"Du champagne haute couture", c'est ce qu'entend élaborer Virginie Taittinger. Mais qui est-elle ?

- Publié le 22-12-2018 à 18h51
- Mis à jour le 22-12-2018 à 21h03

Elle a lancé sa marque, Virginie T, voici dix ans. Après avoir travaillé 21 ans chez Taittinger. Bon sang…"Le champagne n'est pas un métier mais une passion et c'est merveilleux de pouvoir faire de sa passion son métier." Virginie Taittinger est née dans les bulles. Taittinger, bien sûr, mais aussi Piper Heidsieck, du côté maternel. Une double ascendance qui fait d'elle une aristocrate du champagne. Il n'est pas donné à tout le monde en effet d'étudier à l'université et en haute école de commerce situées toutes les deux rue Pierre Taittinger, "mon grand-père".
Et pourtant, en 1983, elle débute à 21 ans… dans les cigarettes avant de rejoindre Taittinger trois ans plus tard, en tant qu'assistante de direction. La direction, c'est son père qui l'incarne, "un capitaine qui tenait son cap, charismatique…". Chef de cave avant tout. "Il m'a transmis son savoir-faire au fil des 21 ans que j'ai passés dans la maison. Il m'a appris à aimer ces vins, à faire des assemblages, à avoir un goût, à comprendre pourquoi le champagne est magique et à le vendre." Virginie s'occupe de la communication, du marketing et, quand elle arrive en Belgique en 2000, elle dirige les relations extérieures européennes de la marque, s'occupant du Benelux, de l'Allemagne et de la Suisse. Elle atterrit à Bruxelles parce que son mari, gynécologue spécialisé dans la procréation médicalement assistée, va y travailler, pas "pour des raisons fiscales"…
"J'ai vécu deux drames dans ma vie", annonce-t-elle tout de go, "la vente de deux affaires familiales de champagne : Piper Heidsieck en 1988 au groupe Rémy Cointreau et Taittinger en 2005, à l'américain Starwood Capital." Elle apprend cette vente le 22 juillet, le jour de son anniversaire. À l'époque, les actionnaires familiaux détiennent encore 27 % des actions avec droit de vote double, aux côtés, notamment d'Albert Frère et la CNP. "J'ai été peinée d'apprendre sa disparition. C'était une grande figure carolo de notre pays. Sa venue dans notre groupe a permis de réaliser un certain nombre de choses."
Starwood annonce rapidement qu'il veut vendre l'activité champagne, c'est la partie hôtels qui l'intéresse. "Mon cousin Pierre-Emmanuel Taittinger a réussi à convaincre le Crédit agricole de le soutenir dans le rachat de la maison, ce dont je suis très heureuse pour lui. C'est une bonne cbose qu'un Taittinger reste à la tête du champagne Taittinger. Mais il n'a pas souhaité que d'autres membres de la famille, sauf ses enfants, le rejoignent." Les affaires familiales sont rarement des longs fleuves tranquilles…
En juillet 2007, Taittinger, pour elle, c'est fini. Mais elle "détient un capital incroyable" issu de ses origines champenoises et de 21 ans d'activité dans le secteur. La Champenoise décide de lancer son champagne. "Il est très difficile de commencer de zéro une maison de champagne et je ne me serais jamais lancée si j'avais su toutes les difficultés que je rencontrerais", déclare cette femme élégante. "80 % de ce que je fais aujourd'hui, je ne le faisais pas chez Taittinger. Il faut tout apprendre. Et apprendre de ses erreurs. J'avance à petits pas, pour faire de petites erreurs…"
Virginie retourne alors auprès des vignerons. "J'étais Taittingérisée à mort. C'était ma référence absolue… Il fallait que je renaisse, que je reparte d'une page blanche, que je retrouve une virginité… sans jeu de mots." Car sa marque est précisément VIRGINIE T. Pas question de faire référence à Taittinger, bien sûr. Les relations avec la maison éponyme sont… compliquées.
En 2008, elle sort 15 000 bouteilles élaborées par la maison Janisson. Depuis, elle a acquis au fur et à mesure son autonomie. Aujourd'hui, elle en vend 30 000 bouteilles et espère arriver à 100 000 dans 5 ans. Le seuil de rentabilité est à 50 000. La vente se fait par Internet, en direct (quelques caisses attendent dans son hall) et dans une poignée de points de vente. De quoi éviter au maximum les frais des intermédiaires et de logistique. "J'ai commencé à élaborer des champagnes haute couture, avec du caractère, une personnalité. J'ai 26 champagnes différents dans mes caves, des blancs de blancs, des blancs de noirs, du bio, du millésimé. Des petits champagnes de niche car je n'ai pas la prétention de séduire un large public mais plutôt des publics spécifiques intéressés par ce type de démarche. Je travaille aussi pour des marques ou des événements."
Dans un proche avenir, et pour un investissement global de 4 millions, Virginie Taittinger veut acheter un lieu en Champagne où installer "son atelier de création de champagnes" et… des vignes ("peut-être 1 ou 2ha") pour faire du bio, de la biodynamie… et les vendanges avec son fils Ferdinand qui travaille désormais avec elle (ils sont 4 en tout…). Ce n'est "pas plus facile de travailler avec son fils qu'avec son père", lâche-t-elle en boutade. La famille, toujours. "C'est tellement difficile de se faire un prénom, mais j'y suis arrivée. Et j'y tiens !"
