Midterms 2026 : au Texas, "les élections les plus importantes de ces dernières années" pourraient marquer un basculement historique
Dans cet État du Sud des États-Unis, le vote anticipé pour les élections de mi-mandat 2026 a débuté le lundi 19 octobre. Électeurs démocrates et républicains se mobilisent en masse – avec des attitudes contrastées quant à cet exercice démocratique.

- Publié le 26-10-2026 à 10h07

De notre envoyé spécial à San Antonio (Texas)
"Ce scrutin est les plus important de ces dernières années" : Geraldine Klein ne mâche pas ses mots. Cette nonne septuagénaire a voté de façon anticipée en vue des élections de mi-mandat (les midterms 2026), qui se tiendront le 3 novembre, aux États-Unis. Près de vingt-sept millions d'Américains ont déjà fait de même, depuis le 5 octobre, dont treize millions par correspondance. Au Texas, le vote anticipé a débuté le 19 octobre, avec une participation record dès les premiers jours : 3,6 millions avaient exprimé leur suffrage à la date du 23 octobre - c'est 50% de plus que les élections de mi-mandat de 2022.
Sur le parking du Lincoln Community Center de Jefferson Heights, dans l'est de San Antonio, sœur Geraldine précise sa pensée : "Si ces élections ne débouchent pas sur un changement de majorité, le risque d'une confiscation du pouvoir sera réel", assure-t-elle d'une voix douce et posée. Et d'exprimer une lassitude à l'égard des déclarations outrancières du Président des États-Unis.

Plusieurs élections regroupées
Avant de partir, la religieuse enlace Deborah Price, militante afro-américaine de 73 ans qui aide les électeurs à décrypter un bulletin de vote qui compte trois pages, divisée chacune en trois colonnes de noms en caractères de police d'assurance.
La liste des mandataires à élire à plusieurs échelons de pouvoir est vertigineuse. Outre le renouvellement complet de la Chambre des représentants et de 35 des 100 sièges du Sénat, les Américains élisent aussi, selon les États, leur gouverneur, des parlementaires locaux, des shérifs, des juges… Au Texas, le gouverneur républicain, Greg Abbott, brigue un quatrième mandat de quatre ans.

Une bataille politique née d'un redécoupage sur mesure
Fondée à l'époque de la colonisation espagnole, San Antonio reste marquée par la bataille de Fort Alamo (1836), qui contribua à l'indépendance du Texas avant son intégration aux États-Unis en 1845.
Près de deux siècles plus tard, San Antonio est le théâtre d'une autre bataille, politique celle-là. Elle a commencé dès 2025, quand Donald Trump a poussé les Républicains du Texas à redessiner les circonscriptions électorales, afin notamment de préserver l'étroite majorité de leur parti à la Chambre des représentants des États-Unis.
Suite à ce gerrymandering, comme on surnomme cette pratique partisane mais légale, un peu plus d'un électeur texan sur trois vote désormais dans une circonscription reconfigurée.
Républicain depuis plus d'un demi-siècle, le Texas avait donné à Donald Trump 14 points d'avance sur Kamala Harris en 2024. Mais celle-ci l'avait devancé dans plusieurs grandes villes, dont San Antonio et le comté de Bexar : un terrain propice au gerrymandering pour l'état-major républicain.

Les électeurs latinos en faiseurs de roi
Bexar a été scindé en quatre circonscriptions au lieu de cinq. Dans la nouvelle configuration, trois auraient donné la victoire à Donald Trump en 2024, avec une avance d'environ dix points. Mais pour ces midterms 2026, les candidats démocrates misent sur le recul du soutien des électeurs latino-américains, qui avaient basculé en faveur de Donald Trump il y a deux ans.
Dans l'élection sénatoriale, le Démocrate James Talarico devance d'environ deux points son adversaire républicain, le procureur général controversé Ken Paxton. Il pourrait offrir aux Démocrates leur premier sénateur texan depuis 1988, après l'échec de peu de Beto O'Rourke face à Ted Cruz en 2018.

