L'opposante biélorusse Maria Kolesnikova condamnée à onze ans de détention

L'opposante biélorusse Maria Kolesnikova condamnée à onze ans de détention
© AFP

Maria Kolesnikova et Maksim Znak sont apparus, forts et souriants, dans la cage réservée aux accusés du tribunal biélorusse chargé de les juger. De ses mains menottées, l’opposante, colauréate du prix Sakharov pour la liberté de l’esprit, a formé son coeur emblématique. Au dehors, la foule était présente, venue soutenir les deux dissidents, malgré l’interdiction de manifester, face à un verdict qui s’annonçait inique.

La première a écopé de onze ans dans une colonie à régime général, le second de dix ans dans une colonie à sécurité maximale, considérés comme coupables d’avoir comploté pour prendre le pouvoir, appelé publiquement à agir pour nuire à la sécurité nationale et créé une formation extrémiste. Tous deux appartenaient au Conseil de coordination mis sur pied par l'opposition pour organiser une transition pacifique du pouvoir.

"Maria et Maksim sont les héros des Biélorusses. Le régime veut que nous les voyions écrasés et épuisés. Mais regardez - ils sourient et dansent. Ils le savent - nous les libérerons bien avant ces onze années. Leurs sentences ne devraient pas nous effrayer – Maksim et Maria ne le voudraient pas", a réagi dans la foulée la leader de l'opposition biélorusse, Svetlana Tikhanovskaïa, appelant à la "libération immédiate" de deux personnes qui "ne sont coupables de rien".

Maria Kolesnikova et Maksim Znak s'étaient engagés, en vue de l'élection présidentielle du 9 août 2020, dans l'équipe de l'ancien banquier Viktor Babariko, jugé suffisamment dangereux politiquement pour avoir été arrêté en juin 2020 et condamné un an plus tard à 14 ans de prison. "Masha", comme ses proches la surnomment, s'est alors alliée à Svetlana Tikhanovskaïa, dont le mari Sergueï Tikhanovski, candidat écarté et arrêté au printemps 2020, attend le verdict de son propre procès. Elle formait, avec celle que beaucoup considèrent comme la présidente élue ainsi que Veronika Tsepkalo, le trio féminin de choc qui a mobilisé les foules et les électeurs face au président Alexandre Loukachenko. Mais alors que ses compagnes de lutte se sont réfugiées à l'étranger, la musicienne, elle, s'est retrouvée derrière les barreaux.

Seule des trois à être restée au pays, elle était devenue la première figure de l'opposition en Biélorussie, en première ligne de nombreuses manifestations. Mais, dans la matinée du 7 septembre 2020, elle a disparu. Elle avait été emmenée de force jusqu'à la frontière ukrainienne. Elle a résisté, et déchiré son passeport pour empêcher ses ravisseurs de lui faire passer le poste de contrôle. Selon deux témoins qui avaient été arrêtés aussi, elle "criait qu'elle n'irait nulle part" et "s'est extirpée par la fenêtre de la voiture avant de se diriger vers la frontière biélorusse" où elle a été interceptée. Par la voix de son avocate Loudmila Kazak, l'opposante a fait ensuite savoir qu'elle avait été "kidnappée par des inconnus", "brutalisée psychologiquement", "menacée de mort" et "soumise à une tentative d'expulsion du territoire par la force". Elle a porté plainte le 10 septembre 2020 contre des membres du KGB biélorusse et de la Direction de la lutte contre le crime organisé. Mais ce n'est évidemment pas sur cette affaire que s'est penchée la justice.

Comme le déclarait Maksim Znak lors d'un entretien à La Libre, "je ne regrette rien, et ce n'est pas une bravade". Maria Kolesnikova probablement non plus, elle qui a toujours dit a ses proches qu'elle resterait au pays quoi qu'il en coûte.

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