"On a été très surpris par l'accueil qu'a reçu notre nouveau bar à Uccle. Une poignée de riverains a diffusé des informations tout à fait fausses"
Axel Van Tuijn et ses deux comparses de la compagnie ABC ont ouvert un nouvel établissement dans la capitale, huitième bar à leur actif. Et les trois trentenaires ambitieux ne comptent pas s'arrêter en si bon chemin.

- Publié le 31-10-2025 à 15h47
- Mis à jour le 01-11-2025 à 12h11

Le Bar du Marché, Dinghi, le café Tulipant, le Bar du Matin... Autant d'enseignes bruxelloises qui sont devenues des références dans la capitale. Derrière ces établissements, la compagnie ABC. Et derrière la compagnie ABC, trois amis. Trois trentenaires qui ne s'imaginaient pas, en rachetant il y a dix ans leur premier bar, rencontrer un tel succès. Aujourd'hui, Axel Van Tuijn, Bruno Bogaert et Chuck Bindels viennent d'inaugurer leur huitième enseigne, Tussen à Uccle. Mais cette nouvelle expérience n'a pas été la plus facile... Axel Van Tuijn est l'Invité du samedi de La Libre.
Vous êtes à votre huitième bar sur Bruxelles. Cette fois, c'est à Uccle que vous avez ouvert un établissement. Pourquoi avoir choisi cette commune ?
C'est une chouette commune dans le sud de Bruxelles. Au final, ce n'est pas très éloigné d'Ixelles où la plupart de nos autres bars se trouvent. Et puis, il était temps d'un peu élargir notre horizon.
Mais Uccle n'est pas une commune aussi festive qu'Ixelles. N'est-ce pas un challenge d'ouvrir ce type d'établissement dans un quartier plus résidentiel ?
Ça dépend des quartiers... Il est clair que du côté de Prince d'Orange, c'est purement résidentiel. Mais notre nouvel établissement se trouve du côté de la rue Vanderkindere où se situent également une cinquantaine de commerces. Il y a de la vie, ça bouge.
Vous avez tout de même fait l'objet d'une plainte de riverains avant même que vous n'ouvriez le bar. Ceux-ci craignaient les potentielles nuisances sonores que l'établissement pourrait engendrer. Avez-vous été surpris ?
Oui, on a été évidemment très surpris. Cette poignée de riverains a diffusé des informations tout à fait fausses à notre égard, et à l'égard surtout de notre projet. Ces habitants pensaient qu'une boîte de nuit allait s'ouvrir juste en bas de chez eux. On a entendu parler d'un bar de nuit aussi. Or tout ça n'a jamais été dans le projet. Notre idée a toujours été de proposer un café convivial qui serait ouvert à 16h en semaine et à 10h le week-end. On ferme la terrasse à 22h et on arrête de servir à manger à 23h. A 1h, tout est fini. L'ambiance est très familiale. On a d'ailleurs des chaises bébés et une table à langer. On est donc loin de la boîte de nuit dont certains parlaient !
Et quels ont été les retours de ces riverains après l'ouverture ?
Ils ont été rassurés. D'autant qu'on a organisé une réunion d'information, quelques jours avant l'ouverture, à laquelle tous les habitants du quartier étaient conviés. Ils ont pu poser leurs questions. On a été tout à fait transparent avec eux.
Comment vous assurez-vous de garder un climat serein en soirée pour préserver le voisinage ? Il y a tout de même une terrasse et des gens qui sortent fumer...
On ne peut pas interdire aux clients de sortir prendre l'air ou de fumer. Mais on peut les sensibiliser à respecter le voisinage. C'est d'ailleurs inscrit sur nos vitrines. S'il faut qu'on mette d'autres choses en place, comme le rappeler sur nos menus ou demander aux serveurs d'insister sur le sujet, on le fera. Le plus important, c'est que nos voisins communiquent, pour qu'on puisse rapidement identifier la source des nuisances. Jusqu'ici, en tous les cas, on n'a reçu aucun P.V. On a respecté les réglementations en bon père de famille.
Vous n'aviez jamais connu de telles réticences avant l'ouverture de l'un de vos commerces ?
Oui, c'est la première fois qu'on nous réserve un tel accueil. D'autant que cette plainte n'est basée sur aucun fait concret. Ce ne sont que des suppositions. Ce qui est dommage, c'est qu'on entend surtout une poignée de gens qui mènent cette bataille contre le commerce. Mais il y a une majorité de gens qui sont ravis que le quartier bouge un peu, que les commerces se renouvellent et se modernisent.
Et puis, il ne faut pas oublier que ce local avait déjà une affectation Horeca, avant qu'on le rachète. C'était le Beer Bar. On n'a pas transformé un magasin de chaussures ou un cabinet de dentiste en bar !
Vous êtes surtout présents dans le sud de Bruxelles, et tout particulièrement à Ixelles. Aimeriez-vous partir à la conquête du centre-ville également ?
Oui, clairement. Il y a plein de chouettes opportunités dans d'autres communes. Même s'il n'y a pas beaucoup de hot spot dans la région, c'est-à-dire des quartiers comme Flagey, qui sont en pleine effervescence le jour avec de nombreux événements mais qui vivent aussi la nuit. Mais l'activité dans le centre-ville a bien repris depuis 2-3 ans, notamment du côté de Saint-Géry et de Dansaert.
Bruxelles est-elle une ville festive ? Est-ce une capitale intéressante pour les bars et cafés ?
Ça dépend à quelle autre ville on se compare. Si on se compare à Londres, Bruxelles est nettement moins festive, et surtout elle attire beaucoup moins de touristes. Dans la capitale anglaise, vous faites la file le dimanche soir pour aller dans un bar. Mais ce n'est pas pour autant que Bruxelles n'est pas une super capitale, qui offre beaucoup d'opportunités.
Mais elle ne jouit pas d'une très bonne réputation. Surtout ces derniers mois, avec les fusillades qui se multiplient. Ressentez-vous l'impact sur vos différents commerces ? Les touristes sont-ils plus réticents à venir ?
Cela ne concerne pas que les touristes. Cela refroidit déjà les gens qui sont en périphérie de Bruxelles et qui sortent de temps en temps en fin de semaine ou le week-end. Cette clientèle ne vient potentiellement plus à Bruxelles le soir. D'autant que les gens font un gros amalgame, en pensant que c'est tout Bruxelles qui est concerné par ces fusillades. Or, c'est vrai, certains quartiers sont plus chauds en ce moment, mais ça n'empêche pas d'aller au restaurant au Chatelain ou à Flagey, qui ne sont pas des endroits où l'insécurité règne.
Justement, le sentiment d'insécurité dans un quartier influence-t-il vos choix ? Est-ce quelque chose de rédhibitoire pour l'ouverture d'un nouvel établissement ?
Oui, ça fait partie de nos critères. Si c'est trop risqué, ça ne vaut pas le coup. On regarde toujours l'environnement local.
Partagez-vous le sentiment de certains restaurateurs qui estiment que la situation pour l'Horeca à Bruxelles est plus compliquée que dans le reste du pays ?
La situation de l'Horeca est compliquée dans toute la Belgique. On est soumis aux mêmes indexations de prix, à la même stratégie de législation, aux mêmes coûts salariaux. Mais je différencierais la situation des restaurants de celle des bars. Aujourd'hui, on a une flexibilité au niveau de la main-d'œuvre qui peut être formée sur le tas et démarrer avec peu de compétences. Ce n'est pas le cas des restaurants qui ont besoin de spécialistes et d'experts. Ces gens sortent pour la plupart d'écoles hôtelières. Et ça se paye.
La concurrence est-elle féroce dans le milieu de la nuit et des bars-café ? Il y a notamment le LO Group qui est très actif dans la capitale...
C'est un secteur qui est hyper dynamique. Chaque semaine, de nouveaux restaurants et bars ouvrent leurs portes à Bruxelles. Mais on a toujours vu la concurrence comme quelque chose d'assez sain. Ca nous pousse à nous remettre en question, à rester à la page. Il y a beaucoup de nouvelles tendances. Il faut s'adapter constamment. On voit maintenant l'essor des boissons sans alcool. Il y a trois ans, peu de bars en proposaient sur leur carte.
Vous vous êtes séparé de l'un de vos établissements, le Café Luxembourg, en juin dernier. C'était une première pour vous. Quelles sont les raisons qui vous ont poussés à la vente de ce commerce ?
Le quartier européen a énormément évolué ces dernières années. Pas toujours dans le bon sens pour nous. Il y avait 7 ou 8 exploitants au total sur la place. Tous avec le même système de pergola qui dataient de l'époque de l'ancienne majorité. Tout était calqué sur une sorte de charte pour uniformiser les terrasses de la place du Luxembourg. Malheureusement, cette charte n'a jamais été validée. Pourtant, les exploitants se mettaient dans les clous sur base de ce qui a été indiqué par la commune. Pas de chance. La majorité a changé. On a été prié de démonter cette terrasse 8 ans plus tard. C'était un petit coup dur.
Cela a tout changé pour votre établissement ?
La place n'était pas morte pour autant. Mais ça a redéfini la configuration du lieu. On a préféré sortir de cette zone qui est soumise à un calendrier parlementaire parfois compliqué à gérer. Avec les semaines à Strasbourg notamment. C'est un quartier qui est très business. Il n'y avait pas suffisamment de clients issus de milieux différents. Ce n'était que des travailleurs. La pandémie s'est fait d'autant plus ressentir.

