Ces 10 citoyens du monde qui vous feront du bien en 2017
- Publié le 03-01-2017 à 12h06
- Mis à jour le 03-01-2017 à 12h07

Les dix "faiseurs" de 2017 Leurs noms ne vous disent sans doute rien et il est peu probable que leur action fasse la "Une" de l'actualité internationale. Partout dans le monde pourtant, à petite ou grande échelle, des citoyens s'engagent pour transformer nos sociétés dans un esprit d'ouverture, de solidarité et de tolérance, à rebours de la sinistrose et du repli ambiants. "La Libre" a choisi de les mettre en avant.
Le padre Angel
L'"Abbé Pierre" madrilène - Espagne

Angel Garcia Rodriguez officie dans la paroisse madrilène de Saint-Anton (centre de Madrid). A 79 ans, le fondateur de l'ONG Messagers pour la paix est aujourd'hui le plus médiatique des prêtres espagnols, connu de tous sous le diminutif d'"el padre Angel". Située à côté de Chueca, le quartier bobo-gay de la capitale, son église est ouverte 24 heures sur 24. Il y accueille, nourrit, soigne, réchauffe ou simplement écoute des marginaux, des migrants, des SDF, des femmes battues ou encore des enfants pauvres de toutes origines. Une action qui dépasse les frontières espagnoles : autour du padre Angel, des milliers de bénévoles sont engagés dans 55 pays, apportant un peu de réconfort à environ 60 000 personnes. "Il faut faire gaffe avec ceux qui disent qu'ils ne croient pas en Dieu. Des fois, ils sont plus croyants que nous", a-t-il pour habitude de dire.
Admiré à droite pour sa r eligiosit é et à gauche pour son activisme, il a pourtant quelques ennemis. "Beaucoup plus à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'église", ironise le padre Angel. Ainsi en 2015, avait-il essuyé les critiques des catholiques de son quartier parce que le petit Jésus de la crèche annuelle de Saint-Anton représentait le petit Aylan, ce garçonnet syrien retrouvé mort sur une plage turque. La comparaison n'était pourtant pas dénuée de sens.
Vandana Shiva
Militante écologiste et féministe - Inde

Elle ne se départit pas de son sari de coton (certifié bio sans OGM) ni de son "bindu" sur le front. Derrière un visage avenant, un charisme certain, l'Indienne Vandana Shiva, 64 ans, affiche un caractère entier et insoumis. Le temps presse pour cette militante altermondialiste, écologiste et féministe, qui court les conférences et les plateaux de télévision quand elle n'a pas les mains dans la terre de sa ferme himalayenne. Chaque heure compte pour sauver des terres, des familles, des vies, pour s'opposer aux multinationales agroalimentaires - les Walmart, Cargill, Monsanto et Coca-Cola.
Dans les années 80, elle était partie seule à pied en quête de semences menacées par l'industrie. Elle terminera son épopée à la tête d'un cortège de 500 000 personnes et créera un réseau d'une centaine de banques de semences destinées à préserver les variétés locales.
Les citoyens ne peuvent plus attendre les décisions politiques pour que le monde change ce paradigme actuel qui est voué à l'échec, pense-t-elle. La transformation viendra de chacun d'entre nous, de notre solidarité, de notre désobéissance lorsqu'elle s'impose.
Honorée du prix Nobel alternatif en 1993, elle a fait de la lutte contre les semences transgéniques, de la conservation de la biodiversité et de la protection des droits des paysans face à l'agrobusiness les combats de sa vie. Aucune multinationale ne semble suffisamment influente pour avoir raison de sa ténacité.
Le gouvernement nationaliste lui reproche d'entraver la croissance et le développement indiens. Elle est critiquée, attaquée, mais elle poursuit sa voie. Sa lutte dépasse l'agroécologie et la reconquête de la souveraineté alimentaire, elle catalyse d'autres enjeux comme le féminisme et la démocratie.
Liniker Barros
Chanteur, défenseur des gays et des personnes discriminées - Brésil

