La grosse offensive des compagnies aériennes chinoises en Europe : Comment les crises leur donnent un avantage
Bruxelles est l'une des "cibles" de choix des transporteurs du ciel chinois. Mais où sont les Européens ?

- Publié le 09-04-2026 à 09h08

C'est ce qu'on appelle une offensive de taille. Durant cette saison d'été -allant de fin mars à fin octobre dans le secteur aérien – les compagnies chinoises vont proposer 2900 vols supplémentaires par rapport à l'année passée entre la Chine et l'Europe. Des données qui proviennent du site spécialisé OAG.
Six destinations chinoises depuis Bruxelles
Parmi les aéroports ciblés par les transporteurs de l'Empire du Milieu, on retrouve celui de Bruxelles. Depuis fin mars, Air China relie ainsi quotidiennement la capitale belge à Pékin, ainsi qu'à Chengdu (3 fois par semaine), ville de 20 millions d'habitants dans le centre du pays. Ces destinations s'ajoutent à celles développées récemment par Hainan Airlines, à savoir Chongqing, "plus grande ville au monde" avec 32 millions d'habitants, Shenzhen et Shanghai. Il y a quelques mois, Cathay Pacific reprenait aussi ses vols directs vers Hong-Kong depuis Bruxelles.
Mais si le réseau chinois s'étend comme une toile d'araignée depuis Zaventem, le constat est là : ces nouvelles lignes ne sont proposées par aucune compagnie européenne. Et la capitale belge ne fait pas exception en Europe. Les transporteurs chinois dominent largement le ciel reliant l'Empire du Milieu et le Vieux Continent. Toujours d'après OAG, 83 % des plus de 12 millions de sièges mis en vente cet été (un record) entre l'Europe et la Chine, le seront par des compagnies chinoises. Ce chiffre était encore de 60 % avant la crise du Covid.
Une désertion des compagnies européennes
Comment expliquer cette situation ? En fait, il y a un effet de vases communicants : l'appétit des Chinois comble la "désertion" des Européens. Que ce soit Lufthansa ou British Airways, les grandes compagnies aériennes européennes ont largement réduit la voilure ces derniers mois vers la Chine. Tout l'inverse des Chinois pour qui le Vieux Continent est plus que jamais une destination touristique, d'affaires, mais aussi de séjours scolaires, avec près de 300 000 Chinois qui étudient dans des universités européennes.
Les compagnies chinoises se sont surtout montrées très opportunistes ces derniers mois, en "profitant" de trois crises majeures récentes. Voici dans l'ordre chronologique.
Une exception pour une compagnie en Europe
Depuis février 2022 et le début de la guerre en Ukraine, les compagnies européennes ne peuvent plus survoler l'immense ciel russe. Résultat ? Elles doivent effectuer des détours de deux, voire trois heures pour pouvoir rejoindre la plupart des destinations chinoises. Ce qui représente des milliers d'euros de kérosène supplémentaire, des frais d'équipage supplémentaires et des horaires de vol moins attractifs pour les passagers.
Intenable, selon beaucoup d'Européens qui préfèrent abandonner ces lignes plutôt que de continuer à voler à perte. À une exception près. Vu les bonnes relations entre Belgrade et Moscou, la petite compagnie étatique Air Serbia est devenue une spécialiste des destinations chinoises, en continuant de survoler la Russie.
Avec la guerre commerciale lancée par le président Trump, les compagnies chinoises ont aussi un accès plus difficile au marché nord-américain : elles redirigent donc une partie de leurs avions long-courriers vers l'Europe, où les autorités leur laissent une large porte ouverte.
Enfin, la crise récente au Moyen-Orient a atteint de plein fouet des autres gros concurrents des Chinois sur ces lignes entre l'Europe et l'Asie, à savoir les compagnies du Golfe. Il faudra de nombreux mois, peut-être plus, avant qu'Emirates, Etihad ou Qatar Airways ne retrouvent leurs lustres d'antan. Les compagnies chinoises, elles, n'ont pas besoin de passer par cette région explosive pour rejoindre l'Europe. Ni de se faufiler via le mince couloir aérien qui reste encore accessible aux compagnies occidentales pour se rendre en Asie.
L'Europe ne sait pas se défendre toute seule, elle dépend des autres pour son énergie,… Pouvoir rester connecté aux marchés mondiaux doit absolument rester aux mains des Européens".
Les transporteurs asiatiques ont également des avantages structurels qui leur permettent de proposer des prix très attractifs, sans trop se soucier de leur rentabilité. Huit des neuf grandes compagnies chinoises appartiennent ainsi aux autorités du pays. Sans compter certaines normes environnementales ou sociales auxquelles elles ne doivent pas se soumettre, contrairement aux transporteurs du ciel européens.
Bref, une situation qui a de quoi inquiéter Carsten Spohr, le patron du groupe Lufthansa, auquel appartient Brussels Airlines. "Être compétitif, ce n'est pas seulement faire du profit, mais aussi pouvoir être bien connecté, expliquait le patron allemand il y a deux semaines à Bruxelles. Or, on voit que sur une grande majorité de destinations asiatiques, les Européens dépendent de compagnies non européennes. L'Europe ne sait pas se défendre toute seule, elle dépend des autres pour son énergie,… Pouvoir rester connecté aux marchés mondiaux doit absolument rester aux mains des Européens".