L'hécatombe belge provoquée par Donald Trump
La coercition économique infligée par Donald Trump a provoqué, selon Agoria, une perte d'emplois conséquente dans le secteur technologique belge. Mais tout n'est pas noir au plat pays, des solutions existent.

- Publié le 02-04-2026 à 11h30
- Mis à jour le 02-04-2026 à 16h55

Une hécatombe. Le secteur technologique belge subit de plein fouet les conséquences de la hausse des droits de douane sur les marchandises entrant aux États-Unis.
Selon une étude menée par Agoria auprès de 200 entreprises membres de la fédération technologique, cette décision de Donald Trump aurait déjà entraîné, en un an, la perte de 1 500 emplois et le report de 70 millions d'euros d'investissements dans ce secteur.
Pour rappel, Donald Trump avait lancé son "Liberation Day" il y a juste un an, le 2 avril 2025, annonçant l'application de droits de douane "réciproques" à l'ensemble de la planète.
Depuis, l'UE a négocié des droits de douane fixés à 15 % pour les exportations européennes vers les États-Unis, contre 0 % dans l'autre sens. Un accord largement critiqué mais récemment validé par le Parlement. Néanmoins, en février, la Cour suprême américaine a déclaré illégaux les droits de douane décidés par Donald Trump qui a, dès lors, appliqué d'autres taxes d'un niveau relativement comparable.

"Le secteur technologique, qui réalise pas moins de la moitié de son chiffre d'affaires à l'exportation (84 milliards), est doublement touché par les droits de douane. D'une part, par les droits généraux; d'autre part, par les droits supplémentaires sur le cuivre, l'acier et l'aluminium. Ceux-ci pouvant atteindre 50 %", précise Agoria.
"Nos entreprises technologiques ont payé la guerre commerciale au prix fort"
La fédération précise que les exportations belges de produits technologiques vers les États-Unis ont reculé de 7 % tandis que l'incertitude liée à la guerre commerciale freine aussi les investissements dans d'autres secteurs européens et belges qui constituent des débouchés pour les entreprises technologiques.
"Nos entreprises technologiques ont payé la guerre commerciale au prix fort", réagit Bart Steukers, CEO d'Agoria. Il ajoute que "deux tiers des entreprises technologiques vont moins recruter et quatre sur dix reportent leurs investissements d'avenir."
Selon Agoria, 67 % des entreprises interrogées ont revu leurs plans de recrutement à la baisse. Dans le même temps, 41 % préfèrent reporter des investissements jugés essentiels pour leur développement futur. "Elles osent prendre encore moins de risques et tirent clairement le frein à main", souligne encore Bart Steukers.
"Les entreprises osent prendre encore moins de risques et tirent clairement le frein à main"
Malgré ce contexte difficile, la fédération ne décrit pas un secteur paralysé. Les entreprises cherchent au contraire à adapter leur stratégie commerciale. Un quart d'entre elles envisagent de réduire encore leurs exportations vers les États-Unis l'an prochain tandis que 66 % travaillent activement à diversifier leurs activités.
Cette réorientation profite d'abord au marché européen. Agoria relève que, l'an dernier déjà, les exportations vers les pays de l'Union européenne ont progressé de 2,5 % alors même que celles vers les États-Unis diminuaient. Et cette tendance pourrait s'accentuer : 73 % des entreprises interrogées disent vouloir renforcer encore leurs exportations vers l'Europe au cours de l'année à venir.

Un accord UE-Mercosur bien tombé ?
Le Canada, et les pays du Mercosur figurent également parmi les destinations jugées prometteuses, à la faveur des accords commerciaux annoncés ou en discussion. Agoria plaide d'ailleurs pour une accélération de ces processus. "Nous devons conclure ces accords ainsi que ceux avec l'Australie (accord signé le 24 mars dernier, NdlR), le Mexique et d'autres pays, le plus rapidement possible", estime Bart Steukers.
La fédération insiste sur la nécessité de renforcer également le marché intérieur européen, qu'elle considère comme le meilleur allié des entreprises du secteur et le meilleur bouclier face aux décisions étrangères, comme les taxes douanières et la coercition économique infligée par Donald Trump. "Un grand marché intérieur européen qui fonctionne bien est la protection la plus puissante que nous puissions offrir à nos entreprises", souligne Bart Steukers.
Dans cette logique, il estime que "la fragmentation réglementaire au sein de l'UE constitue aujourd'hui un frein au commerce encore plus important que les droits de douane de Trump eux-mêmes."
Le CEO avait déjà formulé cette critique en marge du sommet européen de l'industrie à Anvers en février dernier. Lors de ce sommet, sommet auquel ont participé le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz, Ursula von der Leyen avait néanmoins tenu à rassurer affirmant même "avoir déjà présenté des propositions visant à réduire de quinze milliards d'euros chaque année les coûts administratifs pour les entreprises."
Pour conclure, Agoria appelle désormais à agir sur trois fronts, au niveau européen comme belge : ratifier rapidement les accords commerciaux annoncés, harmoniser davantage les règles au sein de l'Union européenne et multiplier les missions économiques vers les marchés considérés comme les plus porteurs par les entreprises, afin de mieux exploiter ce "potentiel européen sous-exploité."
Les marchés dans le rouge
Par ailleurs, les propos belliqueux du président américain Donald Trump sur l'Iran, mercredi, ont plombé les marchés ce jeudi matin. Ce dernier a même répété vouloir, avec Israël, frapper l'Iran pour "terminer le travail". "Nous les ramènerons à l'âge de pierre, auquel ils appartiennent", a-t-il ajouté. Les places boursières européennes reculaient toutes, le Bel 20 perdant plus de 1%.
Le prix du baril de pétrole a quant à lui recommencer à grimper, atteignant 107 dollars pour le Brent, alors qu'il était redescendu en dessous des 100 dollars le jour précédent. Les craintes d'un blocage plus long du détroit d'Ormuz n'ont pas rassuré les investisseurs.