Dans un pays considéré comme le champion du monde des crimes homophobes - selon les dernières estimations, une personne est tuée chaque jour au Brésil en raison de son orientation sexuelle - le succès fulgurant de "Liniker e os Caramelows" relève du paradoxe. A tout juste 21 ans, Liniker Barros est la nouvelle voix de la soul brésilienne. Une voix poignante, qui a grandi dans une famille de musiciens de samba de São Paulo et qui s'est seulement fait connaître fin 2015 grâce à trois chansons, postées sur les réseaux sociaux. L'une d'elles a atteint un million de vues en à peine cinq jours. Mais ses talents de chanteur et de compositeur n'expliquent pas à eux seuls la foudroyante notoriété de Liniker. Le fait qu'il brandisse sans retenue ses multiples identités, dans ses textes, ses interviews et sur scène, où il se produit maquillé, en jupe et coiffé d'un turban, a parlé aux franges de la population brésilienne les plus discriminées. "Mon corps est politique. Face à une telle oppression, m'exposer ainsi, entier, est très important. Les gens ont besoin de savoir que je suis noir, pauvre et gay et que, moi aussi, j'ai du potentiel", affirmait-il dans une interview à "El Pais Brasil". La suite de l'histoire est prometteuse : après avoir lancé un disque et enchaîné les concerts dans tout le pays, Liniker et ses acolytes ont déjà des dates prévues aux Etats-Unis en 2017.
Lence Zdravkin
La veilleuse de la route des Balkans - Macédoine

Son nom est connu d'Alep à Athènes et jusqu'aux squats de Belgrade, où des milliers de réfugiés, bloqués dans leur marche vers l'Union européenne, tentent de survivre au froid de l'hiver. Lence Zdravkin est la guetteuse de la route des Balkans, la gardienne de phare de la solidarité. La maison de ce petit bout de femme de 50 ans surplombe la voie ferrée qui traverse la ville de Veles, dans le centre de la Macédoine. Lence a vu passer des dizaines de milliers d'ombres qui avançaient discrètement le long des rails. "Dès 2011, j'ai ouvert ma maison, je distribue de la nourriture, des vêtements, des chaussures, je soigne ceux qui sont blessés." Les voisins l'aident, des inconnus viennent déposer des packs d'eau, des conserves, qu'elle entrepose au rez-de-chaussée. Franc-tireuse, elle n'appartient à aucune organisation, même si elle collabore avec toutes les structures humanitaires qui affluent dès que la situation en Macédoine refait la Une des médias mondiaux. Le reste du temps, elle agit seule, car les réfugiés continuent de passer, jour après jour. En ce moment, Lence refait ses stocks, car elle s'attend à une nouvelle vague massive, dès que la Turquie ouvrira les bondes. Elle sait tout de la géopolitique mondiale en entendant ceux qui marchent le long de la voie ferrée.
Iryna Solovey
Pasionaria de l'économie solidaire et participative - Ukraine

En ukrainien, son nom signifie rossignol. Comme le petit oiseau, Iryna Solovey, 37 ans, chante sans arrêt. Celle qui a lancé la première plateforme de crowdfunding en Ukraine, "Big Idea", veut convaincre des bienfaits de l'économie participative et des innovations sociales à l'échelle de communautés.
"Il faut vaincre les résistances du paternalisme qui prévaut dans la société ukrainienne pour en libérer les forces vives. Il y a tellement que l'on peut faire ensemble", assure-t-elle. Elle-même mère célibataire de deux enfants, elle sait expliquer les logiques de solidarité et de dialogue au sein d'une communauté, mais aussi les impératifs d'une gestion saine.
Comme le rossignol, son chant est l'un des plus mélodieux, mais aussi l'un des plus complexes : Iryna Solovey ne pense qu'à des projets durables, en contradiction frontale avec l'approche à court terme des politiques publiques ukrainiennes. Son entreprise "Garage Gang Kollektiv" travaille à collecter des fonds pour dénicher de jeunes talents à travers l'Ukraine, les mettre en réseau, et leur fournir des fonds suffisants pour leur permettre de développer leurs projets. Iryna Solovey, c'est le visage ukrainien du "Penser global, agir local".
Ezra Kedem
Le cuisinier bâtisseur de ponts - Israël

