Un permis pour pouvoir planter des fleurs?
- Publié le 31-05-2018 à 09h41
- Mis à jour le 31-05-2018 à 18h48
Charleroi a approuvé lundi le projet de "permis de végétaliser". Les Carolos qui souhaitent planter des fleurs dans l'espace public (pieds d'arbres, trottoirs, parterres) devront respecter des règles strictes (couleur des fleurs et des pots, matériaux de ceux-ci…) et introduire une demande à la Ville. Mardi, la mesure a été suspendue dans l'attente de l'avis des citoyens.
Oui pour Emilien Burlet, chargé de projet au sein de l'ASBL Charleroi Nature.
Ce permis a pour objectif de permettre aux citoyens de se réapproprier l'espace public. Les règles à appliquer permettent de veiller à la biodiversité mais aussi de favoriser le retour des insectes et des oiseaux. Le permis de végétaliser a un sens dans le centre de Charleroi, très minéral.
Qu'est-ce que le permis de végétaliser ?
Il s'agit d'un permis qui vise à permettre aux citoyens carolos de végétaliser leur quartier, leurs rues, les pieds d'arbres, les trottoirs et de le faire de manière légale, ce qui n'était pas encore le cas jusqu'à présent. Ils devront demander l'autorisation à la Ville de Charleroi s'ils souhaitent installer une plante sur l'espace public. Les appuis de fenêtres ne sont pas concernés. On parle ici de l'espace public.
Par exemple, si l'on a dans son quartier un espace qui le permet, on peut y mettre un végétal en pot, après autorisation. Le permis comprend évidemment une série de règles à respecter. Comme, par exemple, celle de laisser 1,5 m sur les trottoirs pour permettre le passage des personnes à mobilité réduite. Certains matériaux et couleurs sont aussi interdits pour les pots. Il doit y avoir une cohérence esthétique au sein de la ville. On est sur l'espace public et on ne peut pas faire tout et n'importe quoi.
L'idée première du projet est de permettre aux citoyens qui en font la demande de végétaliser un morceau de rue sans que cela soit susceptible d'être sanctionné par la suite. Le rôle de l'ASBL a été de conseiller au niveau de la biodiversité. On a également aidé à rédiger ce qui fera la charte à laquelle les citoyens devront adhérer.
Quelles démarches devrait-on entreprendre pour obtenir ce permis ?
L'idée est d'adhérer à une charte de règles à respecter et de faire la demande au niveau de la ville en décrivant son projet. Par exemple, si je compte installer deux pots de telles dimensions à tel endroit devant ma façade, je dois le signaler. Tout un temps il a été question d'imposer aux citoyens de faire des photographies. Il faut aussi que les personnes entretiennent régulièrement la zone. On ne peut pas se contenter de mettre un pot avec quelques plantes et de le laisser là. Ce pot doit être entretenu et les végétaux aussi. Il ne faut pas que ce soit à l'abandon.
Conseillez-vous certains végétaux pour revitaliser ces espaces ?
On propose plutôt de ne pas en mettre certains. L'ASBL Charleroi Nature est extrêmement sensible à la biodiversité. Le permis stipule donc que l'on ne peut installer des plantes invasives comme la Renouée du Japon, par exemple. Les arbres à papillons, qui colonisent déjà les terrils de la région sont eux aussi interdits car ils posent un souci de biodiversité.
L'objectif du permis est également de favoriser la présence d'insectes et, donc, d'oiseaux dans la région.
En quoi ce permis serait-il bénéfique pour la ville de Charleroi ?
La plupart des derniers aménagements faits à Charleroi sont très minéraux. Il y a notamment une place qui s'appelle la "Place verte" et qui ne l'est pas du tout. C'est du dallage partout et il y a très peu d'arbres. L'idée est que le citoyen se réapproprie l'espace public et en profite pour amener un peu de végétaux dans cette ville. Pourtant, il faut savoir que Charleroi est la ville la plus verte de Wallonie, grâce à ses nombreux terrils et ses parcs. Ce n'est donc pas que l'on manque de biodiversité mais au sein des rues et des places, le permis de végétaliser a du sens.
Ne pensez-vous pas qu'il est du rôle de la Ville d'investir en aménageant ses parterres et ses ronds-points ?
La commune le fait. Maintenant, l'idée est que les citoyens puissent également le faire de leur côté, sans pour autant empiéter sur le travail de la commune. Chacun, de son côté, peut faire ce qu'il souhaite pour végétaliser la ville.
Ne craignez-vous pas que ces zones aménagées par les citoyens soient vandalisées ?
C'est vrai. C'est une question que l'on s'est toujours posée. Mais alors, si l'on a peur de ça, on ne fait plus rien.
