Zelensky, au pied du mur, appelle à l'aide l'Europe pour payer ses soldats
Alors que la guerre s'enlise, Kiev presse ses alliés européens de financer les salaires ses soldats. Une demande inédite dans un contexte budgétaire, politique et humanitaire de plus en plus tendu.

- Publié le 25-07-2025 à 16h22
- Mis à jour le 25-07-2025 à 16h53

L'Europe passera-t-elle le cap ? Jusqu'à présent, l'Union européenne refusait de participer directement au financement des soldats ukrainiens, préférant concentrer son aide financière sur les armes et l'équipement militaire. Mais cette position pourrait évoluer. En effet, selon Bloomberg, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé vouloir entamer des discussions avec ses alliés européens pour les convaincre de contribuer au financement des salaires des militaires ukrainiens. Une manière, selon lui, de soutenir plus efficacement la résistance face à l'invasion, qui dure depuis 2022.
"Auparavant, les Européens refusaient de financer les salaires de nos militaires, ils ne donnaient de l'argent que pour les armes. Notre armée peut être l'arme qui protège tout le monde" a déclaré le président Zelensky lors d'une conférence de presse à Kiev ce jeudi.
Une mobilisation de plus en plus difficile à tenir
Après plus de trois ans de guerre, la campagne de mobilisation en Ukraine devient de plus en plus difficile à mener auprès d'une population profondément épuisée. Le président ukrainien espère donc qu'un salaire plus attractif encouragera davantage les Ukrainiens à s'engager dans l'armée.
Pour essayer d'augmenter le nombre de recrues, le président ukrainien avait déjà adopté plusieurs lois, notamment celle qui abaissait l'âge de la mobilisation de 27 à 25 ans.
Selon le Financial Times, l'armée a besoin d'environ 30.000 recrues par mois pour pouvoir rivaliser avec la Russie, un objectif rarement atteint. L'objectif de cette augmentation serait donc d'attirer de nouveaux volontaires en leur offrant des primes à la signature et des salaires élevés, similaires à ceux proposés par la Russie.
Le président Zelensky a donc entamé les discussions avec plusieurs dirigeants européens, dont la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le président français Emmanuel Macron ainsi qu'avec des responsables occidentaux. Toutefois il a reconnu que ce dossier restait "très sensible".
Le défi colossal du budget militaire
Pour augmenter ces salaires, il est probable que l'Ukraine aura besoin d'un soutien extérieur. En effet, selon Bloomberg, l'Ukraine fait face à un déficit budgétaire supérieur à 20 % du PIB en 2024, en grande partie à cause des dépenses militaires, soit environ 40 milliards de dollars. Et les besoins financiers restent très élevés : pour pouvoir couvrir ses dépenses de base au cours des deux années suivantes (2025-2026), le gouvernement estime avoir besoin de 75 milliards de dollars.
L'Ukraine est donc inévitablement dépendante de l'argent des pays occidentaux, en particulier des États-Unis et de l'Union européenne. Et elle tire la sonnette d'alarme : le besoin d'argent est urgent. Parmi ses priorités figure un montant de 6 milliards de dollars pour accélérer la production de drones et d'armements, ce qui lui permettra de développer l'exportation à l'international de drones ukrainiens.
Dans ce contexte, le FMI s'est déclaré prêt à soutenir l'Ukraine avec un prêt de 16 milliards de dollars, tout en restant ferme : l'Ukraine doit absolument réduire son déficit budgétaire.
Parallèlement à cette aide, le président ukrainien prévoit également de demander un soutien pour obtenir sept nouveaux systèmes de défense aérienne Patriot, selon le Financial Times. L'Allemagne et la Norvège avaient déjà confirmé qu'ils en enverraient bientôt trois à Kiev afin d'aider à contrer les bombardements russes, qui s'intensifient depuis quelques semaines.

D'autres sources de tensions
Ces annonces interviennent dans un contexte interne tendu en Ukraine. Depuis quelques jours de nombreuses manifestations ont éclaté dans plusieurs villes ukrainiennes. En cause : le président ukrainien a voté il y a quelques jours une nouvelle loi qui modifie le fonctionnement des principales institutions chargées de lutter contre la corruption. La loi place désormais le Bureau national anticorruption sous le contrôle du procureur général, un haut responsable proche du pouvoir. Pour beaucoup d'Ukrainiens, cela revient à affaiblir l'indépendance de ces institutions créées en 2015, après la révolution de Maïdan, qui garantissait plus de transparence.