AB InBev pourrait-il envisager de quitter Euronext Bruxelles?
Certains se posent la question de l'intérêt que peut trouver le géant brassicole à être coté sur une place devenue "subrégionale". Le CEO d'Euronext Bruxelles tient un tout autre discours…

- Publié le 31-10-2023 à 17h56
- Mis à jour le 01-11-2023 à 11h44

L'action AB InBev, qui a bien réagi à la publication ce mardi des résultats trimestriels, a une place très à part à la Bourse de Bruxelles. Avec une capitalisation boursière qui frôle les 93 milliards d'euros, elle semble avoir une taille disproportionnée dans ce marché bruxellois composé surtout de PME, où la capitalisation boursière moyenne des valeurs est d'à peine… 300 millions d'euros.
Ils sont nombreux à se demander si le géant brassicole ne pourrait pas quitter la place bruxelloise car elle serait devenue beaucoup trop petite pour lui. "Je ne vois pas l'intérêt pour AB InBev d'être coté sur une place subrégionale si ce n'est la belgitude qu'elle apporte", souligne Pierre Nothomb, associé chez Deminor.
Une seule plateforme informatique
Chez Euronext Bruxelles, on ne croit pas à un tel scénario. "Je n'ai pas d'indications qui vont dans ce sens", nous explique Benoît van den Hove, CEO d'Euronext Bruxelles.
De plus, il bat en brèche l'idée que la Bourse de Bruxelles est devenue une place régionale comme le regrettent souvent les intermédiaires financiers locaux. Il rappelle que Bruxelles fait partie du groupe Euronext qui intègre également les places de Paris, Amsterdam, Lisbonne, Dublin, Oslo et très récemment Milan. "Euronext fonctionne sur une seule plateforme informatique, à savoir Optiq. En termes de transactions sur actions en Europe, une sur quatre a lieu sur Euronext. La capitalisation agrégée des sociétés qui y sont cotées est le double de celle de Londres et le triple de celle de Francfort. 98 % des transactions à Bruxelles viennent d'intermédiaires étrangers" , poursuit le CEO.
Benoît van den Hove souligne également qu'"AB InBev se positionne très fort comme une société belge". Ce qui explique que le groupe contrôlé par des familles belges (Spoelberch, Mévius, Van Damme, etc) et brésiliennes n'aurait aucune raison de délocaliser sa cotation. À noter d'ailleurs que le volume des transactions sur l'action AB InBev est plus élevé à Bruxelles qu'à New York où l'action est aussi cotée.
"Poids énorme des régulations"
Si ce scénario de délocalisation, jugé assez improbable, devait se réaliser, ce serait en tout cas une mauvaise nouvelle pour la place bruxelloise qui perdrait énormément de volumes et donc de recettes (les frais de cotation, eux, se limitent à 78 000 euros par an pour AB InBev). Et cela à un moment où la cote bruxelloise ne cesse d'enregistrer des "delistings", la dernière en date étant Telenet.
Dans les raisons qui expliquent cette désertion, Pierre Nothomb relève "le poids énorme et coûteux des régulations imposées par la FSMA et la Banque nationale. Les sociétés n'ont plus intérêt à être cotées. C'est intenable pour elles". Et de donner l'exemple des rapports annuels "qui sont aussi épais qu'un bottin de téléphone". Il se dit "un peu nostalgique" de cette période où la Bourse de Bruxelles était composée "de belles sociétés belges. Le petit porteur a disparu et a été remplacé par des sicav qui n'ont pas intérêt à être des actionnaires activistes". Il en veut pour preuve les rares coups de fil qu'il a reçus d'actionnaires prêts à remettre en question la manière dont se sont passés des récents "squeeze out" (sortie forcée de la Bourse). Et de conclure sans ambages : "Aujourd'hui, le marché est mort" .