Dimanche matin à Ein Kerem, un village près de Jérusalem. Dans la cuisine tout équipée de la "Maison du Pressoir", une équipe d'apprentis cuisiniers s'active sous le regard du célèbre chef Ezra Kedem. Foulard autour du visage pour certaines, kipa sur le crâne pour d'autres, ces jeunes souffrent de troubles de l'audition : mais ils sont"plus aptes à sentir et à goûter, car leurs sens sont décuplés", assure le chef, confiant dans la thérapie par la cuisine. Les légumes sont émincés et la coriandre juste ciselée tandis que le poisson cuit au four. Une courte pause pour la petite brigade.
De septembre à juin, la dizaine d'élèves - juifs, chrétiens ou musulmans - envoyés par l'établissement Kol Israël khaverim (KIAH) de Jérusalem suit cet atelier hebdomadaire. "Si on peut cuisiner ensemble, alors on peut vivre ensemble", affirme Ezra Kedem, une tasse de café à la main.
La cinquantaine et le regard vif, lui qui s'investit aussi dans l'association Chefs for Peace (où se retrouvent des chefs arabes et juifs) ne se fait pas d'illusions: "Ce n'est pas ça qui va amener la paix." Mais il agit à son échelle, en apôtre d'une cuisine qui "crée des ponts", seul moyen de "désamorcer la violence".
Zeina Daccache
Dramaturge-thérapeute qui se sert du théâtre pour aider et réinsérer les prisonniers - Liban

Elle est la pionnière de la dramathérapie dans le monde arabe. L'actrice-réalisatrice Zeina Daccache, diplômée en psychologie clinique, a fondé en 2007 "Catharsis", le centre libanais de théâtre thérapeutique.
Elle anime des ateliers avec des populations marginalisées, comme les toxicomanes ou les prisonniers, avec qui elle met en scène des pièces de théâtre pour sensibiliser l'opinion publique à leur cause. Depuis 2008, Zeina Daccache a monté trois spectacles dans le milieu carcéral. "Je ne voulais pas faire de l'art pour de l'art, justifie-t-elle. Le théâtre a été créé pour le peuple."
Après le succès de "Douze Libanais en colère" qui a contribué, avec ses huit récompenses et sa projection dans 74 pays, à l'établissement du principe de la réduction de peine au Liban, la dramaturge-thérapeute a présenté, en mai, avec 38 détenus de Roumieh, l'établissement pénitentiaire le plus surpeuplé du pays, "Johar… Up in the air" - un plaidoyer pour les condamnés malades mentaux. En vertu de l'article 232 du code pénal libanais, ces derniers sont incarcérés jusqu'à ce qu'ils soient soignés."Mais il n'y a pas d'unités psychiatriques dans les prisons, souligne Zeina Daccache. Leur peine équivaut donc à de la perpétuité." Les représentations de "Johar… Up in the air" se sont accompagnées du dépôt de deux projets de loi au Parlement. Signés par sept députés, ils sont actuellement discutés en commission. La procédure peut être longue, mais Zeina Daccache reste confiante et croit en une révision prochaine de la loi.
Kostas Polychronopoulos
Le cuisinier ambulant des laissés-pour-compte de la crise - Grèce

