Comment transformer des start-up en championnes de la croissance?
Dix jours. C'est le temps qu'il reste aux neuf start-up de la quatrième édition du Reaktor pour préparer leur Demo Day.

- Publié le 17-06-2021 à 14h50
- Mis à jour le 18-06-2021 à 15h42

Libre Eco week-end | Le dossier
Il est en effet de tradition, à l'issue d'un programme d'accélération de ce type, de faire pitcher une dernière fois les fondateurs devant un panel d'investisseurs à l'affût de (futures) pépites. Chaque start-up disposera de quelques minutes pour susciter leur intérêt. Avec l'ambition de passer à la vitesse supérieure et d'abandonner le statut de start-up pour celui envié de scale-up.
Le 29 juin marquera la touche finale d'un programme qui s'est élancé, trois mois plus tôt, à l'A6K de Charleroi. À raison d'une journée par semaine et de trois "bootcamp" thématiques de 48 heures, les neuf start-up francophones - sélectionnées parmi une quarantaine de candidatures - ont suivi un programme intensif composé de master class livrées par des experts (Frank Maene, Omar Mohout, Patrick Polak, Thibaut Claes, Inès Mertens, Mathieu Bazelaire,…) et de séances de coaching, collectives et individuelles, pilotées par Karin Maquet, Benoît Lips et Bruno Wattenbergh.

Des maturités à géométrie variable
Tout fondateur ou dirigeant d'une start-up le sait : démarrer un projet n'est pas simple, mais le "passage à l'échelle", c'est-à-dire le fait de donner un gros coup d'accélérateur à ce projet et de le transformer en scale-up, est une autre paire de manches ! "Le Reaktor est là pour structurer et renforcer le business model des start-up afin qu'elles soient capables de supporter une forte croissance, explique Joseph D'Ippolito, coordinateur du Reaktor au sein d'Engine. Au départ, les neuf start-up ont pu démontrer un réel potentiel de croissance et de belles ambitions. Le scale n'est toutefois pas une simple croissance organique. C'est un processus exigeant, qui demande de faire des choix stratégiques importants. Il peut apparaître, en cours d'accélération, que certaines ne sont pas encore prêtes à devenir des scale-up, même si elles répondent à un réel besoin de marché et qu'elles ont l'ambition de grandir rapidement. Le programme les pousse alors à réfléchir à des réalités que les fondateurs avaient peut-être sous-estimées (organisation interne, expertises, marketing, etc.)".
Tout est question de niveau de maturité des start-up. Une fois dans le Reaktor,, il ne faut pas longtemps pour que les coachs identifient celles qui sont prêtes à scaler et celles qui doivent encore trancher certains points avant d'aller plus loin. "Nous fournissons la boîte avec les outils pour résoudre simplement et rapidement chaque problème lié à la croissance, résume Bruno Wattenbergh, professeur à la Solvay Brussels School et responsable Innovation chez EY Belgium. Il faut imaginer une course de voitures qui ne s'arrête jamais et où les mécaniciens sont en permanence en train d'adapter les voitures pour aller toujours plus vite et plus loin…" Karin Maquet, coach principale de Kopilot, Digital-Meeting et SeekandCare, a connu deux cas de figure très opposés. "Avec Kopilot, il a fallu régler, tout au début du programme, des divergences de vues entre fondateurs, dit-elle, sans entrer dans les détails. Ensuite, on a remis le business model à plat et réorganisé certaines choses pour permettre à la start-up de repartir sur de bons rails. Pour SeekandCare, je me suis retrouvée avec deux fondateurs embarqués dans la préparation d'une première grosse levée de fonds, ce qui a fortement conditionné mon coaching."
Comme un MBA en accéléré
Pierre Collard et Alexandre Dewulf, cofondateurs de la plateforme SeekandCare, sortent ravis de l'expérience. "C'est comme si on avait suivi un MBA en accéléré ! Sur la levée de fonds, que nous préparons, nous n'avions aucune expérience. Karin nous a apporté énormément." Au-delà de ce point particulier, MM. Collard et Dewulf soulignent les différentes plus-values d'un tel programme : "Sortir du train-train de la gestion quotidienne", "approfondir des thématiques qui nous sont utiles aujourd'hui", "revisiter certains fondamentaux", "avoir des retours d'expériences des autres start-up", etc.
Jérôme Stefanski, fondateur et CEO de Little Guest, confie sortir des quinze semaines du Reaktor "sur les rotules" ! "C'est très intense comme expérience, d'autant plus qu'à partir de mi-avril, l'activité de Little Guest s'est accélérée après une longue période rendue plus difficile par le Covid. En mai, on a connu une croissance de 400 % de notre chiffre d'affaires par rapport à mai 2019. C'est un record." Au four et au moulin, l'entrepreneur a tenu à impliquer plusieurs managers de son équipe dans le Reaktor afin qu'"ils prennent mieux conscience de ce qu'est un processus de scaling".
La démarche a été similaire dans le chef de Kevin Françoisse, CEO et cofondateur de Sagacify. "Il a fallu composer avec une activité qui tourne à pleine vapeur, ce qui n'est pas toujours simple, raconte ce spécialiste en intelligence artificielle. Mais le Reaktor a été un très bon investissement pour Skwiz, le nouveau produit qu'on lance. Il a permis à la fois de clarifier et d'accélérer les choses. On a compris, en particulier, qu'il fallait rendre Skwiz et l'équipe qui travaille sur ce produit les plus autonomes possible, avec la nécessité de lever des fonds. C'est un choix stratégique important pour l'avenir de Sagacify.".

Ouvrir le champ des possibles
Du côté des experts, on se montre aussi positif envers un programme tel que le Reaktor. "Il a l'avantage de toucher à de nombreux sujets en assez peu de temps", analyse Thibaut Claes, en charge des investissements dans les start-up et scale-up technologiques chez W.IN.G. by Digital Wallonia et à la SRIW. Un avantage qui a son revers, dit-il, dès lors que chaque start-up a des besoins souvent bien définis. "Parler de levée de fonds à des start-up dont la préoccupation, à court terme, est de mieux structurer une équipe en place n'a pas toujours beaucoup d'intérêt." Thibaut Claes se demande si un programme "à la carte", étalé sur une plus longue période, n'aurait pas un meilleur impact sur les start-up participantes. "Lors des one-to-one que j'ai eus avec 8 des 9 start-up de ce Reaktor, ajoute-t-il, j'ai eu des questions plus pointues et des échanges plus chirurgicaux que lors des trois précédentes éditions. Ce sont des boîtes plus matures".
Aux start-up, à présent, de prouver qu'elles ont engrangé de nouvelles munitions pour devenir, à terme, des championnes de la croissance. Comme le glisse Benoît Lips, coach et pionnier de l'entrepreneuriat numérique en Belgique, le Reaktor est là pour "ouvrir le champ des possibles et travailler sur des scénarios de croissance", mais "pas pour décider à leur place".