Quels objectifs les États-Unis ont-ils remplis dans leur guerre contre l'Iran ?
Même en revoyant ceux-ci à la baisse, le bilan n'est pas aussi décisif que l'affirme l'Administration Trump.

- Publié le 02-04-2026 à 06h37
- Mis à jour le 03-04-2026 à 12h26

Lors de l'entretien accordé à la chaîne conservatrice Fox News, durant lequel il a une nouvelle fois malmené les alliés des États-Unis au sein de l'Alliance atlantique (Otan), le secrétaire d'État américain Marco Rubio a dressé mardi la liste des quatre grands objectifs de l'opération "Epic Fury" qui, selon lui, seraient remplis — sans faire la moindre allusion à l'arrêt du programme nucléaire iranien, qui était pourtant invoqué comme motivation principale à l'attaque contre l'Iran, le 28 février.
Ces quatre objectifs sont : "Premièrement, la destruction de l'armée de l'air iranienne. Deuxièmement, la destruction de leur marine. Troisièmement, la réduction considérable de leur capacité de lancement de missiles. Et quatrièmement, la destruction de leurs usines afin qu'ils ne puissent plus fabriquer de missiles ni de drones pour nous menacer à l'avenir." Qu'en est-il ?
Armée de l'air et marine
La première phase de la campagne de bombardements d'Israël et des États-Unis a consisté à neutraliser les défenses aériennes iraniennes. Leur supériorité aérienne, indéniable, témoigne du fait que l'armée de l'air du régime semble annihilée.
Selon l'US Central Command, en charges des opérations, 92 % des navires de la marine iranienne ont été coulés. Stéphane Audrand, consultant en risques internationaux, tempère toutefois ce bilan : si le régime a pu "déployer ne serait-ce que la moitié de son arsenal d'environ 3 000 mines, le détroit d'Ormuz est bloqué pour des mois".
Les Gardiens de la Révolution islamique compensent aussi avec une tactique de "poussière navale" en combinant des équipements de petite taille et peu coûteux, du jet-ski aux drones marins et aériens. L'Iran dispose encore de petits patrouilleurs équipés de missiles, qui peuvent être dissimulés le long de leurs 1 600 kilomètres de côtes. Depuis mi-mars, en moyenne, dix-sept navires civils ont été ciblés chaque jour par l'Iran dans le détroit d'Ormuz. En conséquence, ce qu'on appelle déjà la bataille d'Ormuz pourrait s'éterniser, avec les effets que l'on sait sur l'économie mondiale.
Missiles et capacités industrielles
Au début de leur campagne, Israël et les États-Unis ont mis hors d'état de nuire les infrastructures iraniennes de lancement de missiles et de drones. De source officielle, côté américain, on avance que les lancements de missiles balistiques iraniens ont chuté de plus de 90 % depuis le 28 février et les frappes de drones iraniens de 83 %. Ces observations comptables répètent une erreur déjà commise durant la guerre du Vietnam : la diminution de l'activité de l'ennemi n'est pas toujours synonyme de destruction de ses capacités. Elle peut cacher un changement de stratégie.
Même l'expert Muhanad Seloom, l'un des rares à juger que les États-Unis et Israël sont en train de gagner ce conflit, relève que "l'escalade des frappes de drones à partir du huitième jour [de la guerre] prouve que la domination aérienne a ses limites face à un modèle de production décentralisé et à faible coût". Depuis la mi-mars, les frappes de drones sont à nouveau en hausse.
L'éléphant dans la pièce
Marco Rubio n'a pipé mot de deux objectifs invoqués comme primordiaux au début de la guerre : le changement de régime à Téhéran et la saisie ou la destruction des 450 kg d'uranium enrichi, utiles à la fabrication d'une arme nucléaire.
Dès les premiers jours, des frappes ciblées ont décapité l'État iranien et ses structures de commandement. Mais le régime ne s'est pas effondré et s'est adapté. Selon toute vraisemblance, il s'est radicalisé. Même affaibli son maintien dans la région ne peut être que perçu comme un échec par rapport à l'intention déclarée initiale.
Les mines antinavires, les drones et les missiles permettent à Téhéran de poursuivre leur harcèlement pendant des mois. Depuis mi-mars, en moyenne, dix-sept navires civils ont été ciblés chaque jour par l'Iran dans le détroit d'Ormuz. En conséquence, ce qu'on appelle déjà la bataille d'Ormuz pourrait s'éterniser, avec les effets que l'on sait sur l'économie mondiale.
