Pourquoi les allers et retours des eurodéputés entre Bruxelles et Strasbourg ont encore de beaux jours devant eux
Les eurodéputés font le travail préparatif à Bruxelles, pour arrêter leur position sur des résolutions ou des législations européennes. Pour les adopter, ils se déplacent généralement à Strasbourg, où doivent se dérouler au minimum 12 séances plénières par an.

- Publié le 28-05-2023 à 08h01
- Mis à jour le 28-05-2023 à 13h30

Le va-et-vient des eurodéputés entre Bruxelles et Strasbourg a beau faire débat, il se poursuit depuis des décennies. Et pour cause : il est prévu par les traités européens. En 1992, les douze États membres de l'UE actent, noir sur blanc, quelles sont les villes d'accueil des institutions de l'Union, une décision qui sera ensuite intégrée au traité d'Amsterdam de 1997. Pour le siège officiel du Parlement européen, ce sera donc Strasbourg, là où tout a commencé. À savoir là où son ancêtre, l'Assemblée commune de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), s'est réuni pour la première fois en 1952, dans l'enceinte d'une autre institution, le Conseil de l'Europe. Le Parlement européen finira par avoir dans son propre bâtiment, érigé en 1999.
Sauf que c'est Bruxelles qui s'est imposée dès le début comme capitale "provisoire" de l'Europe et qui le restera, accueillant la Commission européenne et le Conseil de l'UE. Coopération institutionnelle oblige, les eurodéputés, qui obtiennent au fil du temps toujours plus de compétences, se déplacent de plus en plus dans la capitale belge, où ils se réunissent d'abord rue Belliard, avant de déménager dans les bâtiments de l'Espace Leopold. Le traité prévoit donc que les commissions parlementaires se tiendraient à Bruxelles, où se déroulent aussi les réunions des groupes politiques. Tandis que Luxembourg hérite, lui, du secrétariat du Parlement, chargé des services administratifs.
Un symbole coûteux
Pour résumer : les eurodéputés font le travail préparatoire à Bruxelles, pour arrêter leur position sur des résolutions ou des législations européennes. Pour les adopter, ils se déplacent à Strasbourg, où doivent se dérouler 12 séances plénières par an – en plus des mini plénières qui se tiennent à Bruxelles. Entre 2000 et 3000 membres et fonctionnaires du Parlement européen, ainsi que de la Commission, font le trajet, de 400 km, pour rejoindre la ville alsacienne. Ils sont traditionnellement accompagnés de camions transportant des malles de dossiers – qui diminuent sans doute de volume avec la numérisation.
Tantôt française, tantôt allemande, Strasbourg a changé quatre fois de nationalité entre 1870 et 1945, au fil des guerres et des conflits, ce qui en a fait ensuite un symbole de la réconciliation franco-allemande. Censée aussi refléter une démocratie européenne qui existe au-delà de "Bruxelles" et se rapproche des citoyens, cette double vie des eurodéputés pose de nombreuses questions. Financières d'abord, puisque cette décentralisation coûterait entre 50 et 200 millions d'euros annuels. Écologiques aussi, étant donné que cette transhumance produirait pas moins de 20 000 tonnes de CO2 par an, pointait déjà en 2007 un rapport du groupe des Verts.
En 2013, dans le contexte de la crise économique et des politiques d'austérité, les eurodéputés s'étaient largement prononcés en faveur d'un siège unique – mais cela ne peut être décidé que par les États membres, à l'unanimité. Or la France y poserait son veto, puisque la balance pencherait forcément en faveur de Bruxelles. En 2020, Covid-19 oblige, le Parlement a arrêté pendant quinze mois ce grand déménagement, ce qui n'a pas été pour déplaire aux partisans d'un siège unique. Mais, sous pression de Paris, la caravane parlementaire a aussitôt repris la route en 2021… et ne risque pas de s'arrêter de sitôt.