Malgré les doutes, Ursula von der Leyen recommande aux Vingt-sept d'ouvrir les négociations d'adhésion avec la Bosnie-Herzégovine
L'Allemande l'a annoncé devant le Parlement européen. Les dirigeants des États membres en discuteront lors du sommet des 21 et 22 mars. Il faut trouver l'équilibre entre les mérites du pays candidat et les intérêts géopolitiques de l'Union.
- Publié le 12-03-2024 à 21h26
- Mis à jour le 12-03-2024 à 21h27

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé ce mardi devant le Parlement européen, que le collège des commissaires allait recommander aux Vingt-sept d'ouvrir les négociations d'adhésion avec la Bosnie-Herzégovine. Un tel scénario semblait encore improbable il y a un peu plus de deux ans, tant la petite république fédérale multiethnique des Balkans apparaissait incapable de trouver la voie vers l'intégration à l'Union européenne.
Près de trente ans après les accords de paix de Dayton de 1995, qui ont mis un terme aux violents conflits interethniques ayant déchiré le pays lors de l'éclatement de la Yougoslavie, la Bosnie-Herzégovine reste un pays fragile. Paralysée par les tensions politiques entre, d'une part l'entité des Serbes et de l'autre, celle des Bosniaques musulmans et Croates, la Bosnie ne paraissait pas en mesure de remplir les conditions attendues pour devenir un candidat crédible à l'adhésion.
Depuis que le pays avait introduit une demande d'adhésion, en 2016, les chapitres des rapports annuels sur l'élargissement publiés par la Commission consacré à la Bosnie faisaient invariablement état de "stade précoce de préparation" et de progrès "limités", "modestes", quand ils n'étaient pas "inexistants". Le nouveau contexte géopolitique créé en Europe par l'agression de l'Ukraine par la Russie a changé la donne. Il a convaincu l'Union européenne de la nécessité de s'impliquer davantage pour relancer le processus moribond d'intégration des pays des Balkans, dont le mauvais élève bosnien.
Des progrès "impressionnants"
En décembre 2022, suivant les recommandations de la Commission, les chefs d'État et de gouvernement de l'Union avaient octroyé à la Bosnie le statut de candidat à l'adhésion. En dépit de l'insuffisance des progrès accomplis par la Bosnie, plusieurs pays, dont la Slovénie et la Croatie, l'Autriche et la Hongrie, avaient plaidé que les Vingt-sept ne pouvaient pas lui refuser ce qu'ils allaient accorder à l'Ukraine et à la Moldavie. Message reçu. À l'exception du cas particulier du Kosovo, tous les pays des Balkans sont désormais soit membre de l'Union (la Slovénie et la Croatie), soit candidat à l'adhésion : l'Albanie et les pays issus de l'éclatement de la Yougoslavie que sont la Serbie, le Monténégro, la Macédoine du Nord et la Bosnie-Herzégovine. L'Ukraine, la Moldavie, la Géorgie et la Turquie complètent la liste des pays candidats.
La Commission juge à présent que temps est venu d'ouvrir les négociations d'adhésion avec Sarajevo. Ursula von der Leyen a affirmé que depuis qu'elle avait obtenu le statut de candidat, la Bosnie avait effectué des "progrès impressionnants dans notre direction", plus nombreux et importants "en à peine plus d'un an qu'en plus d'une décennie". Et de citer l'adoption d'une loi sur les conflits d'intérêts attendue depuis sept ans ; l'amélioration de la gestion des flux migratoires ; l'inclusion des jugements du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie au casier judiciaire national et la création comité de pilotage pour la consolidation de la paix.
Le cas Dodik
Importe aussi à l'Union européenne que la Bosnie-Herzégovine soit "désormais pleinement alignée sur [sa] politique étrangère et de sécurité", s'est félicitée Mme von der Leyen. Comprendre : le pays candidat s'est aligné sur la politique européenne de sanctions contre la Russie. Du moins sur le papier, puisque la Republika Srpska, dont le leader Milorad Dodik a récemment été décoré par le président russe Vladimir Poutine, refuse de les mettre en œuvre. Christian Schmidt, Haut représentant international pour la Bosnie-Herzégovine, mettait d'ailleurs l'UE en garde la semaine dernière contre "le comportement anti-européen", du leader des Serbes de Bosnie, sans aller jusqu'à dire que cela devait constituer un frein au processus d'adhésion. "On ne devrait pas laisser le dernier mot de l'intégration européenne de la Bosnie-Herzégovine à Vladimir Poutine. Mais on ne devrait pas non plus dire que tout est normal", avait insisté l'Allemand, dont la mission est de veiller au respect des accords de Dayton.
La recommandation de la Commission sera soumise aux dirigeants européens qui se réuniront en sommet à Bruxelles lors des 21 et 22 mars prochain. "L'élargissement doit rester un processus basé sur le mérite", insiste un diplomate européen, avant d'ajouter qu'il faut trouver "un équilibre" entre cette exigence européenne quant aux conditions à remplir et l'intérêt géopolitique de l'Union qui est d'arrimer solidement à elle les pays des Balkans. Les Vingt-sept devront se prononcer à l'unanimité, mais certains États membres, dont l'Allemagne et la France sont favorables à ce que la décision du Conseil européen soit prise après les élections européennes de juin.

