Donald Trump a relancé la popularité d'une Première ministre européenne : "C'est avant tout grâce au Groenland"
Il aura suffi d'une menace venue de Washington pour que la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, fasse un retour politique inattendu.

- Publié le 29-01-2026 à 13h52
- Mis à jour le 29-01-2026 à 14h57

Il y a encore quelques mois, le parti de la Première ministre danoise Mette Frederiksen semblait au bord du gouffre politique. Après une débâcle aux élections municipales de novembre, marquée par la perte historique de Copenhague, les sociaux-démocrates voyaient leur popularité s'effondrer. Aujourd'hui, la dynamique s'est inversée. Selon Politico, le parti connaît une remontée spectaculaire dans les sondages, portée par une posture de fermeté face aux menaces de Donald Trump sur le Groenland.
"Après une longue période, ils ont enfin tracé une ligne claire au lieu de se montrer soumis", observe Per Clausen, député européen danois appartenant au parti d'opposition Enhedslisten, dans les colonnes du média politique. Une rupture de ton qui, selon lui, explique en grande partie la nette hausse du soutien électoral.
Des sondages qui décollent
Les chiffres confirment cette dynamique. D'après un sondage réalisé par le cabinet danois Megafon, le parti social-démocrate recueille désormais 22,7 % des intentions de vote, ce qui lui vaudrait 41 sièges au Parlement. Un net rebond par rapport à début décembre, lorsque les sondages ne lui en accordaient que 32. Les sociaux-démocrates resteraient ainsi la première force politique du pays, même s'ils demeureraient dépendants de leurs partenaires pour maintenir la coalition au pouvoir.
La dynamique profite aussi aux partenaires de coalition. Le parti des Modérés, dirigé par le ministre des Affaires étrangères Lars Løkke Rasmussen, voit son score presque tripler dans les sondages, passant de 2,2 % à 6,4 %, soit l'équivalent de 12 sièges.
La raison de ce soudain regain est claire pour les analystes interrogés par Politico : le Groenland. Début janvier, Donald Trump a ravivé les tensions en affirmant vouloir s'emparer "par tous les moyens" de ce territoire autonome danois. Une déclaration perçue comme une atteinte directe à la souveraineté nationale. En poste depuis 2019, Mette Frederiksen a choisi la fermeté et a repoussé les pressions américaines.
"Il n'y a pas vraiment d'autre explication à cela. C'est avant tout le Groenland", résume Anne Rasmussen, professeure de sciences politiques à King's College London et à l'Université de Copenhague. Christel Schaldemose, députée européenne et figure des sociaux-démocrates surenchérit : "Je pense que de nombreux Danois se tournent actuellement vers les sociaux-démocrates parce que le parti tient ses promesses en matière de priorités fondamentales… tout en faisant preuve d'un leadership fort lorsque même l'homme le plus puissant du monde remet en cause la souveraineté [danoise]".
Mais alors, Mette Frederiksen décidera-t-elle de provoquer des élections anticipées pour transformer l'élan en victoire électorale ? La loi danoise impose un scrutin avant le 1er novembre. "Cela pourrait sembler un peu trop opportuniste de le faire [provoquer des élections] en pleine crise politique étrangère pour le Danemark et l'ordre mondial… mais il est très probable que cela se produise avant l'été", estime Anne Rasmussen. "Elle va encore attendre un peu, mais je ne pense pas qu'elle attendra très longtemps."
Dans l'opposition, l'idée séduit. Le chef du Parti populaire danois, Morten Messerschmidt, a confié au média politique qu'il verrait dans des élections anticipées une "occasion précieuse" de former un nouveau gouvernement.
"Le gouvernement perdra à nouveau du terrain"
Les analystes restent toutefois prudents. Cette remontée demeure étroitement liée à la crise groenlandaise et pourrait s'essouffler lorsque les enjeux nationaux reprendront le dessus. "Je ne pense pas que sa popularité va disparaître du jour au lendemain, mais on peut imaginer que lorsque certaines questions nationales reviendront au premier plan, les gens baseront davantage leur jugement sur celles-ci lorsqu'ils réfléchiront à qui voter", prévient Anne Rasmussen.
Rune Stubager, professeur de sciences politiques à l'université d'Aarhus, parle lui aussi "d'une sorte d'effet mobilisateur", tout en tempérant : "Une fois la pression retombée, je m'attends toutefois à ce que le gouvernement perde à nouveau du terrain, car l'attention se portera alors sur les questions intérieures."
Pour Stine Bosse, députée européenne membre des Modérés, la gestion de la crise restera néanmoins un atout politique. "Il s'agit probablement de la situation la plus difficile à laquelle le Danemark ait été confronté en matière de politique étrangère depuis de nombreuses années, et le gouvernement l'a gérée de la meilleure façon possible", estime-t-elle. "Ils ont su garder la tête froide, faire preuve de compassion et démontrer un haut niveau de professionnalisme."
