Droite plurielle en Europe: l'Allemagne
Si le vieil antagonisme gauche-droite a fait long feu en Allemagne, plus aucun parti, aujourd'hui, n'oserait se dire de droiteEt aux Pays-Bas?
- Publié le 22-08-2001 à 00h00
ANALYSE
Le vieil antagonisme droite-gauche a fait long feu en Allemagne. Quand Oskar Lafontaine, l'ex-ministre social-démocrate des Finances, avait quitté le gouvernement Schroeder dans des circonstances dramatiques en 1999, il avait publié un pamphlet intitulé "Mon coeur bat à gauche". Lui qui disait ne plus pouvoir supporter les visées "néo-libérales" du chancelier "camarade des patrons" se présentait comme le dernier homme de gauche. Le rapide oubli du Sarrois illustre combien le concept de gauche a vieilli en Allemagne.
Gerhard Schroeder l'avait emporté contre Helmut Kohl en 1998 en attirant vers lui ce qu'il appelait les électeurs de la "neue Mitte", du nouveau centre. La CDU, qui avait gouverné le pays pendant seize ans, se voulait aussi centriste. L'ancêtre politique du parti chrétien-démocrate, le parti catholique de l'Empire wilhelminien et de la République de Weimar, s'appelait déjà "Zentrum".
Aucun parti allemand ne se dit de droite. La droite a quelque chose de honteux. La preuve: les partis de gauche et les syndicats ont attaqué le parti d'extrême droite NPD en proclamant le "Kampf gegen Rechts", la lutte contre la droite, faisant ainsi l'amalgame entre droite et extrême droite. Ce procédé intellectuellement malhonnête, la CDU l'avait utilisé contre la gauche pendant les années 70 quand elle qualifiait la Fraction Armée Rouge de terroriste de gauche. Comme si la social-démocratie traditionnelle avait eu les moindres sympathies pour ces fourvoyés!
La quasi-totalité des experts de sciences politiques concorde à dire qu'un "Volkspartei" (parti du peuple) comme la social-démocratie ou la CDU doit nécessairement être ancrée au centre pour pouvoir représenter plusieurs couches de population. A tel point que les deux grandes formations finissent par se ressembler complètement. Seuls des partis avec une clientèle plus ciblée comme les libéraux (moyenne bourgeoisie, industrie) et les verts (milieux urbains aisés) ont encore une plus grande liberté d'action.
La CSU bavaroise est sans conteste le parti le plus à droite. Mais comme elle gouverne la Bavière depuis plus de 40 ans avec une majorité absolue, la preuve est donnée qu'elle réussit apparemment le mieux à répondre aux préoccupations de l'électeur.
Le ministre-président munichois Edmund Stoiber dit qu'il concilie "laptop et culotte de cuir", électronique et folklore bavarois. Modernité industrielle et conservatisme social distinguent la Bavière, en quoi elle est comparable au Veneto en Italie et à la Flandre. Le légendaire Franz-Josef Strauss avait justifié son populisme de droite par la nécessité d'empêcher l'éclosion d'un parti d'extrême droite. A quoi les mauvaises langues répliquent que la CSU représente un fascisme larvé. Mais au moins il n'y a pas de Vlaams Blok. Et la CSU prône la diversité régionale dans une Europe fédérale.
Le nationalisme ne fait plus recette. Le seul dirigeant "nationaliste" d'après-guerre était le leader social-démocrate Kurt Schumacher. Soucieux d'empêcher la partition de l'Allemagne, il avait fait scandale en qualifiant Konrad Adenauer de "chancelier des Alliés" occidentaux. Au plus tard avec l'adoption du "Programme de Godesberg" en 1959, les sociaux-démocrates ont accepté l'intégration dans la Communauté européenne et l'Otan et renoncé à la socialisation des moyens de production.
Les clivages confessionnels ont perdu en importance. La CDU, issue du Zentrum catholique, a réussi à rallier la plupart des dirigeants conservateurs protestants. La social-démocratie comptait une majorité de protestants. Il n'y a que la génération Schroeder/Lafontaine qui se dit agnostique. L'anticléricalisme n'a pas joué dans ce pays bi-confessionnel.
Après les errements du nazisme, toute tentation "bonapartiste" ou "gaulliste" est exclue en Allemagne. La génération Adenauer a su éviter les excès du régime d'assemblée de Weimar. Même le PDS ex-communiste de l'ancienne RDA accepte la démocratie parlementaire.
La droite allemande, s'il faut appeler ainsi la CDU-CSU et le parti libéral, a certes perdu le pouvoir au plan fédéral en 1998, mais elle continue à gouverner six Länder sur seize. Très forte dans les régions, elle attend son heure. Schroeder l'emportera peut-être de nouveau en 2002. Mais que se passera-t-il en 2006? En tout cas, l'échec de 1998 n'a pas réduit la CDU à l'impuissance. Le scandale des caisses noires de Helmut Kohl a nui davantage au parti. Après la "punition" des coupables, l'opinion est prête à passer l'éponge.
© La Libre Belgique 2001
