des blessures anciennes". Ce livre est aussi un voyage dans le temps pour celui qui, toute sa vie, a douté de l'amour de sa mère. Il est ainsi question d'un Noël à Marseille avec sa mère et ses frères, lui qui fuyait généralement les fêtes familiales. Les attentats de novembre 2015 sont passés par là et, concomitants, le besoin de retisser des liens distendus. Sa mère, qu'il juge trop pudique, finit par lui avouer "avoir passé l'un des plus beaux moments de sa vie".
Il y a la musique, également, une évidence pour l'animateur de l'émission "Passion classique" sur Radio Classique, en France, par ailleurs auteur, parmi une dizaine d'ouvrages, d'une biographie sur Martha Argerich et du "Dictionnaire amoureux du piano". Ce n'est certainement pas un hasard si Olivier Bellamy a choisi comme titre "Requiem pour un chat". Comme une allusion à la messe de Requiem en ré mineur de Mozart, son compositeur préféré. Son livre résonne de partitions, comme autant de morceaux d'une BO enjôleuse.
Il y a les voyages, aussi. La Tunisie, l'Iran. Les rencontres, tout autant, que son métier lui offre tous les jours de faire. Au fil des pages, il rapporte l'une ou l'autre réflexion énoncée par des écrivains, des musiciens, des cinéastes, des artistes en un mot, qui enrichissent le récit.
Et puis il y a Margot, bien sûr. Tenu rapidement au courant de la fin inéluctable de sa chatte, le lecteur est aux côtés d'Olivier Bellamy quand ce dernier hante les salles d'attente des vétérinaires. On apprécie sa fine connaissance de la psychologie des félins et son sens de l'observation - c'est qu'il se sent pas mal d'accointances avec eux. Le moment venu, les questions existentielles affleurent. De celles, universelles, qui habitent tout être confronté à une séparation.
En refermant le livre, il est une évidence : on ne regardera plus jamais un chat de la même façon, on n'écoutera plus Mozart de la même oreille et, obnubilé par la lettre "M", on conclura - heureuse que notre prénom en comporte un - qu'on en croise énormément dans la langue française !
- Requiem pour un chat | Olivier Bellamy | Grasset | 269 pp., env. 19 €
EXTRAIT"Dans la salle d'attente, une dame patiente avec un petit chien frisotté. Sur le chemin, Margot a miaulé à fendre l'âme comme si elle avait compris que l'aveuglante certitude allait brusquement remplacer le flou apaisant du doute. Elle hurle: "Ne peut-on pas me laisser crever en paix chez moi?" On dit que les animaux n'ont pas conscience de la mort. Qu'en sait-on? Peut-être est-elle biologiquement préparée à ce moment par instinct."