"887", une mémoire québécoise
Robert Lepage ouvre le festival eurégional Impact, à Liège, avec cette autofiction qui réinvente par la machinerie théâtrale le rapport entre l'intime et le monde. Critique
- Publié le 27-10-2017 à 12h44
- Mis à jour le 27-10-2017 à 15h12

Robert Lepage ouvre le festival eurégional Impact, à Liège, avec cette autofiction qui réinvente par la machinerie théâtrale le rapport entre l'intime et le monde. Critique
Avec ce spectacle créé en 2015 à Toronto, qui a triomphé de New York à Bergen, de Montréal à Luxembourg, de Rome (en italien !) à Athènes - en passant par Amsterdam, où nous l'avons découvert en juin dernier -, Robert Lepage revient sur ses racines, et précisément à la maison où il a grandi, au 887 de l'avenue Murray, à Québec. Le nom des rues (comme celui de ce général anglais) ouvre à l'auteur et acteur une voie vers l'histoire de son pays.
Mais ce sont avant tout la mémoire et l'oubli qui le guident pour visiter ces chemins-là. Son père chauffeur de taxi, sa famille modeste où l'on débat beaucoup, en français et en anglais, les rapports de classes dans les années 60-70, la tendresse et la cruauté, les soubresauts de la Belle Province qui a pour devise "Je me souviens".
Le "je" en jeu
Reconnu internationalement, et pourtant timide, et aussi polyglotte, le metteur en scène de théâtre, d'opéra, de cinéma, de cirque signe avec "887" son premier spectacle d'autofiction. Le "je" en jeu sur ce plateau fait résonner l'intime dans le monde. Pour la même raison que des films iraniens gagnent des palmes d'or à Cannes, comme le souligne en clin d'œil Robert Lepage, la singularité d'un parcours, l'ordinaire même d'une existence fait écho dans l'univers.
Avec son décor entre maison de poupée et théâtre d'ombres, et qui n'ôte rien à sa belle simplicité, "887" s'appuie sur une machinerie remarquable qui allie une technologie de grande précision à l'artisanat magnifique des saltimbanques. Le jeu d'échelles confère au propos une dimension supplémentaire, tandis que les registres s'entrecroisent. De la chanson populaire ("Bang bang") à la poésie exigeante ("Speak white" de Michèle Lalonde, fil rouge du spectacle) qui relie le tout.
"Robert est un vrai visionnaire qui crée du théâtre pour les personnes qui n'aiment pas le théâtre", dit de lui Peter Gabriel, dont il a mis en scène "The Secret World Tour". Son théâtre est un monde, chaotique et sensible, virtuose et bouleversant.
- Liège, Théâtre (salle de la Grande Main), les 3 et 4 novembre. Durée: 2h. Infos & rés.: 04.342.00.00, www.theatredeliege.be

L'univers de Robert Lepage aussi à Bruxelles
De l'auteur et metteur en scène canadien, les Halles de Schaerbeek présentent du 8 au 10 novembre "La Face cachée de la lune".
Sur la trame sonore signée Laurie Anderson, ce seul en scène, porté ici par Yves Jacques, évoque la confrontation entre deux frères totalement différents, mais également secoués par la mort récente de leur mère. C'est un voyage au cœur de l'enfance et de la conquête spatiale que signe Robert Lepage avec sa compagnie Ex Machina et ce spectacle qui a fait le tour du monde - et vient poser, à Bruxelles, sa question fondamentale : sommes-nous seuls ?
- Bruxelles, Halles, du 8 au 10 novembre. Infos & rés.: 02.218.21.07, www.halles.be