Les hauts fonctionnaires sont-ils assez bilingues ?

le Secrétaire d'État à la fonction publique a déclaré vouloir que les 140 fonctionnaires les plus haut placés dans l'administration démontrent un "bilinguisme indéniable". Une opinion d'Erik Van Rompuy, Député au Parlement flamand (CV&V).

Entretien : Jean-Paul Duchâteau
Les hauts fonctionnaires sont-ils assez bilingues ?
©Johanna de Tessieres

Pourquoi cette sortie du secrétaire d'Etat Bogaert sur le bilinguisme des hauts fonctionnaires ?

Quand les hauts fonctionnaires ont des réunions avec les membres de leur administration, ils doivent évidemment pouvoir s'exprimer dans les deux langues. Cela me paraît essentiel. Le secrétaire d'Etat à la Fonction publique ne dit que cela.

Avez-vous des éléments qui vous amèneraient à penser que ce bilinguisme n'existe pas sur le terrain ?

S'il n'y a pas de problème, pourquoi en faire une question politique ? Pourquoi, alors, critique-t-on le ministre ?

Vous pensez que la situation serait moins claire du côté francophone ?

Quand je vois les réactions, aucun homme politique flamand ne conteste le fait que lorsqu'on a une fonction fédérale, on doit s'efforcer de parler l'autre, même si ce n'est pas parfait. Tout le monde, dans le nord, accepte cela de manière naturelle. Mais du côté du PS, ou du MR, on en fait tout un foin. Cela veut dire qu'ils le sentent comme un problème.

A quoi tient cette différence nord-sud sur le bilinguisme ?

Je ne parle pas de mauvaise volonté. Je constate les choses. Je ne dis pas que Di Rupo ne fait pas d'effort, mais mercredi soir, par exemple, il y a eu l'élection du manager de l'année. Le Premier ministre devait parler devant un auditoire, avec des représentants du nord et du sud. En néerlandais, il doit lire les textes, il ne sait pas improviser. C'est pénible. Quand on est Premier ministre, dans un moment où la communication est si essentielle, il faut savoir participer facilement au débat public. Des hommes politiques francophones doivent pouvoir participer à des émissions comme "Terzake", comme le font Reynders, Magnette ou Wathelet. On attend la même chose de Di Rupo ou de Chastel. Ce que Bogaert veut dire, c'est que lorsqu'on veut sauvegarder la Belgique, chacun doit y mettre du sien. Cela me paraît évident.

Est-ce qu'il s'agit d'une marotte de politicien ou d'un vrai ressentiment dans la population flamande ?

C'est très fort ressenti en Flandre. On trouve que c'est un manque de respect des francophones, alors que la Flandre représente 60 % de la population.

Pourquoi le CD&V n'a-t-il pas mis cette question sur la table pendant les négociations ?

Parce que cela n'était pas nécessaire ! C'est une loi de 2002 qui dit que les hauts fonctionnaires doivent être bilingues. Mais cette loi doit être appliquée. Ce n'est que cela.

Est-ce que la compétence n'est pas plus importante que le bilinguisme ? Il faut les deux. Il faut être compétent et pouvoir communiquer dans les deux langues. Personne en Flandre ne demande que ce soit parfait, puisque la majorité des habitants ne savent plus parler le français aussi correctement qu'avant. Les francophones ont répété qu'il fallait de bonnes relations entre les deux communautés, et que chacun devait faire des gestes envers l'autre. Qu'ils essaient alors de communiquer dans les deux langues. Si on avait un Premier ministre néerlandophone qui n'était pas capable de parler le français, que diriez-vous du côté francophone ?

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