"Nous les ramènerons à l'âge de pierre" : Donald Trump tente de rassurer l'opinion et les marchés sur son "petit voyage" en Iran
Dans sa première allocution sur la guerre en Iran depuis la Maison-Blanche, mercredi 1er avril, le président américain a laissé entrevoir la fin de l'intervention. Sans pour autant rassurer sur le détroit d'Ormuz.
- Publié le 02-04-2026 à 06h33
- Mis à jour le 02-04-2026 à 11h52

Traditionnellement, les présidents américains s'adressent à la nation dans le décor solennel de la Maison-Blanche avant d'engager leur pays dans une guerre, la décision la plus lourde qu'ils puissent prendre. Donald Trump s'est livré à l'exercice mercredi 1er avril. Soit plus d'un mois après le début de l'opération militaire "Epic Fury" ( "Fureur épique") contre l'Iran.
Pour cette première allocution depuis le début du conflit, le président américain a présenté son action comme nécessaire et courageuse, là où ses prédécesseurs n'ont pas osé passer à l'acte. Il a surtout tenu à rassurer une opinion publique réticente face à une intervention militaire qu'elle n'a pas voulue. Il a indiqué que les États-Unis et Israël frapperaient l'Iran de manière "extrêmement forte" pendant "les deux à trois semaines à venir". "Nous les ramènerons à l'âge de pierre, auquel ils appartiennent", a-t-il indiqué, tout en affirmant que les États-Unis se rapprochaient de l'achèvement de leurs "objectifs stratégiques fondamentaux" : la destruction de la marine et de l'aviation iraniennes, du système de défense du pays… "Nous allons terminer le travail, et nous allons le terminer très rapidement. Nous sommes très proches", a-t-il encore déclaré.
Égrenant des guerres passées qui s'étaient prolongées pendant des années, il s'est félicité que la menace iranienne ait été éradiquée en "trente-deux jours". "Le pays a été éviscéré et essentiellement n'est vraiment plus une menace. Ils étaient le tyran du Moyen-Orient, mais ils ne le sont plus. Ceci est un véritable investissement dans l'avenir de vos enfants et de vos petits-enfants".
Le locataire de la Maison-Blanche est sous pression pour mettre un terme à cette guerre qui a fracturé son propre camp, divisé entre interventionnistes et isolationnistes.
Sur le front économique, en plus de rendre les marchés nerveux, ce "petit voyage" (termes utilisés par Donald Trump dans son allocution) a poussé le prix du gallon d'essence au-dessus de la barre des quatre dollars pour la première fois en quatre ans. La tendance menaçait d'accroître l'inflation au moment où une partie de la population américaine est étranglée par le coût de la vie.
De quoi rendre le Parti républicain nerveux à l'approche des élections législatives et sénatoriales de mi-mandat ("midterms") de novembre prochain, où il doit défendre ses majorités dans les deux chambres du Congrès.
Le bilan positif dressé par Donald Trump lors de son allocution de mercredi soir doit néanmoins être nuancé. Loin d'être "décimée militairement et économiquement", comme le républicain l'a clamé, l'Iran continue d'envoyer missiles et drones contre Israël et les alliés des États-Unis dans la région.
Il a aussi affirmé que l'objectif des États-Unis était de "démanteler systématiquement la capacité du régime à menacer l'Amérique ou à projeter sa puissance au-delà de ses frontières".
Or, la fermeture du détroit d'Ormuz, par où transite 20 % du pétrole mondial, a montré que les Iraniens disposaient d'un moyen de pression extrêmement efficace. En effet, le blocage de la zone a conduit à une envolée des prix à la pompe à travers le monde, dont les États-Unis, un levier fort contre les puissances en guerre.
Au sujet du détroit stratégique, le président a invité les pays qui en dépendent à "le chérir et à s'en emparer". Et de s'adresser directement à eux : "Premièrement : achetez du pétrole aux États-Unis d'Amérique. Nous en avons à revendre. Et deuxièmement : faites preuve d'un peu de courage — vous auriez dû le faire plus tôt, vous auriez dû le faire avec nous, comme nous vous l'avions demandé. Allez dans le détroit, emparez-vous-en purement et simplement, protégez-le et utilisez-le pour vos propres besoins".
Il en a profité pour vanter la résilience de l'économie américaine face aux "hausses de court-terme" du prix des carburants en raison des politiques qu'il a mises en place : allégements fiscaux, forages pétroliers, acquisition des réserves vénézuéliennes…
Là encore, l'affirmation est trompeuse. Certes, l'Oncle Sam est le leader dans la production de pétrole, mais le prix du baril est fixé au niveau mondial. Les Américains ne tirent donc pas grand bénéfice de l'or noir sous leurs pieds.
Les réactions politiques au discours de 19 minutes ont été contrastées. Le sénateur républicain Lindsey Graham, un "faucon" notoire, l'a encensé. "Il a informé le régime iranien que, si nous ne parvenons pas à un véritable accord diplomatique empêchant le régime de retomber dans ses vieilles habitudes, le président Trump recourra à la force militaire pour détruire l'économie du régime".
À l'inverse, l'ancienne députée républicaine Marjorie Taylor Greene, qui a rompu avec Donald Trump car elle l'estimait trop focalisé sur les interventions militaires à l'étranger qu'il avait promis de stopper, s'est indignée sur le réseau social X : "Tout ce que j'ai entendu dans son discours est : guerre, guerre, guerre…"
Du côté des marchés, l'opération réconfort n'a pas fonctionné. À la suite de son intervention, jugée vague sur le calendrier de l'arrêt des frappes et sur la perspective d'une réouverture du détroit d'Ormuz, les cours de référence du brut ont grimpé.
À en croire Prashant Newnaha, analyste financier au sein de la banque d'investissement TD Securities, les marchés ont été refroidis par la menace formulée par Donald Trump de prendre pour cible les centrales électriques iraniennes en cas d'échec des négociations.
Il a également laissé la porte ouverte à de nouvelles frappes si les autorités iraniennes tentaient de réactiver les sites nucléaires visés par les États-Unis en juin dernier.
"La seule chose qui importe vraiment est de savoir si le détroit d'Ormuz rouvrira bientôt", a estimé Prashant Newnaha auprès de l'agence de presse Reuters."Le discours de Trump ne laisse pas entendre que cela soit susceptible de se produire aussi rapidement que les marchés l'espéraient".