"Nous, le Peuple"
Sur le parking du Lincoln Center, les enjeux de ces midterms 2026 sont plus terre à terre : le coût de la vie, le pouvoir d'achat, la corruption, mais aussi la défense, cardinale, des premiers mots de la Constitution des États-Unis : "We, the People" - "Nous, le Peuple" -, soit le pouvoir des citoyens par les citoyens.
C'est la revendication de Luis, un jardinier qui est son "propre patron". Il avait voté Trump en 2024, espérant un contrôle de l'inflation et des baisses d'impôts. Il ne cite aucun nom, mais fustige "les milliardaires qu'on voit parader à Washington pour flatter l'ego du Président". "L'argent des citoyens part dans les guerres ou des projets fastueux qui ne les concernent pas", cingle-t-il.
Il est venu voter avec sa fille, pour laquelle c'est une première. À la sortie du bureau, ils prennent un selfie, arborant sur la poitrine le macaron "J'ai voté". C'est également le cas de Deborah et Peter, un couple qui exprime sans ambages son ras-le-bol face à ce qu'il qualifie de "corruption à visage découvert".
Deux sœurs latinas dans la vingtaine, tout sourire, se réjouissent pour leur part de la mobilisation des électeurs. Elles constatent aussi que "les gens ne sont plus dupes. Ils voient les mensonges de l'Administration dans la vie de tous les jours. L'Ukraine responsable de la hausse du prix de l'essence ? Ben voyons…"
Matthew, professeur de littérature, souligne combien le coût de la vie est devenu élevé, à quel point les gens "ordinaires" ont vu leurs conditions de vie se dégrader. Il formule le vœu que ces midterms 2026 permettent de renouer avec "une vie politique digne et respectueuse" des opinions divergentes.

Au nord du comté, un accueil glacial : "Flanquer les immigrants dehors !"
au nord du comté, on se presse aussi au bureau de vote du Lions Field Adult and Senior Center. Mais dans ce quartier acquis aux Républicains, la présence d'un journaliste européen énerve.
Se présenter comme tel - une obligation de transparence déontologique - met presque aussitôt un terme à toute tentative d'échange. L'un des rares interlocuteurs qui accepte de nous parler se borne à répondre abruptement à la question de sa principale motivation à l'occasion de ce cycle électoral : "Flanquer les immigrants dehors !", avant de tourner les talons et de s'en aller. Un autre se contente de nous dire de "dégager", en des termes peu amènes, joignant le geste à la parole.
Une élection de mi-mandat polluée par les rumeurs et la désinformation
Un couple plus âgé nous explique que les électeurs de cette circonscription sont en colère. Le candidat démocrate au Sénat, James Talarico, affirment-ils "veut augmenter les taxes sur le revenu au Texas et fermer les prisons pour criminels pédophiles" - soit, mot pour mot, le contenu des spots de campagne du Républicain Ken Paxton.
Ces deux retraités se disent "inquiets", invoquant de possibles "fraudes" électorales de la part des Démocrates lors de ces élections de mi-mandat. Mais quand on leur demande, à ce sujet, s'ils savent que l'Administration Trump a refusé la présence des observateurs indépendants de l'OSCE, ils reconnaissent que non. Mais "nous n'avons pas besoin d'eux", ajoutent-ils. La conversation en reste là.
Des risques de contestation
Les risques de contestation sont réels : une faille informatique a retardé le traitement des inscriptions de plusieurs milliers d'électeurs texans parmi les 19 millions inscrits pour ces midterms 2026 – un niveau record. L'État promet de valider provisoirement celles déposées avant le 5 octobre.
Le Texas a aussi transmis ses listes à l'État fédéral pour en écarter de prétendus non-citoyens, une accusation répétée sans preuve par Donald Trump. Un cafouillage technique a marqué à tort certains électeurs comme potentiellement non-citoyens.
Or, lors de ces midterms 2026, l'arithmétique de la démographie sera décisive au Texas. Selon les experts, les Démocrates auraient besoin que la part des voix hispaniques dans le scrutin avoisine les 25 % et que celle des électeurs blancs - plutôt pro-républicains - reste inférieure à 60 %.
L'exercice démocratique du droit de vote à tout citoyen, un des idéaux de la révolution américaine, pourrait une nouvelle fois virer au cauchemar au lendemain du 3 novembre.