"Nos supermarchés ne sont pas à la hauteur": quelles enseignes sont les pires élèves au niveau des rémunérations ?
Le constat de Superlist Social interpelle. Mais la méthodologie a ses limites.

- Publié le 03-04-2026 à 08h09
- Mis à jour le 03-04-2026 à 08h15

Le constat est interpellant. "Les supermarchés sont bien conscients des risques élevés d'abus tels que le travail des enfants et l'extrême pauvreté dans leur chaîne d'approvisionnement. Dans le secteur des bananes et du cacao, ils s'efforcent certes d'assurer un revenu équitable dans la chaîne d'approvisionnement, mais une approche globale fait défaut", dénonce Superlist Social, une initiative du think tank Questionmark en collaboration avec l'ONG Rikolto et le soutien de Fairtrade Belgium et d'Oxfam Belgium.
En Belgique, cinq chaînes de la grande distribution ont été analysées : Lidl, Colruyt, Aldi, Delhaize et Carrefour. Le meilleur élève de la classe est Lidl. Carrefour est par contre bon dernier. "Tous les supermarchés, du dernier du classement au leader, doivent se mettre au travail car ils ne sont pas à la hauteur dans leur approche visant à garantir une rémunération juste."

Certes, il y a quelques points positifs. "Lidl fait nettement mieux que les autres supermarchés belges. Il recense en détail ses chaînes à haut risque, comme les noix de cajou de Côte d'Ivoire et les oranges du Brésil, et traite ces risques à l'aide de plans d'action. Colruyt a rattrapé son retard dans le classement, notamment grâce à des projets menés dans ses chaînes d'approvisionnement visant à améliorer les conditions de vie des agriculteurs", souligne encore cette étude.
"Le chemin vers une chaîne d'approvisionnement entièrement responsable est complexe".
Bons points pour Lidl et Colruyt
Lidl et Colruyt marquent quelques bons points supplémentaires en vendant désormais différentes tablettes de chocolat garantissant un revenu vital aux petits agriculteurs. "Ce que nous observons dans certains supermarchés, notamment pour le cacao, est encourageant", estime Philippe Weiler, Directeur de Fairtrade Belgique. "Mais il est essentiel que ces initiatives s'étendent à toutes les chaînes d'approvisionnement à risque. Pensons au café, où peu de progrès sont encore visibles, mais aussi aux fleurs et aux textiles", poursuit-il, estimant que les consommateurs sont disposés "à payer quelques centimes de plus" pour améliorer la situation des agriculteurs et ouvrier agricoles "souvent sous-payés".
Comment réagissent les principaux intéressés ? Chez Lidl, c'est à la fois le verre à moitié plein – "cette étude est une confirmation essentielle que la stratégie adoptée en matière de transparence et de salaire vital porte ses fruits"- et à moitié vide – "le chemin vers une chaîne d'approvisionnement entièrement responsable est complexe et il reste encore plusieurs étapes à franchir."
"Nous constatons une évolution positive dans l'appréciation de nos initiatives", note Colruyt, tout en rappelant qu'il s'agit d'"une réalité complexe qui ne se résume pas toujours en chiffres ou en résultats". "Nous nous tournons vers des organisations capables de renforcer notre transparence dans les chaînes de produits plus risquées et d'augmenter notre impact", reprend l'enseigne, soulignant son "rôle moteur" dans des initiatives telles que Beyond Chocolate (cacao), Sifav (fruits exotiques) et Bascof (café).
"Nous restons déterminés à respecter toutes les exigences réglementaires en vigueur dans notre chaîne d'approvisionnement", indique Aldi, alors que Delhaize, comme Colruyt d'ailleurs, nuance la méthodologie de l'étude. "Nous ne rendons pas publics certains éléments, comme les noms de nos fournisseurs ou encore les rapports détaillés", souligne l'enseigne alors que Superlist se base justement sur les informations publiées.
"Nous sommes engagés dans une démarche d'amélioration continue sur ces enjeux, en cohérence avec les standards internationaux", explique enfin Carrefour Belgique.