Entretien : Louise Vanderkelen
Non pour Xavier Desgain, conseiller communal Ecolo à Charleroi.
Cette mesure est absurde et les contraintes strictes qui l'accompagnent sont décourageantes pour les citoyens. Le permis de végétaliser est une lourdeur administrative qui empêche toute créativité de la part des Carolos. Beaucoup de citoyens seraient d'ailleurs déjà en infraction.
Que pensez-vous du permis de végétaliser ?
Pourquoi devoir entreprendre des démarches administratives lorsqu'on veut végétaliser la devanture de sa maison ? Ce qui me gêne, c'est que le conseil communal de Charleroi a voté lundi soir un règlement qui impose aux habitants de demander une autorisation pour pouvoir mettre un pot de fleurs devant leur maison.
De plus, les contraintes qui accompagnent le permis sont absurdes et décourageantes. On est obligé de mettre ses fleurs dans un pot en terre cuite ou dans un pot en tissu géotextile. Et on impose la couleur de ce tissu ! La charte interdit également toute couleur criarde pour les fleurs. Les pensées ou les pétunias sont donc bannis.
Cette mesure est d'autant plus absurde que les citoyens devront faire une demande adressée au bourgmestre qui décrit le projet précis qu'ils souhaitent mettre en place. Donc, à chaque fois que l'on souhaite ajouter un élément de verdure devant chez soi, on doit réitérer la demande.
Ce qui vous ennuie donc le plus c'est la lourdeur administrative ainsi que l'uniformisation des plantes qui seront installées ?
Oui, ce permis de végétaliser empêche toute créativité. Que l'on fasse confiance aux gens. Qu'on les laisse faire. Je comprends qu'on prenne un règlement qui permette de circuler librement sur les trottoirs et qu'on impose d'entretenir les bacs. Mais cela ne doit pas aller plus loin. Si on veut que les citoyens s'engagent et prennent de leur temps pour améliorer la qualité de l'espace public, il ne faut pas les ennuyer avec des formalités administratives. L'argument de la sécurité est évoqué pour justifier le choix des matériaux pour les pots de fleurs mais je ne vois pas de problème de sécurité lorsqu'on décide d'installer un pot en bois à la place d'un pot en terre cuite ou d'un pot en béton.
Quant au choix des plantes, les Carolos ne vont pas planter de renouées du Japon devant leur maison. Ils vont choisir des plantes plus belles. Il ne faut pas prendre les citoyens pour des incapables qui n'ont pas de goût.
Ce permis ne permet même plus aux gens qui vivent dans une allée arborée de planter quelques fleurs au pied des arbres.
Pensez-vous que la commune sanctionnera les citoyens qui prendront quand même cette initiative ?
Comme c'est un règlement de police, si les gens ne le respectent pas, les services communaux pourront en effet sanctionner.
Pour le moment, la mise en œuvre du permis a été suspendue afin de demander l'avis des citoyens. J'espère que la Ville de Charleroi reviendra avec une mesure plus raisonnable au prochain conseil communal afin d'encourager les Carolos à embellir leur rue.
En fait, les trois quarts des personnes qui, aujourd'hui, ont déjà végétalisé leur trottoir sont en infraction par rapport à ce règlement.
Le CPAS et ses bénéficiaires ont par exemple créé des bacs incroyables de plantes comestibles qu'ils ont mis sur la voie publique et qui sont en bois, ce qui représente donc une infraction.
De même, la personne qui a enlevé une dalle de trottoir juste devant sa maison pour faire pousser une clématite ou un rosier sur son mur ou celle qui a placé des petits bacs décoratifs en béton ne peut plus le faire.
La Ville de Charleroi elle-même a placé devant ses bâtiments, sur la voie publique, des pots de fleurs qui ne répondent pas aux conditions qui sont imposées par la charte. Dire qu'on veut inviter les citoyens à végétaliser l'espace public en leur imposant un permis, c'est incompréhensible. Les gens ont autre chose à faire que de remplir des formalités pour mettre un pot de fleur devant chez eux.
Pensez-vous que la Ville de Charleroi devrait fournir un budget aux citoyens pour leur permettre de végétaliser leurs parterres ?
Avant de parler de budget, il faut tout d'abord faire confiance à leur capacité de faire de belles choses, ce serait déjà très bien.
Entretien : L.V.
Et ailleurs ?
En Belgique , d'autres villes ont déjà instauré un permis de végétaliser à destination de leurs citoyens. C'est le cas, par exemple, d'Ixelles, de Liège et de Wavre qui ont pris la mesure en 2017.
En France , c'est Paris qui a lancé le mouvement en juin 2015. La mairie fournit également un kit de plantation qui contient de la terre et des graines aux citoyens qui en font la demande. La capitale organise régulièrement des ventes de plantes à des prix très faibles.