Deloitte éclaboussée par une enquête liée à du blanchiment via la Russie
Les autorités britanniques ont ouvert deux enquêtes ces derniers jours concernant le cabinet d'audit Deloitte. Néanmoins, elles précisent que cela n'est pas une preuve d'une violation des règles. Les enquêtes seront à tenir à l'oeil.

- Publié le 24-07-2025 à 15h18
- Mis à jour le 24-07-2025 à 19h22

Le Financial Reporting Council (FRC), l'autorité britannique de supervision de l'audit, a annoncé les 10 et 23 juillet l'ouverture de deux enquêtes en cascade visant des audits réalisés par Deloitte, ainsi que par Azets dans la première affaire.
"L'ouverture d'une enquête ne signifie pas que le FRC a constaté, ou constatera, une violation des exigences applicables", précise d'emblée le régulateur.
Un réseau potentiel de blanchiment qui remonte jusqu'en Russie
La seconde enquête concerne les audits des états financiers de Glencore plc et de sa filiale Glencore Energy UK Limited entre 2013 et 2020, menés par Deloitte. Glencore - entreprise active dans l'industrie minière - est depuis plusieurs années visée par des enquêtes internationales pour des faits de corruption et de mauvaise conduite.
La première enquête porte sur Stenn, une fintech britannique spécialisée dans l'affacturage (une technique de financement et de recouvrement de dettes), soupçonnée d'avoir été utilisée dans un réseau international de blanchiment d'argent remontant potentiellement jusqu'en Russie. Deloitte a réalisé l'audit pour l'année 2023, après avoir pris le relais de Azets, qui avait elle-même succédé à EY. Ce dernier cabinet s'était retiré, invoquant publiquement – dans une lettre rendue publique – des transactions suspectes et des explications jugées insuffisantes de la part de la direction de Stenn.
Les sociétés d'audit sont relativement régulièrement montrées du doigt pour ne pas avoir repéré les irrégularités des entreprises, une fois que celles-ci sont épinglées pour des cas de corruption ou de blanchiment. Mais, comme on nous le signale, cela demande d'investiguer au-delà des lignes de chiffres et des trous dans la raquette ne sont pas impossibles. EY, elle aussi, avait d'ailleurs été épinglé lors du scandale Wirecard révélé en 2020, tout comme les autorités allemandes, avec certaines ramifications supposées russes. Des fraudes à hauteur de 2 milliards d'euros ont été relevées. Refuser l'approbation des comptes est aussi très lourd de conséquences et très rare, entend-on. Les auditeurs préfèreraient donc valider des comptes mais se retirer par la suite pour les années suivantes.
Notons que les Big Four (Deloitte, KPMG, EY et PwC) s'occupent de très nombreux dossiers, disposent de près d'un demi-million d'employés dans le monde et génèrent plus de 65 milliards de chiffre d'affaires à eux quatre.
Le journal Les Échos s'interroge d'ailleurs : "Comment les auditeurs ont-ils pu ne rien voir, alors que les réglementations anti-blanchiment se sont renforcées ces dernières années, et que certaines transactions menaient à des villages reculés d'Asie ?". Affaire à suivre.