Vous êtes trois amis derrière la compagnie ABC, comment se passe la collaboration ?
On a fait dix ans de chemin avec pas mal de défis sur la route, dont des années très compliquées en 2020-2021. Une association à trois ou une association tout court, c'est déjà un enjeu. Même quand tout va bien. Alors quand tout est fermé du jour au lendemain et qu'il n'y a plus de cash sur les comptes... On aurait pu faire face à des discussions vraiment houleuses, parce que la tension était au maximum. Mais ça s'est toujours bien passé, ça a toujours été très simple.
L'équipe a dû drastiquement s'agrandir en dix ans. N'est-ce pas également un sacré challenge ?
On était trois il y a dix ans et on faisait chacun dans notre cadre respectif avec nos affinités. On se complétait très bien et puis, au fur et à mesure, on a dû engager d'autres personnes pour nous venir en aide. Au début, on n'avait même pas de bureau. Tout s'est fait petit à petit. Aujourd'hui, l'équipe est composée d'une dizaine de personnes qui servent de support à toutes les équipes opérationnelles.
Quels sont vos objectifs pour l'avenir ?
Encore ouvrir plein de bars parce qu'on adore créer des nouveaux lieux et on apprend toujours énormément lors d'un chantier.
Envisagez-vous de partir explorer le reste de la Belgique ?
Quand on sortira de Bruxelles, ce sera pour aller dans une autre grande ville comme Anvers, Gand ou Liège. Mais il y a encore tellement de chouettes coins à Bruxelles. On n'est pas nulle part mais on n'est pas partout non plus.