Hyundai Europe : "Par rapport à l'arrivée de nouveaux concurrents de Chine, nous sommes beaucoup moins vulnérables qu'il y a 10 ans"
Xavier Martinet, CEO de Hyundai Motor Europe, évoque ses ambitions européennes et belges.

- Publié le 05-09-2025 à 12h10
- Mis à jour le 05-09-2025 à 12h17

C'était le transfert de la fin de l'année 2024. Directeur marketing, ventes et opérations de la marque Dacia depuis 2021 et directeur des services commerciaux de Renault Group à partir de janvier 2024, Xavier Martinet quittait Renault Group pour rejoindre Hyundai Motor Europe (Hyundai, Kia, Genesis) en tant que président et CEO au 1er janvier.
Avant de dévoiler en début de semaine prochaine, au salon IAA Mobility de Munich, un nouveau véhicule – Ioniq 3, selon toute vraisemblance, dans le segment B – pour compléter la gamme 100 % électrique de Hyundai, Xavier Martinet nous a accordé un entretien via Teams.
"Le top 10 peut être une ambition mais il faut voir ses ambitions comme le résultat d'un travail bien fait"
Quelle a été votre motivation pour rejoindre Hyundai alors que Dacia était une success-story ?
J'étais arrivé à un moment dans ma carrière où j'avais peut-être besoin d'un autre challenge. Je trouvais l'histoire de Hyundai assez passionnante, avec un potentiel finalement qui n'était pas complètement exploité en Europe. Si je fais un petit peu d'histoire, Hyundai a commencé à fabriquer sa première voiture en 1975. C'était la Pony. Cinquante ans plus tard, Hyundai Motor Group est devenu le troisième constructeur mondial avec les trois marques du groupe. On a vendu plus de 7,8 millions de véhicules l'an dernier. Nous sommes également sur le podium en termes de profitabilité. C'est vrai qu'en Europe, nous sommes quatrièmes. La marque Hyundai est à la dixième place, côte à côte avec la marque sœur Kia. Nous pensons que le groupe, avec en plus la marque Genesis, est capable de faire mieux sur le marché européen.
Comment progresser, concrètement ?
Il y a trois groupes européens qui sont présents devant nous. L'objectif, ce n'est pas d'en cibler un ou deux, mais c'est vraiment d'essayer de se focaliser sur ce que nous pouvons faire pour améliorer notre performance. Quand on regarde aujourd'hui simplement les chiffres sur la performance de Hyundai, qui est la marque à laquelle je consacre tout mon temps, il y a des marchés sur lesquels on est clairement dans le top 5, comme en Espagne, puis d'autres, où on est au-delà de la quinzième place. Nous sommes plutôt bons chez les particuliers, avec 4,5 % de parts de marché. Pour les professionnels, nous sommes à 3,3 %. Notre marque sœur Kia nous a montré qu'on peut tout à fait progresser sur le marché flottes en Europe avec une stratégie de moyen et long terme.
Vous êtes en 14e place au classement des immatriculations en Belgique. C'est la faiblesse auprès des flottes qui vous pénalise ?
Le business des flottes est l'un des points sur lesquels nous sommes effectivement sous-performants. Ce n'est pas que le problème de la Belgique, c'est un problème que nous avons aussi plus généralement en Europe. L'idée est donc de trouver le bon plan d'action entre nous, notre importateur Astara et notre réseau en Belgique pour pouvoir effectivement augmenter notre performance.
Avec la volonté d'intégrer le top 10 ?
Le top 10 peut être une ambition mais il faut voir ses ambitions comme le résultat d'un travail bien fait. Si on commence à se mettre en tête d'être absolument à un niveau de parts de marché, on commence à faire des bêtises. Cela fait juste 27 ans que je travaille dans le secteur automobile, et à chaque fois que nous avons eu cette approche, c'est ce qui est arrivé. Nous voulons progresser sur des bases saines qui s'appuient sur les ventes aux clients particuliers et sur les ventes aux petites et moyennes entreprises, qui seront le cœur de notre approche business, même si on peut avoir quelques flottes emblématiques en portefeuille.
Que nous réserve Hyundai à Munich ?
Le gros message que l'on a, c'est vraiment une offensive sur le segment B (NdlR : voitures citadines). Nous sommes aujourd'hui un petit peu moins présents et un petit peu moins forts sur ce segment. Nous sommes persuadés, finalement, qu'il y a des poches de potentiel qui existent sur différents marchés, sur différents segments.
C'est aussi la présentation d'un nouveau modèle électrique, avec quelle ambition ?
Nous lancerons une offensive produits sur le segment électrique qui est sans parallèle sur le marché. Quand nous aurons dans nos showrooms dans un an la voiture que nous allons dévoiler à Munich, nous serons la seule marque en Europe à avoir une gamme spécifique de 6 véhicules 100 % électriques qui couvrent finalement tous les besoins et tous les segments du marché européen, de l'Inster sur le segment A à l'Ioniq 9 sur le segment E. L'Inster est le modèle qui nous permet d'augmenter nos volumes de vente alors que l'Ioniq 9 est avant tout un message pour montrer à quel point la marque Hyundai est en train d'évoluer sur le marché européen.
En début d'année, Hyundai annonçait vouloir doubler ses ventes de voitures électriques. Où en êtes-vous ?
En début d'année, on tablait sur des ventes de voitures électriques à 20-21 % du marché total. Nous n'y sommes pas du tout aujourd'hui. Fin juillet, c'était plutôt 17,5 %, ce qui nous oblige à revoir notre copie. Avec 18 % de nos ventes, nous sommes toutefois au-dessus de la moyenne européenne. Notre part de marché hybride est également supérieure au marché européen. C'est un point assez intéressant d'être à l'offensive à la fois sur l'hybride et sur l'électrique. Cela veut dire que si le marché n'évolue pas exactement comme prévu, nous sommes capables de compenser sur une motorisation le petit manque sur l'autre. C'est pourquoi nous voulons être présents sur les deux types de motorisation.
Vous êtes aussi l'un des rares constructeurs à proposer un véhicule à hydrogène, avec l'arrivée de la nouvelle Nexo. Il y a du potentiel, selon vous ?
Si on se focalise uniquement sur la partie véhicules particuliers à hydrogène, le potentiel de vente en Europe est extrêmement réduit. Pour nous, il ne s'agit pas juste de lancer une voiture particulière. Nous essayons de créer un écosystème englobant voiture, bus et camion.
Les constructeurs chinois seront en nombre à Munich. Votre sentiment à leur égard ?
il y a eu une évolution extrêmement forte de la marque Hyundai en Europe depuis 10-15 ans. À l'époque, les gens achetaient nos véhicules parce qu'ils étaient abordables avec plutôt des petites voitures à petits prix. Ce n'est plus le cas. Nos clients viennent vraiment nous acheter par choix. Cela veut dire que, par rapport à l'arrivée de nouveaux concurrents venant de Chine, notamment, nous sommes beaucoup moins vulnérables qu'on l'aurait été il y a 10 ans. Nous sommes bien plus forts aujourd'hui, même s'il y a encore plein de travail à faire pour pouvoir continuer à progresser.
