Vers une nationalisation de Brussels Airport ? La Flandre et le Fédéral veulent prendre le contrôle
L'aéroport de Bruxelles représenterait un actif stratégique. Néanmoins, cette "nationalisation" potentielle laisse quelques doutes, voire craintes.

- Publié le 25-04-2025 à 18h23
- Mis à jour le 25-04-2025 à 19h05

Se dirige-t-on vers une "nationalisation" de Brussels Airport ? Alors que la question de vendre les participations publiques dans des actifs se pose actuellement au niveau national pour financer, par exemple, la Défense, on apprend, via nos confrères du Tijd, que l'État fédéral et la Flandre souhaiteraient augmenter leur participation.
Rappelons que l'État détient 25 % + une action via son bras financier, la SFPIM, et la Flandre à peine moins de 2 % via le fonds PMV.
Reste à voir si le fonds flamand PMV a les reins assez solides.
Mais, alors que le groupe australien Macquarie devait potentiellement racheter les parts détenues par le fonds de pension canadien OTPP – Brussels Airport est plus international qu'on peut l'imaginer –, ce dernier s'en serait détourné, considérant que la transaction, estimée entre 2,5 et 3 milliards d'euros, serait trop élevée. Précisons qu'OTPP (Ontario Teachers'Pension Plan) détient plus de 35 % des parts. Et que Macquarie n'est pas totalement en dehors de la course et que cela pourrait être une manœuvre de négociation
Un investissement stratégique
Le Fédéral considère sa participation dans Brussels Airport comme "stratégique". En rachetant la part d'OTPP, il pourrait porter son poids à près de 40 %. La Flandre, quant à elle, pourrait donc grimper à environ 16 % si elle reprenait la moitié des parts canadiennes.
Au total, cela conférerait aux pouvoirs publics une participation majoritaire sur l'aéroport, considéré comme l'un des plus grands moteurs économiques du pays après le port d'Anvers, avec 8,8 milliards d'euros de contribution au PIB et 65 000 emplois directs et indirects.
Si cette intervention publique pourrait être signe de confiance des autorités dans l'aéroport, et être positive pour d'autres investisseurs, cela pourrait également en refroidir certains, si trop de jeux politiques devaient ralentir les processus décisionnels.
Un dossier politique explosif ?
Cette perspective ne fait cependant pas l'unanimité. Côté flamand, l'opération est accueillie favorablement, notamment par la N-VA, pour qui renforcer le rôle de la Région dans la gestion de l'aéroport – situé en Flandre, à Zaventem – est une opportunité stratégique. Theo Francken, figure de proue du parti, avait même proposé, par le passé, de transférer la part fédérale directement à la Flandre.
En face, les partis francophones, notamment le MR, s'y opposent fermement. Selon eux, Brussels Airport fonctionne très bien avec son actionnariat actuel, et l'État n'a pas à débourser plusieurs milliards pour une entreprise rentable. Derrière ces arguments économiques, une inquiétude communautaire transparaît : celle d'une "flamandisation" croissante de l'aéroport national.
De plus, la question du survol de Bruxelles se pose. Déjà source de tensions communautaires – et de coûts pour l'État fédéral, condamné à de lourdes astreintes depuis plusieurs années –, il pourrait y avoir des désaccords sur la gestion du survol, ainsi que les développements envisagés. De plus, cela pourrait aller à l'encontre des objectifs environnementaux prônés par l'État et l'Europe.
Néanmoins, reste à voir si le fonds flamand PMV a les reins assez solides. Car débourser entre 1 et 1,5 milliard n'est pas une mince affaire, alors que le portefeuille du fonds s'élève actuellement à environ 1,8 milliard d'euros. Des ventes seraient donc nécessaires.
