Plus de flexi-jobs, allocations de chômage limitées dans le temps, travail de nuit assoupli : l'Arizona réforme le marché de l'emploi en toute urgence
L'Arizona veut faire sien l'ambition de la Vivaldi d'atteindre un taux d'emploi de 80 %, non pas d'ici à 2030, mais 2029. Avec à la clé une kyrielle de mesures qui vont profondément modifier le marché de l'emploi.

- Publié le 01-02-2025 à 14h09
- Mis à jour le 01-02-2025 à 17h10

La question du marché du travail en Belgique n'a jamais été aussi cruciale. Sans changement significatif, les coûts des prestations sociales devraient augmenter bien plus vite que la croissance économique dans les années à venir. D'ici 2029, les dépenses de sécurité sociale s'élèveraient à 198 milliards d'euros, soit une hausse de 37 milliards d'euros en cinq ans. Une situation que l'Arizona qualifie d'insoutenable financièrement.
L'enjeu est donc de taille : préserver la qualité de notre système social tout en assurant sa pérennité financière. Pour ce faire, l'objectif affiché par le gouvernement précédent est repris : il est impératif que la Belgique atteigne un taux d'emploi de 80 %. Et pas d'ici 2030 comme prétendait le faire la Vivaldi, mais pour... 2029. Il y a du pain sur la planche. En 2023, le taux d'emploi belge stagnait à 72,1 %, alors que l'Union européenne affichait une moyenne de 75,4 %.
Comment le futur exécutif compte-t-il combler ce fossé ? En ajustant les incitations au travail et en réformant les aides sociales. Et, là, les changements, déjà annoncés lors de précédentes fuites des notes de l'Arizona, sont loin d'être mineurs.
L'écart entre travail et inactivité, moteur de la réforme
Le gouvernement met en place plusieurs mesures pour encourager les Belges à rejoindre le marché du travail. A côté des mesures fiscales – moins ambitieuses qu'imaginé – prises pour augmenter les salaires nets, en particulier pour les travailleurs à revenus modérés, des ajustements seront opérés sur les allocations sociales. Objectif : veiller à ce que les revenus de ceux qui ne travaillent pas n'augmentent pas plus rapidement que ceux qui travaillent. Cette stratégie vise à rendre l'écart entre le travail et l'inactivité plus marquant, en élevant cette différence de plus de 500 euros. Différence qui existe déjà bien souvent, mais soit.
Ainsi, les allocations de chômage de longue durée et les revenus d'intégration sociale ne seront plus indexés, sauf en cas d'inflation forte (sans doute au-delà de 4 %). Un plafonnement des aides et prestations sociales sera également introduit pour les rendre proportionnelles aux revenus des personnes en activité, et ce, afin d'encourager la reprise de l'emploi. Ce resserrement des conditions d'accès aux aides s'accompagne de la création d'un registre centralisé, pour une gestion plus transparente et harmonisée des aides publiques.
Réforme du chômage, comme attendu
Le "clou" de la réforme, maintes fois annoncé, est là : dorénavant, la durée des allocations de chômage est limitée à un maximum de 2 ans. Evidemment, ce ne sera pas aussi simple. La durée des allocations sera fonction du nombre d'années travaillées : une année de travail ouvrira le droit à un an d'allocation, et ce droit augmentera de manière proportionnelle à la durée de la carrière. Cela étant, la limitation des allocations de chômage dans le temps ne s'applique pas aux personnes de plus de 55 ans, pour autant qu'elles aient, à partir de 2025, une carrière d'au moins 30 ans avec au moins 156 jours travaillés par an. Cette condition est graduellement relevée à 35 années de carrière en 2030.
Enfin, il faut mentionner qu'une réforme fondamentale est également prévue pour les jeunes diplômés. "Nous limitons le stage d'attente à 156 jours après l'obtention du diplôme, durant lesquels le service régional d'insertion professionnelle doit donner deux évaluations positives. Cette allocation d'insertion doit être demandée avant que la personne n'atteigne l'âge de 25 ans. Pour ces jeunes, la durée maximale de l'allocation est d'une année, qui peut être suspendue en fonction du nombre de jours travaillés." Ce programme assez lourd sera réalisé en collaboration avec les Régions et les partenaires sociaux, assure le futur exécutif.
