Violence à l'égard des femmes : une révolution est nécessaire

Jusqu'à 41 % des femmes ont subi des violences, selon une récente enquête Eurostat. C'est inacceptable.

Women display signs during a demonstration against violences against women and demanding immediate measures and increased resources to fight against feminicide, in Paris, on July 6, 2019, at the call of a group of families and relatives of victims. (Photo by Martin BUREAU / AFP)
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Une opinion d'Helena Dalli, commissaire européenne à l'égalité.

La violence à l'égard des femmes et des filles, et la violence domestique sont un fléau répandu et l'expression révoltante autant qu'injuste d'une discrimination à l'égard des femmes et des membres vulnérables de la famille. Jusqu'à 41 % des femmes ont subi des violences, selon une récente enquête Eurostat. C'est inacceptable.

Avec l'entrée en vigueur, en 2014, de la convention du Conseil de l'Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique – plus connue sous le nom de Convention d'Istanbul – les États parties à la convention ont franchi un pas important vers le renforcement de la législation et des politiques nationales de lutte contre ce fléau.

L'UE a signé la convention d'Istanbul en 2017 et son adhésion était depuis bloquée au Conseil. Il y a trois semaines, le Conseil a débloqué l'adhésion et l'a accélérée. Cette réalisation est prometteuse pour la promotion de l'égalité entre les femmes et les hommes et l'amélioration des réponses à la violence à l'égard des femmes et à la violence domestique.

La ratification de la convention d'Istanbul garantit que l'UE respecte les normes internationales, présente sa propre législation complète et intègre les obligations de la convention dans tous les domaines d'action de l'UE.

La lutte contre la violence en ligne

Il y a un an, la Commission européenne proposait une directive sur la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique, qui complète la convention et notre cadre juridique. Cette proposition législative introduit des normes communes minimales pour tous les États membres en matière de prévention, de protection, d'aide aux victimes, d'accès à la justice, de coopération et de coordination des services.

Nous avons proposé que la violence à l'égard des femmes, y compris la violence en ligne (partage non consenti ou menaces de partage d'images intimes, de fichiers vidéo et audio, discours haineux en ligne…) soient érigés en infraction pénale. La lutte contre la violence en ligne est une nécessité à l'heure où de multiples facettes de notre vie sont exposées en ligne sans les garanties nécessaires pour permettre à chacun de participer librement et en toute sécurité.

La proposition érige également le viol en infraction pénale, au moyen d'une définition fondée sur la notion de consentement pour toute la durée de l'acte sexuel.

La convention d'Istanbul, ainsi que notre proposition législative, une fois adoptée, établiront l'obligation pour les États membres de prendre des mesures ciblées pour que les femmes et les filles puissent rapporter les faits plus facilement, dans un environnement bienveillant. Les États membres seront encouragés à renforcer encore leurs programmes de prévention et à améliorer les services, en fixant des critères minimaux pour l'ensemble du territoire de l'UE.

À l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, je pense à la résilience des femmes ayant survécu à la violence au sein de l'UE ou dans des zones de conflit comme en Ukraine, dans les pays dirigés par des régimes totalitaires comme en Afghanistan et en Iran.

Je pense à ces femmes qui, au prix d'un grand sacrifice personnel, ont dû se construire une nouvelle vie, trouver un nouvel emploi, une nouvelle école pour leurs enfants… pour échapper aux auteurs de violence domestique.

Je pense à l'injustice et au sentiment de perte que connaissent de nombreuses femmes confrontées à ce choix impossible : subir la violence ou partir sans savoir de quoi demain sera fait.

Je pense aux nombreux groupes de soutien menés par le travail inestimable des organisations de la société civile, et à la sororité et à l'émancipation qui émergent.

Je compte sur les États membres pour qu'ils s'opposent fermement, en restant unis, à la violence à l'égard des femmes et à la violence domestique. Je les invite à compléter le cadre législatif en concluant le processus de ratification de la convention d'Istanbul et en adoptant la proposition de directive de l'UE.

Pour être efficaces, nous devons renforcer notre réponse à cette forme de violence. Ces dernières années, la situation des femmes et des filles s'est aggravée avec l'émergence de nouveaux risques, tels que la propagation de la violence en ligne.

La législation à elle seule ne suffira pas

Les progrès en matière d'égalité entre les femmes et les hommes ne sont ni inévitables ni irréversibles. Nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre de revenir en arrière.

La législation à elle seule ne suffira pas. Nous avons besoin d'une révolution. Nous devons lutter contre la misogynie dans nos systèmes de justice pénale, dans nos forces de police, dans nos systèmes éducatifs, dans les médias et dans nos foyers.

Nous devons opérer un changement de culture, dans lequel les hommes et les garçons apprennent à ne pas recourir à la violence, et les femmes et les filles apprennent à être indépendantes et à se libérer de ces situations.

Nous pouvons atteindre l'égalité entre les femmes et les hommes. Nous l'atteindrons le jour où nous serons tous partie prenante de sa promotion comme de son maintien.

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