Il se promenait dans Athènes en 2011, quand la crise économique battait son plein, et il a vu deux gamins se battre pour un sandwich. Ex-cadre supérieur dans le privé, Kostas, 48 ans, avait lui-même été licencié deux ans auparavant. Les fins de mois difficiles, il connaissait, mais la faim qui éclate comme ça dans la rue, il n'avait jamais vu. "Je suis retourné chez ma mère et j'ai fait des sandwichs avec tout ce que j'ai trouvé dans le frigo. Je les ai distribués dans la rue. En 5 minutes, ils avaient disparu."Depuis lors, Kostas Polychronopoulos a distribué 2,5 millions de repas chauds dans les rues d'Athènes avec le soutien de milliers de bénévoles. Son concept, "Les cuisines populaires, l'Autre être humain" a fait des émules en Grèce ou treize cuisines du genre ont fleuri, mais aussi en Espagne, en Italie et bientôt il sera à Londres. "Je franchise l'Humanitaire", s'esclaffe-t-il. Mais il ne s'agit "pas de charité, ajoute-t-il. Je fais la cuisine et partage mon repas avec qui veut manger avec nous. C'est ça 'l'autre être humain' : le partage et la bonne humeur". Il transbahute ses gros chaudrons sur les places publiques, cuisine "avec beaucoup d'épices" en papotant avec les passants et distribue quand c'est prêt. Les SDF et les migrants sont les premiers servis. Mais "les vendeurs à la sauvette qui sont tout le temps dans le froid ont aussi leur barquette".
Elu citoyen de l'année par le Parlement européen en décembre dernier, il a refusé le prix qu'on lui attribuait. "Je ne vais pas accepter un prix qu'on me donne parce que je cuisine pour des gens qui ont tout perdu à cause des politiques que ce Parlement impose ! Il faut être logique."
Amin Rezai
L'ex-réfugié qui aide les mineurs demandeurs d'asile - Hongrie

La Hongrie est devenue un pays invivable, en proie à la guerre civile… Des familles tentent de fuir vers le pays de Kanaan… "Fuis intelligemment" est le titre de cette pièce de théâtre interactive dans laquelle le public doit aider les réfugiés à résoudre leurs dilemmes et à prendre les bonnes décisions pour sauver leur peau.
Parmi les comédiens, il y a Amin Rezai (à gauche sur la photo), qui sait de quoi il parle. Il avait trois ans lorsque son père a été tué par les talibans en Afghanistan et que la famille a dû fuir en Iran. A seize ans, il grimpe dans la soute d'un bus pour quitter sa vie de sans-papiers, faite de petits boulots et de brimades. Il accoste les côtes grecques en jet-ski et remonte à pied ce qui deviendra des années plus tard la "Route des Balkans".
Aujourd'hui âgé de vingt-quatre ans, il est chez lui en Hongrie, entouré de sa "petite marraine" et de ses amis, un ruban rouge-blanc-vert aux couleurs nationales fièrement accroché à son sac à dos. Mais la crise des réfugiés et les discours xénophobes l'ont ramené au souvenir de son propre exil. Alors, en parallèle de ses études en ameublement et décoration, il donne désormais son temps libre aux réfugiés mineurs.
Juanes
Chanteur militant pour la paix - Colombie

Le chanteur Juanes n'a pas attendu que la signature historique de l'accord de paix avec les Farc et la récompense d'un prix Nobel de la Paix fassent aujourd'hui de la Colombie le pays de tous les espoirs. Depuis dix ans, il multiplie les actions artistiques envers les jeunes pour qu'ils soient acteurs de cette pacification. Aussi connu en Amérique latine que la Colombienne Shakira, cet enfant de Medellin est le dieu de la pop latina. Champion des hits à répétition, il a même partagé la soirée du concert célébrant le Nobel de la Paix avec Sting. "La paix est plus que la signature d'un accord. Elle se construit depuis chaque être humain", déclarait-il ce soir-là.
Son engagement pour son pays a commencé il y a dix ans au travers de sa fondation "Mon sang", d'abord tournée vers les victimes des mines antipersonnel. L'objectif : bâtir des relations pacifiques à travers l'art et le jeu. Dans un pays pauvre habitué à la violence, où 27 % de la population a entre 14 et 28 ans et la moitié des jeunes femmes ont un enfant avant 19 ans, cette culture de l'empathie doit se construire dès maintenant.
Un réseau de plus de 2 200 jeunes leaders de paix s'est ainsi tissé dans tout le pays. Et des centaines d'initiatives se sont disséminées, du hip-hop au classique avec "1000 voix pour la paix" en partenariat avec le chœur d'opéra de Colombie.