Le secteur pharma, exempté du courroux de Donald Trump, s'inquiète tout de même: "Les derniers chiffres sont préoccupants"
Malgré les exemptions apparentes pour le secteur pharma, les taxes de Donald Trump pourraient provoquer des surprises.

- Publié le 03-04-2025 à 18h19
- Mis à jour le 04-04-2025 à 16h46

Le secteur pharma belge se dit très inquiet, malgré l'exemption de taxes américaines. Une exemption traditionnelle pour ces produits de santé. Mais comment expliquer ce paradoxe ?
Il faut savoir avant tout que les États-Unis restent le premier marché d'exportation pour l'industrie pharma belge et les entreprises du secteur craignent des conséquences indirectes fortes, comme une fuite des investissements. Nous y reviendrons.
Un ralentissement inquiétant
Tout d'abord, selon pharma.be (représentant les gros poissons du secteur en Belgique, entreprises étrangères ou belges confondues), la Belgique exporte chaque jour pour 216 millions d'euros de produits biopharmaceutiques. En 2024, le secteur pesait encore 79 milliards d'euros à l'export, ce qui en fait le plus grand contributeur aux exportations nationales (environ 16 % du total des exportations belges). Toutefois, cette performance s'accompagne d'un léger recul : les exportations ont diminué de 1,4 % par rapport à l'année précédente.
Signe plus préoccupant encore : l'emploi dans le secteur baisse pour la première fois depuis plusieurs années, avec un recul de 0,5 %. Une baisse minime, mais symbolique, qui contraste avec les 16,2 % de croissance de l'emploi enregistrés sur les cinq dernières années.
Trump risque de fragiliser le modèle belge
Dans ce contexte déjà tendu, l'annonce de Donald Trump sur l'instauration de nouveaux droits de douane a jeté un froid sur le secteur. Bien que les produits pharmaceutiques ne soient pas explicitement visés pour l'instant, l'ambiguïté du terme "pharmaceuticals" inquiète les acteurs du secteur.
"Nous sommes soulagés pour l'instant, mais nous restons très vigilants", nous explique David Gering, porte-parole de pharma.be. "Tout n'est pas tout à fait clair. Le terme est vaste : les éléments nécessaires pour produire un médicament sont-ils concernés ou non ? De nombreux éléments indispensables à la production de médicaments font des allers-retours entre différents pays", explique-t-il encore.
"Les derniers chiffres sont préoccupants."
Selon lui, même sans taxation directe sur les médicaments finis, la chaîne d'approvisionnement globale pourrait donc subir de lourdes perturbations.
"Ce genre de mesures aura de toute façon un impact sur l'économie et sur les décisions d'investissement", poursuit-il. "Certaines entreprises pourraient choisir d'investir directement aux États-Unis, plutôt que dans l'Union européenne, ce qui affaiblirait notre écosystème local."
La Belgique, dépendante du marché américain
Avec près de 24 % des exportations biopharmaceutiques belges à destination des États-Unis, la dépendance au marché américain est flagrante. La biopharma belge est donc particulièrement exposée à toute variation de la demande américaine.
"Ces mesures auront un impact négatif sur les soins de santé et sur les patients."
"Les derniers chiffres sont préoccupants. Il est clair que nous ne sommes plus dans la situation familière du 'business as usual' de ces dernières années, où nous ne voyions que des chiffres de croissance et des évolutions positives en termes d'emploi et d'exportations", explique la CEO de pharma.be, Caroline Ven.
"Nous ne sommes pas favorables à des contre-mesures lourdes de la part de l'UE, notamment en imposant des droits de douane sur les produits pharmaceutiques américains, car ces mesures auront un impact négatif sur les soins de santé et, en fin de compte, sur les patients", poursuit-elle, appelant la Belgique à renforcer la compétitivité belge. Via des cadeaux fiscaux ou des aides à la recherche ? Ce n'est pas dit, mais le secteur appelle à "mieux valoriser l'innovation".
Se diversifier absolument
Le message des professionnels de la pharma est clair : la Belgique ne peut pas se permettre de mettre tous ses œufs dans le même panier. Une diversification des marchés est devenue une nécessité.
"Cette situation est une preuve supplémentaire qu'il faut améliorer la compétitivité de la Belgique et de l'Europe", insiste David Gering. "Sinon, nous risquons de perdre notre place de bastion industriel dans ce secteur clé. C'est un risque majeur."
Un défi de taille pour la pharma belge, et en particulier wallonne, indispensable à la bonne santé des patients, et du pays.
