Dans une note secrète, la N-VA refuse les départs à 58 ans chez Proximus
La N-VA a un grave problème de conscience dans ce dossier, comme une note secrète élaborée par le principal parti de la "suédoise" le prouve. Explications.
- Publié le 26-02-2016 à 06h52
- Mis à jour le 26-02-2016 à 13h52
Les poids lourds du gouvernement fédéral vont parler télécoms ce vendredi. Une très délicate réunion du kern (qui réunit le Premier ministre et ses vice-Premiers ministres) est prévue ce matin sur la question de la compétitivité de Proximus (ex-Belgacom). Autant l'écrire tout de suite : la N-VA a un grave problème de conscience dans ce dossier, comme une note secrète élaborée par le principal parti de la "suédoise" le prouve. Explications.
Le scénario Proximus
Proximus veut contrôler ses coûts salariaux bien plus élevés que ceux de ses concurrents, on le sait. Dans ce but, l'entreprise télécoms, dont l'Etat est le principal actionnaire, a proposé au gouvernement de valider un plan de départ pour ses employés âgés de 58 ans et plus. Selon ce scénario, les collaborateurs statutaires en reconversion chez Proximus bénéficieraient d'une retraite anticipée à partir de 58 ans tout en conservant 75 % de leur rémunération. Les autres statutaires et les contractuels auraient pu opter pour un départ anticipé à partir de 60 ans (avec également le maintien de 75 % du salaire). Ce plan concocté par Proximus concerne potentiellement 1 300 équivalents temps plein (ETP).
Mais, donc, cette idée rentre en confrontation directe avec l'accord de majorité du gouvernement fédéral. Pour rappel, la "suédoise" a décidé d'interdire les départs anticipés avant 62 ans (et avant 63 ans à partir de 2018). La demande de l'opérateur télécoms, qui est aussi un gros contributeur aux finances publiques via ses dividendes, provoque le trouble au sein de l'équipe de Charles Michel. En particulier, chez les nationalistes flamands.
"Faire une exception est inacceptable"
En effet, la N-VA s'oppose avec vigueur à toute fleur que l'Etat pourrait faire à son entreprise de télécommunications. Un document diffusé dans les cabinets fédéraux démonte les propositions de Proximus. "Faire une exception en faveur de Proximus est inacceptable, condamne la note de la N-VA dont "La Libre" a pris connaissance. Cela saperait un pilier crucial des réformes en matière de pension et des économies que le gouvernement Michel veut obtenir. Cela compliquerait les négociations actuelles avec les syndicats à l'égard de la liste des 'métiers pénibles' car si même les agents de Proximus pouvaient s'arrêter de travailler à partir de 58 ans ou 60 ans, pourquoi pas alors appliquer le même régime aux pompiers, aux pilotes marins, aux aiguilleurs du ciel, aux travailleurs de nuit, etc. ? De même, cela va compliquer les prochaines (et difficiles) discussions budgétaires par rapport aux économies dans la Sécurité sociale qui ont été décidées." Traduction : les "58 ans" chez Proximus serait un dangereux précédent qui pourrait tenter d'autres entreprises, avec, donc, un surcoût à la clef pour la sécu.
Le scénario N-VA
Impasse totale ? Non. Le principal parti de la majorité fédérale est prêt à une concession tenant compte de la nécessité impérieuse pour Proximus d'être un acteur compétitif sur un marché très concurrentiel. Il s'agit, pour la N-VA, de permettre la mise en non-activité de travailleurs à partir de 61 ans (1 140 ETP selon l'estimation de la N-VA).
Ce système permettrait aux employés concernés de conserver environ 75 % de leur rémunération mais Proximus ne paierait plus de cotisations patronales en ce qui les concerne et ferait donc une économie. Par ailleurs, relève encore le document de la N-VA, les employés qui passeraient en non-activité ne pourront pas faire valoir cette période pour le calcul de leur pension finale, ce qui préserverait les caisses de l'Etat. "La non-activité à 61 ans est moins scandaleuse que la retraite anticipée à 58 ans", précise sans ambages la note des nationalistes.
Le MR est d'accord
Politiquement, au kern de ce vendredi, le MR devrait suivre le point de vue de la N-VA. Quant aux autres partenaires de majorité, le CD&V ne s'est pas prononcé de manière tranchée dans ce dossier. Reste à connaître l'attitude que le vice-Premier Open VLD, Alexander De Croo, va adopter. Il est le ministre de tutelle de Proximus et, à ce titre, est embarrassé par les demandes de l'entreprise : sur le plan doctrinal, les libéraux flamands prônent l'allongement des carrières. Dilemme… Il se dit donc que l'Open VLD, ne voulant pas se "mouiller", pourrait laisser passer discrètement la solution N-VA qui aurait l'avantage d'être conforme à son idéologie.