Le travail, une question de durée et de flexibilité
Un des objectifs essentiels de cette réforme est aussi, pour l'Arizona, d'encourager les Belges à travailler plus longtemps. Dès 2025, les travailleurs de plus de 55 ans pourront bénéficier de conditions spécifiques pour travailler à temps partiel en fin de carrière. Concrètement, "pour les travailleurs âgés en fin de carrière, il reste possible de travailler à temps partiel (1/2 ou 4/5e) via un emploi de fin de carrière à partir de 55 ans, pour autant qu'à partir de 2025, ils aient une carrière professionnelle d'au moins 30 ans, avec au moins 156 jours travaillés par année. Cette condition sera progressivement augmentée à 35 années de carrière en 2030".
Par ailleurs, toujours avec l'objectif de prolonger la vie active, de nouvelles formes de congé familial et parental seront mises en place. Le crédit familial, par exemple, permettra à chaque parent de disposer de droits de congé pour s'occuper de ses enfants, avec la possibilité pour les grands-parents de participer également aux soins. Une réforme qui s'accompagne d'une simplification des différents congés et d'une meilleure harmonisation entre les différents statuts professionnels – entendez une réduction de la kyrielle (une trentaine) de crédits-temps existants encore sur le marché du travail.
Modernisation du droit du travail au programme aussi
L'organisation du travail lui-même sera l'objet de réformes. La flexibilité deviendra un principe clé de la législation du travail. Les réformes touchent notamment le travail de nuit et les horaires atypiques. Dans un souci de compétitivité avec nos voisins, la réglementation sur le travail de nuit sera assouplie, et les travailleurs dans certains secteurs pourront bénéficier de primes pour leurs prestations nocturnes. En clair, le travail de nuit commencera désormais à partir de minuit (24 heures) au lieu de la limite actuelle de 20 heures. Par ailleurs, l'augmentation du plafond des heures supplémentaires exonérées de cotisations sociales favorisera la productivité, tout en garantissant des compensations pour les travailleurs concernés. En clair, le régime des 180 heures fiscalement avantageuses (pour l'employeur et l'employé) pourra passer à 360, voire même à 450 heures dans l'Horeca. Ce n'est pas tout : flexibilité veut aussi dire qu'"après concertation avec les partenaires sociaux, nous réintroduisons, au plus tard au 31/12/2025, la période d'essai : il sera désormais possible pour les deux parties de mettre fin au contrat de travail avec un préavis d'une semaine au cours des six premiers mois du contrat".
La flexibilité passera également par le renforcement des flexi-jobs, plus précaires et moins soumis à cotisations sociales. "Le revenu annuel maximum pour les flexi-jobs est augmenté de 12 000 à 18 000 euros et, le cas échéant, le salaire horaire maximum est augmenté de 17 à 21 euros." Voilà qui ne plaira pas aux organisations syndicales, peu enclines à accepter les emplois avec peu de cotisations alimentant la sécurité sociale.
Malades de longue durée pas oubliés
"Cette série de réformes vise à rendre le marché du travail belge plus souple, plus accessible et plus compétitif", dit l'Arizona. Mais, au-delà des réformes précitées, des simplifications du marché du travail, et un gros plan de prévention et de réinsertion des malades de longue durée est prévu. Actuellement, ils sont 530 000 malades de longue durée (hors fonctionnaires).
Avec un taux d'emploi de 72,1 %, le nombre d'emplois actuels (équivalents temps plein) est d'environ 4,9 millions d'après le Bureau fédéral du Plan. Pour atteindre un taux de 80 %, il faudrait 5,5 millions d'emplois. Cette différence de près de 400 000 emplois, 80 000 emplois par an d'ici à 2029, est 2 fois supérieure à ce que la Belgique crée habituellement sur une année normale. Sauf à créer, en plus des jobs réintégrés par des malades de longue durée, des temps partiels ou mini-jobs en masse, qui augmenteraient artificiellement le taux d'emploi.
