Wallonie Entreprendre est dans le collimateur de la nouvelle majorité wallonne : à tort ou à raison ?
L'ex-SRIW, devenue Wallonie Entreprendre en 2023, fait l'objet de critiques acerbes de la part de responsables du MR et des Engagés. Les dossiers Air Belgium, Mithra et Hamon sont pointés du doigt. Les chiffres consolidés de WE révèlent pourtant des résultats largement positifs.

- Publié le 08-10-2024 à 08h23

Mais quelle mouche a donc piqué la nouvelle majorité wallonne formée par le MR et Les Engagés dans la foulée des élections régionales du 9 juin ? Si on en croit un article paru la semaine dernière dans Trends-Tendances, Wallonie Entreprendre (WE) ne ferait pas un bon usage des deniers publics. Pire : WE enchaînerait les déboires. La preuve ? Air Belgium, Mithra, Hamon…
"Wallonie Entreprendre est aux entreprises ce que le Forem est aux demandeurs d'emploi !"
La charge soudaine et virulente de la nouvelle majorité wallonne envers WE et son patron, Olivier Vanderijst, aurait été lancée au cours des consultations menées par Maxime Prévot, président des Engagés, et son homologue du MR, Georges-Louis Bouchez, lors de la négociation de la nouvelle Déclaration de politique régionale (DPR) . "Wallonie Entreprendre est aux entreprises ce que le Forem est aux demandeurs d'emploi !", aurait-il été signifié à Olivier Vanderijst. Dans la bouche de MM.Prévot et Bouchez, c'est tout sauf un compliment… Pourtant réputé pour le sérieux avec lequel il dirige le bras financier de la Région wallonne, le patron de WE en serait resté bouche bée.
La véritable raison de cette charge, nous confient plusieurs sources politiques et économiques proches du dossier, serait à trouver non pas dans les pertes financières liées au dossier Air Belgium, Mithra ou Hamon, mais dans le sort réservé à Philippe Buelen, premier vice-président de la Sogepa et ancien chef de cabinet de Maxime Prévot, dans le cadre de la fusion des trois outils publics wallons de financement (SRIW, Sowalfin et Sogepa). Une fusion qui a donné naissance, le 1er janvier 2023, à Wallonie Entreprendre. M.Buelen n'aurait pas supporté la décision du gouvernement PS-MR-Ecolo de ne pas le nommer au sein du comité de direction de WE. Relégué dans un comité de direction "étendu", l'intéressé avait décidé d'introduire un recours au Conseil d'État (l'affaire est toujours en cours d'examen, selon nos informations).
Incompréhension
Toujours est-il que, dans les coulisses politiques et économiques wallonnes, la charge contre Olivier Vanderijst – lequel n'a pas souhaité répondre à nos questions – suscite pas mal d'incompréhension. Nos interlocuteurs évitent toutefois de s'exprimer à visage découvert. "On devrait y voir plus clair au lendemain des élections communales et provinciales", nous explique-t-on. D'une part, le conseil d'administration de WE, présidé par Pierre Rion (fervent libéral, cet entrepreneur et investisseur à succès a été désigné sous la précédente législature), va être remanié à la lumière des résultats des élections régionales. D'autre part, le nouveau gouvernement wallon pourrait en profiter pour remettre de l'ordre dans les deux comités de direction de WE, ce qui permettrait de réintégrer Philippe Buelen dans le "vrai" comité de direction au détriment d'un directeur PS.
L'incompréhension dont il est question tient surtout aux résultats financiers engrangés par WE sous la direction d'Olivier Vanderijst et à la réussite de la fusion. Dans une interview donnée en février à La Libre, Pierre Rion s'était lui-même montré très positif. "Aujourd'hui, Wallonie Entreprendre est un vrai succès. On a réussi à faire en sorte que 1 + 1 + 1 = 4". Financièrement, l'année 2023 a en outre un très bon cru et, à mi-chemin de l'exercice 2024, tout indique qu'il devrait en être de même cette année.
Dividendes et "exits"
Au 30 juin, WE avait déjà investi 267 millions d'euros, en capital et en prêt, contre un montant de 416 millions pour l'ensemble de l'exercice 2023. Parmi les investissements, on trouve des sociétés stratégiques ou de croissance comme John Cockerill Hydrogen, Sonaca, Aerospacelab, Sparki… Du côté des résultats (dividendes, plus-values, intérêts perçus sur les prêts), la trajectoire apparaît également positive. "Sauf gros couac, a expliqué Olivier Vanderijst à Trends-Tendances, on devrait tourner autour des mêmes bénéfices que l'année dernière, soit 142 millions d'euros". S'il y a bien eu des réductions de valeur, la source de ces bénéfices est à trouver dans les dividendes (liés aux participations de WE dans Sonaca, FN, Prayon, Ethias, Safran Aero Boosters, etc.) et les plus-values engrangées lors de récents "exits" (cession partielle ou totale participations).
"WE, qui gère 5 milliards d'euros d'actifs, a réalisé beaucoup d'autres exits profitables. On peut citer Ogeda ou, tout récemment, CluePoints."
Au sujet des plus-values, accusent les pourfendeurs de WE, le bras financier de la Région wallonne aurait surtout tiré le gros lot en investissant dans Odoo, la société de logiciels informatiques fondée par Fabien Pinckaers. "Affirmer cela, ce n'est rien connaître au dossier, soutient un de nos interlocuteurs. D'une part, la SRIW a investi dans Odoo à une époque où la société était très loin d'être ce qu'elle est devenue aujourd'hui. D'autre part, WE, qui gère 5 milliards d'euros d'actifs, a réalisé beaucoup d'autres exits profitables. On peut citer Ogeda ou, tout récemment, CluePoints". En 2023, si on additionne les dividendes et les plus-values, WE aurait fait remonter 240 millions d'euros dans les caisses de la Région en 2023 et on devrait être assez proche de ce montant cette année.
Pierre-Yves Jeholet (MR), nouveau ministre wallon de l'Économie ayant la tutelle sur Wallonie Entreprendre, se montrera-t-il satisfait de ces résultats ou en exigera-t-il davantage de la part de WE ? Sollicité par nos soins, il n'a pas souhaité, à ce stade, s'exprimer.
