Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán déroule le tapis rouge à l'Israélien Benjamin Netanyahou réclamé par la Cour pénale internationale
Le Premier ministre israélien, qui fait l'objet d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale, sera en visite à Budapest de mercredi à dimanche.
- Publié le 02-04-2025 à 19h02
- Mis à jour le 03-04-2025 à 14h20

Saper l'autorité de la Cour pénale internationale, narguer l'Union européenne, et s'afficher en meilleur allié européen du président américain Donald Trump et du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. C'est tout cela que fait le Premier ministre hongrois Viktor Orbán en accueillant cette semaine en Hongrie son homologue israélien. Non pas "malgré", mais bien "en raison" du mandat d'arrêt international dont il fait l'objet.
"Il s'agit d'une décision outrageusement éhontée – et je dirais même cynique", avait réagi Viktor Orbán au lendemain de la décision de la Cour pénale internationale (CPI), le 21 novembre dernier, d'émettre des mandats d'arrêt pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant. "C'est une erreur en soi, cela discrédite totalement le droit international, mais cela peut aussi jeter de l'huile sur le feu. Il est donc impératif de s'y opposer". Et d'inviter dans la foulée M. Netanyahou à venir en Hongrie, où il lui garantissait l'impunité, dans un geste de défi envers la justice internationale.
Le dirigeant israélien a saisi cette opportunité de se rendre dans l'Union européenne (UE) pour la première fois depuis qu'il est sous mandat d'arrêt. Peut-être dans le but d'échapper quelques jours à la pression populaire en faveur du retour des derniers otages vivants dans la bande de Gaza (dont deux sont hongrois), peut-être également pour montrer à ses partisans qu'il est encore reçu en Europe, ou encore pour "mettre un doigt dans l'œil de l'UE", comme le résume Maya Sion, professeure à l'Université hébraïque de Jérusalem et directrice du programme Israël-Europe à l'Institut Mitvim.
Poutine serait aussi le bienvenu à Budapest
Ce n'est pas sans précédent. Viktor Orbán avait fait savoir que les autorités hongroises n'appliqueraient pas le mandat d'arrêt émis par la CPI en mars 2023 à l'encontre du président russe Vladimir Poutine, si celui-ci devait venir en Hongrie. Cela en usant du même argument juridique : bien que la Hongrie a signé puis ratifié le Statut de Rome en 2001 – qui définit les crimes pour lesquels la Cour est compétente – au cours du premier mandat de Viktor Orbán, elle n'a pas promulgué la convention associée, avançant des raisons de conformité avec sa Constitution. Le juriste spécialisé en droit international Tamás Lattmann interprète néanmoins le tapis rouge déroulé par Budapest au dirigeant israélien comme "un crachat au visage" de la justice internationale.
Viktor Orbán et Benyamin Netanyahou doivent se rencontrer jeudi. Selon The Times of Israel, ils doivent évoquer le plan de Donald Trump d'expulser les deux millions d'habitants de la bande de Gaza pour en faire une "Riviera", désormais publiquement appuyé par le Premier ministre israélien. Des médias hongrois et israéliens spéculent sur le fait que le Premier ministre magyar saisira l'occasion pour annoncer le retrait de la Hongrie de la Cour pénale internationale. Une décision logique puisqu'elle rejoindrait au rang des non-signataires Israël, les États-Unis et la Russie, autrement dit ses principaux alliés. Logique également du fait que Viktor Orbán, comme Donald Trump, est de plus en plus hostile à toute forme de coopération internationale, qu'il veut abolir au profit de relations bilatérales entre États.
Une attitude ambiguë vis-à-vis de l'antisémitisme
La petite communauté juive orthodoxe favorisée par le pouvoir ne peut que se réjouir de cette proximité entre Budapest et Tel Aviv. Mais même la principale organisation (Mazsihisz), qui représente un judaïsme plus libéral, avait vivement condamné la CPI pour ses mandats d'arrêts contre M. Netanyahou.
La semi-réhabilitation du régime antisémite de Miklós Horthy dans l'entre-deux-guerres et les campagnes de dénigrement contre le milliardaire américain d'origine hongroise,George Soros, jugées antisémites par l'ambassade israélienne en Hongrie, n'émeuvent pas le Premier ministre de l'État hébreu. Et pour cause, c'est son propre conseiller, Arthur Finkelstein, qui avait soufflé à Viktor Orbán l'idée de faire du milliardaire d'origine juive hongroise l'ennemi public numéro un. Les liens tissés de longue date entre le Fidesz hongrois et le Likoud israélien, parti de M. Netanyahou font qu'aujourd'hui la droite hongroise se proclame "le rempart d'Israël en Europe" et tue dans l'œuf chaque prise de position commune de l'UE jugée trop critique envers Tel Aviv.
