"On ne peut pas accepter des conditions de travail indignes" pour les artistes et techniciens
La Fédération des employeurs des arts de la scène (Feas) appelle à la revalorisation des barèmes salariaux, car, aujourd'hui, un artiste belge francophone gagne 400 euros bruts par mois de moins qu'un artiste flamand.

- Publié le 23-06-2025 à 19h37

La Fédération des employeurs et employeuses des arts de la scène (Feas) a appelé lundi à une revalorisation urgente des barèmes minimaux de la Commission paritaire 304, jugés "nettement inférieurs" à ceux pratiqués dans d'autres branches culturelles. Elle rappelle que le dernier cadastre de la culture a révélé un revenu moyen brut de seulement 10 200 euros par an pour les artistes en Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB). "Le premier constat que je pose en tant que président de la Feas, c'est que nos résultats, nos chiffres sont excellents, déclare Alexandre Caputo, également directeur artistique du Théâtre Les Tanneurs. Nos artistes jouent à New York, à l'Opéra de Sydney, à Stockholm, Londres, Seoul, Taïwan, Ath, Mouscron, Liège… Ils jouent partout. Et, nous accueillons plus de 5,2 millions de spectateurs et spectatrices chaque année. Je pense que, jamais dans l'histoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles, nos artistes n'ont eu un tel succès ! Et un succès mondial. Nous en sommes très fiers".
Mais, alerte-t-il, "ces réussites ne doivent pas occulter les problèmes", à commencer par la rémunération des artistes. Aujourd'hui, un artiste belge francophone (2 803 euros bruts/mois) gagne 400 euros de moins qu'un artiste flamand (3 217 euros bruts/mois). "Précisons que nous parlons d'artistes intermittents, ce qui veut dire qu'un mois, ils peuvent gagner 2 800 euros bruts et le suivant, 1 400 euros au chômage, donc, non, ça ne va pas. C'est intenable." Malgré les difficultés budgétaires des différents niveaux de pouvoir (FWB, Régions, Provinces…), "nous devons travailler à l'exemplarité, défend Alexandre Caputo, et nous ne pouvons pas accepter des conditions de travail indignes", pour les artistes, techniciens et techniciennes ainsi que le personnel administratif intermittents.
La Feas demande donc l'ouverture d'une concertation sectorielle, aux côtés de l'Administration générale de la culture et l'Observatoire des politiques culturelles, deux organes de la FWB, afin de définir les conditions nécessaires à la mise en place d'une grille salariale équitable et cohérente avec les autres commissions paritaires du secteur. Cette concertation permettrait notamment de travailler à une meilleure définition des fonctions et à un rehaussement des minima, plaide-t-elle.
Dans l'attente, la Feas recommande dès à présent aux opérateurs culturels de tendre vers le barème flamand, "dans la mesure de leurs moyens". In fine, elle demande une révision structurelle du financement afin de permettre un alignement équitable.
Violences sexistes et charge de travail
Outre la rémunération, deux autres priorités structurent le chantier engagé par la Feas : 1° la lutte contre le harcèlement, les violences sexistes et sexuelles et la discrimination, et 2° la charge de travail. Un groupe de réflexion interne a lancé la rédaction d'une charte contre le harcèlement, avec boîte à outils et formations dès l'automne 2025. "Ces dispositifs doivent s'appliquer partout : pas seulement dans les bureaux mais aussi dans les salles de répétition", insiste Alexandre Caputo.
Produire sans se soucier du bien-être au travail n'est, pour nous, pas une option.
Face, entre autres, à l'embouteillage des productions post-Covid, la Feas alerte également sur le rythme, parfois infernal, des représentations et l'épuisement des équipes. "Vu la situation, pouvons-nous nous dédouaner de notre responsabilité d'employeur ?, interroge le président de la Feas. Ne devons-nous pas veiller au bien-être de toutes et tous ? À un moment donné, si pour produire mieux, il faut produire moins, c'est une question que le secteur doit se poser parce que produire sans se soucier du bien-être au travail n'est, pour nous, pas une option".